Pour que la technique du jigsaw ne soit plus un casse-tête

Il y a deux semaines, ma collègue Nathalie Lefebvre, conseillère pédagogique, a répondu à la demande d’un enseignant qui voulait en savoir davantage sur la technique d’apprentissage actif nommée « jigsaw ».  Dans l’un des outils développés par le Centre de pédagogie des sciences de la santé sur la variété des méthodes pédagogiques disponibles, le jigsaw est ainsi définit :

« Structure de travail en équipe selon laquelle chaque équipe travaille sur un aspect différent (notion, séquence d’action, perspective, etc.) d’un même objet ou thème de manière à développer une « expertise ». Les équipes sont ensuite décomposées pour créer de nouvelles équipes regroupant un « expert » de chaque aspect, créant ainsi des équipes ou les participants « enseignent » à leurs collègues. »

De manière très concrète, on peut imaginer une simulation où chaque équipe représente d’abord un département d’une grande compagnie (marketing, production, ressources humaines, etc.).  On soumet le même problème à toutes les équipes (ex: l’arrivée d’un compétiteur étranger qui produit à moitié prix).  Chaque équipe examine les impacts de cette situation selon la perspective de son département,  En deuxième partie d’activité, on créé des équipes formées de représentants de chacun des départements initiaux qui partageront avec les autres participants les impacts sur chacune des composantes de l’entreprise.

Je me suis souvenu que notre collègue Lucie Gagnon (maintenant retraitée) avait parlé de cette technique dans l’un de ses articles du Perspectives SSF sur l’utilisation des portables en classe en septembre 2011.  Elle pointait alors vers une référence de l’Université Penn State, toujours pertinente bien qu’elle date de 2007 :

http://www.schreyerinstitute.psu.edu/pdf/alex/jigsaw.pdf

Dans le document de Penn State, on insiste sur le fait qu’il s’agit d’apprentissage coopératif et que l’activité ne peut fonctionner que si tous les étudiants s’impliquent.  On propose ici de travailler sur deux périodes de cours séparées dans le temps, alors que les participants de chacune des équipes doivent prendre connaissance d’un texte et s’entendre sur les principaux points à rapporter.  Dans un second cours, on forme les équipes « mélangées » où les « experts » de chaque équipe initiale doivent faire comprendre les points importants de leurs textes à leurs nouveaux coéquipiers.  Le document de Penn State suggère des compléments que l’enseignant peut apporter aux étudiants (ex: une marche à suivre sur le travail collaboratif, etc.) et offre des références.  On y précise également les compétences qui seront développées par ce type d’activité: expression orale, recherche d’information, synthèse, habiletés interculturelles, etc.

Or, Nathalie a proposé d’autres références à cet enseignant, dont je trouvais important de garder la trace:

The Jigsaw Classroom est un site web conçu par le Social Psychology Network et Eliott Aronson, l’un des pioniers de cette technique.  Il s’agit un peu de la ressource « officielle » en la matière (si tant est qu’une telle chose existe).  On y retrouve l’historique complet de l’avènement du Jigsaw dès 1971 dans une classe multiethnique du Texas, des renseignements sur Aronson, une liste de 10 étapes pour mettre la technique en place, des conseils aux enseignants et les problèmes les plus fréquents qui surviennent, ainsi que de nombreuses références.  Le tout est résumé dans le document PDF téléchargeable « Jigsaw Basics » (40 p.)

Cet article de Jordan Catapano, un enseignant d’anglais au secondaire dans la région de Chicago, s’appuie sur The Jigsaw Classroom.  Il propose six étapes plutôt que dix, en insistant sur la quatrième (la réunion des « experts ») qui, semble-t-il, est souvent négligée.  Il offre des liens vers d’autres méthodes actives et encourage les enseignants à intégrer au Jigsaw des variations relatives à leurs disciplines (ex: des étudiants en sciences qui s’intéressent à différents attributs d’un même phénomène physique).  Malheureusement, l’article n’est pas daté.

eWorkshop.on.ca et son pendant francophone sont des banques de ressources pour les enseignants ontariens.  On y trouve sur le jigsaw un tableau fort bien fait de deux pages et demie qui soulève d’excellentes questions pour l’enseignant: Pourquoi utiliser cette technique? Comment l’évaluer? Quel matériel prévoir? Comment différencier son enseignement? On explique à l’enseignant ce qu’il lui faudra faire avant et pendant une telle activité.  On lui propose même des pistes de réflexions après l’activité.  Une section sur les liens à faire avec le curriculum ontarien peut aisément être oubliée.  L’équivalent ne semble pas exister du côté francophone.

Ressource développée par le Iris Center du Peabody College à l’Université Vanderbilt.  Elle ne réinvente pas la roue, reprenant essentiellement la définition et les dix étapes de Jigsaw Classroom.  Son principal intérêt, me semble-t-il, c’est qu’elle remet dans un contexte plus large l’utilisation du Jigsaw et d’autres méthodes actives dans un curriculum visant l’enseignement différencié (voir autres pages web du site).  Par ailleurs, elle offre une application concrète de la technique jigsaw pour une activité sur la géographie et l’histoire du Brésil.

Cette page à l’intention des enseignants en géosciences offre une explication visuelle de l’organisation des groupes dans un jigsaw qui peut s’avérer fort utile pour en faire comprendre le fonctionnement.  L’activité est évidemment présentée selon une perspective disciplinaire.  On pourra télécharger une méthode pas-à-pas pour appliquer le Jigsaw (en treize étapes, celle-là).  On y trouvera plusieurs exemples d’exercices de géographie-géologie à faire en jigsaw, de même que les caractéristiques des sujets appropriés pour utiliser cette technique.  Le document se termine par une section sur les bénéfices anticipés.

Barbara Tewksbury, l’auteure de la précédente ressource, revient à la charge avec un texte sur les pourquoi et les comment de la technique jigsaw.  Plusieurs hyperliens en petits caractères valent le détour puisqu’ils permettent d’améliorer le design d’activités jigsaw, de se renseigner grâce à une Foire aux questions, de prendre connaissance des données probantes relativement à cette technique, d’examiner plusieurs exemples d’utilisation, de consulter de nombreuses références.

Une feuille recto-verso bien aérée et même légèrement colorée.  C’est ce que propose le Institute for Teaching and Learning Innovation de l’Université du Queensland dans sa « Teaching Toolkit Series ».  On y retrouve le « quoi? » « pourquoi? », « comment? » (en trois étapes, cette fois), le matériel à utiliser, le soutien disponible et quelques références.  Le tout de manière nécessairement fort synthétique.  Idéal comme aide-mémoire, mais peut-être un peu succinct pour bien comprendre la technique.

Sources:

Catapano, Jordan, « The Jigsaw Method Teaching Strategy« , TeachHub.com, 2009-2018

Centre de pédagogie en sciences de la santé, « Liste non exhaustive de méthodes pédagogiques », Université de Sherbrooke, [sans date], 2 p.

Institute for Teaching and Learning Innovation (ITaLI), « Jigsaw Technique« , University of Queensland, Australia, [sans date], 2 p. [PDF]

Iris Center, « Jigsaw Activities« , in Differentiated Instruction:Maximizing the Learning of All Students, Vanderbuilt Peabody College, 2018, p. 6.

Ministère de l’éducation de l’Ontario et TFO, Lesson Plan for Jigsaw Activity, eWorkshop.on.ca (site web), 2006, 3 p. [PDF]

Schreyer Institute for Teaching Excellence, Jigsaw Strategy, Pennsylvannia State University, 2007, 3 p. [PDF]

Social Psychology Network, The Jigsaw Classroom (site web), 2000-2018

Tewksbury, Barbara, « The Jigsaw Technique« , in Designing Effective and Innovative Courses, On The Cutting Edge Program, National Association of Geoscience Teachers, 2016

Tewksbury, Barbara, « Jigsaws« , in Teachning Methods, On The Cutting Edge Program, National Association of Geoscience Teachers, 2018

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