La facilitation graphique, une alternative à PowerPoint ?

Dans l’édition du mois de mars du magazine Jobboom, la journaliste Josée Malenfant évoque « Les dérives du PowerPoint », un peu comme nous l’avions fait dans le Perspectives SSF en novembre 2010.  Si l’article rappelle les origines et la popularité du logiciel, il va assez loin dans l’analyse de sa grande influence, de la haine que certains lui portent, ainsi que de sa mauvaise (et sur-)utilisation.

Ainsi, pour Sarah Kaplan, chercheuse en management de l’Université de Toronto «La maîtrise de PowerPoint donne aux gestionnaires la légitimité voulue [auprès de leurs collègues] pour influencer le développement des stratégies». [mon emphase] « Le logiciel est devenu un signe de professionnalisme administratif. »

Malgré `(ou à cause de) cela, de nombreux critiques s’en prennent à la façon dont le logiciel structure la pensée.  En plus d’Edward Tufte que nous mentionnions déjà dans le Perspectives, Malenfant nomme des publications comme The PowerPoint Fallacy (2011) du Suisse Mathias Poehm, fondateur d’un parti anti-PowerPoint, ou  La pensée PowerPoint – Enquête sur ce logiciel qui rend stupide (2010) du journaliste français Frank Frommer, etc.

On obtient des statistiques intéressantes sur le taux de pénétration de Prezi, peut-être l’alternative la plus connue à PowerPoint.  Ainsi,

Grâce à son intégration en 1990 à la suite Microsoft Office, PowerPoint a monopolisé 95 % du marché des logiciels de présentation en une dizaine d’années. Depuis, les concurrents Impress, Keynote et Prezi ébranlent un peu sa domination; n’empêche, PowerPoint accapare toujours 75 % du gâteau, comme le notait le Wall Street Journalen 2011.

[…]

En deux ans, [Prezi] a séduit cinq millions d’utilisateurs en permettant de créer des présentations animées et affranchies des contraintes des diapos…

Évidemment, une bonne part de l’urticaire que suscite le logiciel peut être attribuable à la manière dont il est utilisé. Malenfant cite Chantal Bossé, conférencière spécialiste du logiciel, pour qui « la culture de la «dernière minute» et le manque de formation sont aussi en cause : on ne crée pas de présentations mémorables en concevant nos diapos la veille et sans s’outiller de quelques bases en design et en rhétorique. » [mes emphases ; NDLR – Question : Y’a-t-il des programmes où l’on enseigne ces bases de design et de rhétorique aux étudiants ? Aux formateurs ?]

Le texte se conclut par des hyperliens pratiques ou humoristiques sur le sujet, qui ont souvent le mérite de souligner avec légèreté les erreurs d’utilisation les plus fréquentes.

*****

Mais l’article m’a interpellé parce qu’il présente la facilitation graphique (graphic recording) comme une alternative à PowerPoint.  J’avoue que j’ignorais tout de cette technique.  Un second article du Jobboom intitulé « Illustrer les réunions » (disponible en ligne seulement) explique de quoi il est question.

Quand elle est conviée à une présentation, une réunion ou une conférence, la Montréalaise Sara Heppner-Waldston arrive équipée de feuilles géantes, de marqueurs et de craie. La facilitatrice graphique se fait tout ouïe pour capter les idées clés et les synthétiser sur papier au moyen de symboles, de mots et de dessins. Une fois numérisées, ses affiches colorées servent de compte rendu visuel et concis des séances. Comme leurs questions et remarques sont intégrées à l’affiche, les participants se sentent concernés et interviennent plus, explique Sara.

Peut-être que je saisis mal le lien que la journaliste effectue avec un logiciel de présentation, mais il m’apparaît que l’on a affaire à deux besoins différents.  Si la facilitation graphique m’apparaît fort intéressante et tout à fait susceptible de s’intégrer à des cours (encore qu’elle requiert sans doute une expertise difficile à imiter), cette modalité me semble plus proche d’un outil de synthèse et de mémoire comme le sont les cartes mentales, les cartes conceptuelles ou les captations vidéo.  PowerPoint est parfois utilisé comme outil de synthèse, mais c’est loin d’être sa force…

 

Sources :

Malenfant, Josée, « Les dérives de PowerPoint », Jobboom, vol. 13, no. 12, mars 2012
Malenfant, Josée, « Illustrer les réunions », Jobboom, vol. 13, no. 12, mars 2012

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Commentaires

  1. Jean-Sébastien Dubé a écrit:

    Un reportage vidéo du _Wall Street Journal_ semble indiqué qu’il y a même une attente de la part de certaines compagnies que leurs employés se remettent au crayonnage de manière à susciter la créativité. On peut d’ailleurs y voir des facilitatrices graphiques à l’oeuvre : http://online.wsj.com/video/put-down-the-smartphone-and-pick-up-a-pencil/784F0652-2269-4061-A5CF-607A22F06B01.html

    Source : « Put Down the Smartphone and Pick Up a Pencil », Wall Street Journal, 24 avril 2012 (vidéo, 4 min 13)

  2. Jean-Sébastien Dubé a écrit:

    Je découvre qu’un site Web existe qui compile et valorise ces « sketch notes »:
    http://sketchnotearmy.com/

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