Storytellers de demain: plus la techno avance… puis on en revient au contenu

Un article qui rapporte la teneur des échanges de la journée Les storytellers de demain II tenue au Centre Phi de Montréal le 7 décembre dernier, « [u]ne conférence d’une journée élaborée par Phi et la plateforme Future of StoryTelling [de New York], sur le thème Entre réalité virtuelle et réalité physique, les frontières s’estompent ».  Dixit la journaliste: « Si les artistes, artisans et créateurs ont déjà quelques idées, les bonnes formules et pratiques exemplaires, elles, sont loin d’être arrêtées. » (Lalonde, 2016)  Voilà qui m’a ramené à un milieu que j’avais découvert lors d’une journée similaire sur les Nouveaux territoires narratifs tenue à la Société des arts technologiques (SAT) en 2011.

La description de la journée tenue au Centre Phi aide à mieux percevoir les enjeux que ces nouveaux créateurs rencontrent et qui pourraient bien devenir – ludification oblige – ceux des concepteurs pédagogiques dans un avenir rapproché:

« Les technologies numériques de pointe – de la réalité virtuelle, augmentée et mixte à l’intelligence artificielle, en passant par l’haptique et les logiciels oculométriques – redéfinissent ces formes, dont elles accentuent l’interactivité, la tridimensionnalité et l’immersivité tout à la fois. Le public n’est plus borné dans un rôle passif; il peut désormais devenir le héros de ses propres aventures et orienter concrètement les axes de déploiement du récit.

Ce mouvement qu’on observe n’est pas exclusif au monde numérique. De fait, des formes semblables de narration interactive, notamment le théâtre immersif, la magie et l’improvisation, donnent également au public l’impression d’agir sur l’histoire qui se déroule sous ses yeux. Une réflexion s’impose alors: comme les limites s’estompent entre la réalité physique et la réalité virtuelle, que peuvent apprendre les pionniers de la narration immersive du monde numérique des narrateurs du monde physique, et vice versa? » (Centre Phi, 2016a)

Et la mise en forme de tels récits/expériences se fait donc de plus en plus collectivement:

« L’idéation semble dans ce milieu se faire de plus en plus de manière horizontale, en groupes de travail où les hiérarchies se fondent. Exit, les auteurs traditionnels : ce sont maintenant des designers ou des directeurs de production qui écrivent peut-être davantage avec des images qu’avec des mots. Parce qu’en interactivité, il faut dès le départ penser toutes les possibilités d’une histoire, et non pas les déployer à partir d’un tronc fixe. Et arriver même à sortir le « telling » du « storytelling ». » (Lalonde, 2016)

Il y a cependant de l’espoir pour les spécialistes contenu, alors que les moyens de transmission les plus interactifs et développés ne captiveront jamais autant qu’un propos riche:

«Pour moi, la redéfinition du storytelling dépasse largement la technologie. Il y a des histoires racontées par des humains qui sont d’une platitude folle et d’autres racontées par l’entremise de technologies hyper évoluées qui ne racontent rien. Je pense que la force d’une histoire, c’est le contenu avant tout. Le changement est là. Pour moi, la technologie est un moyen. Mais ce qui est intéressant avec elle, c’est qu’elle permet d’exploiter de nouvelles formes d’interaction. Tout ce qui est relatif à la réalité virtuelle et augmentée est génial, par exemple, puisque cela offre une proximité avec le public.» (Granata, cité dans Centre Phi, 2016b)

Paradoxalement, Catherine Lalonde du Devoir observe que ce sont souvent les limites qui nourrissent le travail des créateurs: s’il s’agit sans doute d’un truisme, il est encore plus vrai avec l’apport des technologies numériques de pointe.  N’est-ce pas aussi le cas pour les concepteurs pédagogiques?

 « La liberté se trouve dans les contraintes, se rappelait-on, en entendant les designers de jeux expliquer à quel point les limites d’une technologie finissent souvent par définir un univers ou par être un tremplin pour l’imaginaire. « L’être humain déteste l’incertitude ; le seul endroit où il l’aime, c’est dans le jeu », rappelait le professeur de neurosciences Beau Lotto, expliquant ainsi autrement le rapport entre contraintes, plaisir et liberté. » (Lalonde, 2016)

Sources: 

Centre Phi, « Les storytellers de demain II – 7 décembre 2016 » (programmation), Centre Phi, 2016a

Centre Phi, « Le storytelling à l’ère de la réalité virtuelle » (entrevue avec Arnaud Granata), blogue du Centre Phi, 25 novembre 2016b

Lalonde, Catherine, « Sortir le «telling» du «storytelling» – Comment imaginer et porter les mondes et les histoires de demain?« , Le Devoir, 15 décembre 2016

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