Une pédagogie de la créativité pour favoriser des émotions facilitatrices d’apprentissage

Dans le cadre de notre veille sur l’enseignement de la créativité, mon collègue Marc Couture m’a suggéré un article scientifique d’Isabelle Puozzo, professeure-formatrice à l’UER Enseignement, apprentissage et évaluation de la Haute école pédagogique (HEP) de Vaud, paru dans Education et socialisation, anciennement Les Cahiers du CERFEE (Chercheurs et recherches en formation, éducation, enseignement).

Bien qu’il s’agisse ici de favoriser la créativité pour faciliter l’apprentissage d’un contenu disciplinaire (dans ce cas-ci, une langue) plutôt que d’enseigner la créativité comme une fin en soit, c’est un point de départ intéressant où j’ai retenu les éléments suivants:

La créativité…

  • « ne se réduit pas à la production de produits, mais constitue avant tout un ensemble de multiples processus »
  • [selon la perspective de la psychologie différentielle] serait « la capacité à réaliser une production qui soit à la fois nouvelle et adaptée au contexte dans lequel elle se manifeste » (Lubart, 2003, cité dans Puozzo, 2013)
  • « a pour but d’amener l’élève à réfléchir sur comment insérer le contenu disciplinaire dans l’objet créatif et comment ensuite construire, de manière pertinente, sa production tout en favorisant des émotions facilitatrices d’apprentissage »
  • « offre cet espace où l’on se soucie peu de la réalité. […] La pensée divergente (Lubart, 2003) domine et chacun est libre de proposer des solutions innovantes. »
  • « [peut] être en elle-même une une variable inhibitrice. » [pour certains élèves « la tâche de création s’est révélé un obstacle »]
  • permet de « refonder l’acte d’enseignement-apprentissage en le structurant à partir de nouveaux concepts » (Aden, 2009, cité dans Puozzo, 2013)

Une pédagogie de la créativité… 

  • « n’implique absolument pas de modification du programme.  Au contraire, l’idée est bien de penser des tâches qui s’insèrent dans les contenus disciplinaires… »
    • « [p]ar ailleurs, l’ancrage transversal de la créativité doit être explicite… »
  • « cherche à favoriser une émotion d’arrière-plan caractérisée par le calme afin de réduire celle de la tension liée au contexte de classe et à l’apprentissage »
  • [dans une telle pédagogie] « la discipline principale qui va s’allier avec une autre discipline est celle des arts, dans une perspective très large »
  • peut favoriser l’apprentissage dans la mesure où l’enseignant met en place un environnement où « les émotions constituent un levier pour l’apprentissage et non pas un frein »
    • « L’enseignant s’appuie sur le sentiment d’efficacité personnelle des élèves en valorisant ce sur quoi ils sont compétents. »
    • « …[L]a perception d’avoir élaboré un support en fonction de ses compétences vise à permettre à l’élève de percevoir un état émotionnel serein afin d’augmenter à son tour la perception de son auto-efficacité dans sa description et d’obtenir une performance d’une qualité supérieure. »
  • suppose une « mise en action » afin de « passer du savoir théorique au savoir pratique (Vergnaud, 1996) »
  • peut s’appuyer sur divers invariants qui seront réassemblés de manière nouvelle « Vergnaud (1990) utilise l’analogie des briques pour montrer que ces invariants sont indispensables à la conceptualisation. » [notre emphase]
  • « nécessite que l’enseignant pense sporadiquement une planification différente »
  • « crée un contexte favorable en évitant de se focaliser sur [la discipline] et les difficultés de production »
  • « L’émergence des émotions par le biais de l’activité créative… [favorise] une expérience d’apprentissage significative. » [notre emphase]
  • pose de manière aiguë la question de l’évaluation
    • « …[D]ans une pédagogie de la créativité, qu’évalue l’enseignant (Puozzo Capron et Picardo)? Uniquement le contenu disciplinaire? La créativité également? Si oui, sur quels critères? L’originalité? L’adaptation? La divergence? Les facteurs cognitifs, comme la persévérance? Les facteurs émotionnels? Si oui, quel autre cadre théorique serait nécessaire pour affiner ces critères? »

Un dispositif [pédagogique?] créatif…

  • est « à chaque fois nouveau, même si la nouveauté est minime (Lubart, 2003) et adapté à la séquence d’enseignement dans laquelle il s’inscrit, c’est-à-dire qu’il soit en lien avec l’objet d’apprentissage et/ou la formation. »

  • « se matérialise par le biais d’une ou plusieurs tâches considérées du point de vue de la didactique des langues [dans la présente recherche, mais l’auteure précise que les possibilités interdisciplinaires sont nombreuses] comme complexes (Bourguignon, 2010) afin de mobiliser certains savoirs et savoir-faire. » [notre emphase]

  • fait « intervenir une forme d’étayage (artistique ou autre) ». [notre emphase]

  • « [permet] à l’apprenant d’avoir une expérience active de maîtrise (Bandura, 1997/2007) qui consiste à réussir une « performance complexe » afin d’augmenter le SEP [sentiment d’efficacité personnelle] de l’élève qui aura su surmonter « des obstacles grâce à des efforts persévérants » (Bandura, 1997/2007, p. 125). » [notre emphase]

  • « cherche à favoriser une émotion d’arrière-plan caractérisée par le calme ».

  • « [intervient] sur des objets d’apprentissage significatifs dans la formation pour chercher à construire un endocept [c’est à dire un couple concept-émotion] ».

  • « offre un certain degré d’autonomie pour permettre à l’élève de prendre en charge des processus cognitifs (Lahire, 2005) et favoriser ainsi certains processus cognitifs propres à la créativité comme la pensée divergente ou la maîtrise du champ (Lubart, 2003) et conatifs comme la persévérance, faisant ainsi écho avec le SEP » [nos emphases].

  • « Pour résumer, le fait d’avoir construit une consigne suffisamment ouverte pour laisser non seulement les apprenants s’appuyer sur leurs compétences (Bandura, 1997/2007) et le développement de la pensée divergente (Lubart, 2003) a permis d’obtenir une pluralité de situations mobilisant à la fois des schèmes identiques et prototypiques, mais aussi des schèmes plus atypiques. » [nos emphases]

Si une préoccupation importante de la chercheuse est de favoriser un état émotionnel pour faciliter l’enseignement d’une langue au secondaire, cela me semble un facteur à ne pas négliger non plus au niveau des études universitaires.  Il semble important de souligner l’aspect inhibitif de présenter sa création à ses pairs et donc de révéler une part intime de soi en contexte de classe.

Source: Isabelle Puozzo, « Pédagogie de la créativité : de l’émotion à l’apprentissage », Éducation et socialisation [En ligne], 33, 2013

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