Faire des bureaux de profs des espaces d’apprentissage?

Mes collègues Marc Couture et Francheska Gaulin m’ont de nouveau alimenté quant aux espaces d’apprentissage actif.  Marc m’a d’abord dirigé vers cette entrevue avec Laurent Jeannin, enseignant-chercheur à l’université de Cergy-Pontoise qui étudie « les interactions entre contenu, sens, situation, environnement et acteurs en contexte d’enseignement et d’apprentissage. »  Jeannin donne un bon aperçu de la situation actuelle des espaces d’apprentissage en France:

« On voit fleurir des expérimentations avec du modulaire, par exemple des chaises à roulettes dans une ou deux salles, certes de plus en plus dans les écoles et les universités, mais elles restent des expériences souvent restreintes. Nous sommes loin de la massification à l’échelle de tout l’établissement, car ces équipements coûtent cher. Il n’y a pas de généralisation, ni dans les écoles, d’ingénieurs ou de commerce, ni dans les universités.

Ces questionnements viennent en général d’une personne, ou d’une équipe, qui y sont sensibilisées. Même dans les plans campus, qui prennent en compte l’intégralité du campus, on ne voit que rarement des réflexions poussées sur le lien entre la pédagogie et le lieu. » (Laurent Jeannin, cité dans Makary, 2018; emphase dans l’original)

Fait intéressant, il ouvre sur une préoccupation des espaces d’apprentissage au-delà des locaux de classe:

« On voit aussi de plus en plus l’exploitation d’autres lieux, comme les couloirs. Un amphi de 700 personnes nécessite des couloirs suffisamment grands pour évacuer tout le monde, donc comment les utiliser intelligemment ? Certaines universités y ont, par exemple, créé un salade bar, où les étudiants s’installent pour déjeuner. De même, un hall d’entrée peut servir d’espace de coworking. » (Laurent Jeannin, cité dans Makary, 2018; emphase dans l’original)

Cette dernière remarque me permet de faire le lien avec la proposition de ma collègue Francheska, qui me réfère à un récent billet de Robert Talberg, un enseignant de mathématiques qui vient de passer un congé sabbatique auprès de la compagnie Steelcase, notamment connue pour le développement de mobilier en éducation. En plus de réfléchir à l’évolution de la salle de classe, Talberg et ses vis-à-vis ont commencé à repenser les bureaux des enseignants en tant qu’espaces d’apprentissage.  Talberg revient d’une présentation où il a évoqué cette idée:

« My keynote focused on classrooms, but during the last part of the talk I shifted focus to faculty office spaces, and how we might re-envision these spaces more as learning spaces. […] How might we re-envision the faculty office, and other places where faculty work besides classrooms, given the current and future realities of faculty work? » (Talberg, 2018)

Talberg réagit aussi à une série d’articles qui ont évoqué la prochaine disparition des bureaux de professeurs.  Ce n’est pas son avis.  Toujours en travaillant chez Steelcase, une étude ethnographique sommaire lui a permis, ainsi qu’à son groupe, d’établir les utilisations suivantes de ces bureaux:

  1. disposer d’un espace privé pour rencontrer les étudiants (surtout s’il y a besoin de confidentialité, par exemple pour discuter de notes);
  2. disposer d’un espace de stockage de livres (et par extension d’autres choses comme des ordinateurs, des classeurs, etc.;
  3. avoir un endroit pour s’éloigner des autres. (traduit avec Deepl.com).

Si les enseignants ont effectivement parfois besoin de travailler en équipe, des aires ouvertes ne semblent pas intéressantes pour eux:

« So despite some of the hype in the recent articles on faculty offices, we knew from the beginning that open office plans would be a bad idea, and in fact the private faculty office is not going away as long as we pay real attention to the needs of faculty. »

[…] Faculty also need to have real options for doing work outside their offices, for example in “third space” areas, spaces for collaborative work with each other (no students allowed!), and spaces for collaboration that isn’t work. (Talberg, 2018)

Le cas des locaux pour chargés de cours mérite aussi que l’on s’y attarde:

« Adjunct faculty don’t really have spaces they can call their own. […]  A well-appointed coworking space with access to reservable private consultation rooms might be a far better fit, and be much better for adjuncts in particular than a crappy private office. » (Talberg, 2018)

Toutefois, l’idée que les bureaux d’enseignants pourraient aussi être des espaces qui facilitent l’apprentissage des étudiants nous semble assez provocante et mérite plus d’attention.  Talberg rappelle combien il peut être intimidant pour un étudiant d’aller rencontrer un professeur dans ses quartiers, surtout pour des étudiants de première génération:

« …[F]aculty offices can and should be seen more as shared spaces, “owned” by faculty but open to students and thought of as another form of learning space. […]

What these and the other designs all have in common, is that they communicate to the students when they look at the space that this space also belongs to them. These offices are learning spaces, not just the personal domain of a faculty member. […]

So perhaps we need to do a better job of communicating to students that our offices are not strictly ours, but rather co-owned by ourselves and students, and therefore students have a claim on those spaces and a right to be there. That communication can and should happen not just with words but with the very design of the office itself. » (Talberg, 2018)

Sources:

Makary, Laura, « Laurent Jeannin : « La pratique pédagogique est influencée par la disposition des lieux« , EducPros.fr, 20 juin 2018

Talberg, Robert, « Designing the future faculty office« , Robert Talberg, Ph. D., (blogue personnel), 8 juin 2018

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