La mesure des résultats d’apprentissage: une tendance mondiale qui arrive lentement au Canada

Dans le dernier numéro d’Affaires universitaires, un article de Rosanna Tamburri traitait du «Tuning Process», une démarche européenne de normalisation des formations vieille d’une dizaine d’années, mais qui commence à faire boule de neige ailleurs sur la planète:

…L’objectif : faciliter la reconnaissance des diplômes, le transfert des crédits et la mobilité internationale des étudiants. Cette démarche a depuis gagné l’Amérique latine, la Russie, l’Afrique, l’Asie, l’Australie et les États-Unis. L’année dernière, l’American Historical Association [USA] a ainsi lancé à l’échelle nationale un projet de type Tuning dans le cadre duquel plus de 60 collèges et universités sont invités à cerner les points communs entre leurs programmes d’histoire respectifs.

Dans la version anglophone du même article, on associe en partie cette tendance aux Learning Outcomes à l’impact aux États-Unis du livre Academically Adrift : Limited Learning on College Campus (Arum et Roska, 2011), dont nous avons discuté à diverses reprises.  Le livre dénonçait la pauvreté de la formation universitaire reçue par certains étudiants américains, notamment quant à la réflexion critique.  Sinon, l’apparition d’institutions délivrant des diplômes en ligne ou selon de nouvelles modalités remet à l’ordre du jour la question du contrôle de la qualité.  En plus de s’assurer que l’étudiant comprenne bien quelles compétences il pourra acquérir dans un programme donné, on veut amener les universités à rendre des compte, vu les frais de scolarité élevés aux États-Unis.

L’article évoque surtout le fait que les universités canadiennes sont lentes à suivre cette tendance mondiale, mais qu’elles n’auront bientôt plus le choix.  Le consultant Alex Usher (d’ailleurs cité dans l’article de Tamburri) remarquait en janvier sur son propre blogue qu’il faudrait bien la discussion à ce sujet démarre si nos institutions veulent continuer à être compétitive au niveau international.

C’est qu’un tel encadrement de la formation ne va pas sans susciter des questions:

« …Certains professeurs s’opposent vivement à cette démarche, jugeant qu’elle porte atteinte à leur liberté universitaire et à leur droit de décider seuls du mode de conception et de prestation de leurs cours. Des membres du corps professoral voient par ailleurs dans cette démarche une importation dans le secteur de l’éducation des méthodes du secteur privé en matière d’assurance de la qualité, ce qui risque selon eux de réduire les universités à de simples établissements de formation.

Bien que l’évaluation des résultats d’apprentissage puisse sembler raisonnable et sans danger, elle pousse les professeurs à concevoir des cours générateurs de résultats quantifiables, estime Christophe Pavsek, professeur auxiliaire de cinéma à l’Université Simon Fraser. « Ils deviennent plus soucieux du respect de leurs objectifs en matière d’évaluation que de leur enseignement proprement dit, déplore-t-il. Cela transforme totalement l’enseignement et les universités, au détriment de l’éducation. » Le recours aux méthodes et aux tests pratiqués aux États-Unis pour cerner et évaluer les résultats d’apprentissage fait également débat parmi les professeurs. »(Tamburri, 2012)

[NDLR: Pour avoir une idée des réactions viscérales que peuvent susciter les Learning Outcomes, j’invite le lecteur à consulter l’article à la base de cette dépêche récente où il est question de la tendance à « technocratiser » les plans de cours.]

Le mouvement pour un contrôle-qualité à l’échelle du globe semble bien amorcé et l’arrivée de phénomènes comme les MOOC ou les programmes d’avancement par compétences (competency-based education) devraient en accélérer la cadence.  L’article de Tamburri se termine en mentionnant que l’Université Guelph et sept autres universités et collèges ontariens prennent part à un projet pilote du Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur (COQES) visant « à étudier la méthode américaines Collegiate Learning Assessment ». D’autre part, « …plusieurs universités ontariennes participent à un projet pilote international intitulé le Assessment of Higher Education Learning Outcomes, ou AHELO, financé par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). »

Cependant, le même Alex Usher expliquait en novembre 2012 sur son blogue que cette tendance-ci (Learning Outcomes), visant la qualité des programmes et basée sur l’autorité des institutions à les accréditer, s’opposait à une autre tendance tout aussi lourde, soit la granularisation de la formation (Modularization), où les étudiants choisissent des cours de divers horizons en fonction de leurs besoins.

« To put this another way: the learning outcomes agenda is based on a human capital vision of higher education; the modularization agenda is very much about credentialism.  The public policy rationale is probably stronger for the former, but there’s clearly a strong market rationale for the latter.  Both are important, neither will trump the other. »

Sources:

Tamburri, Rosanna, « La tendance à évaluer les résultats d’apprentissage gagne en popularité », Affaires universitaires, 6 février 2013
Tamburri, Rosanna, « Trend to measure learning outcomes gains proponents », University Affairs, 6 février 2013
Usher, Alex, « Left Behind Again », One Thought Blog – Higher Education Strategy Associates, 8 janvier 2013
Usher, Alex, « Modularization VS. Learning Outcomes », One Thought Blog – Higher Education Strategy Associates, 9 novembre 2012
Uvalic-Trumbic, Stamenka, « MOOCs – Mistaking brand for quality? », University World News, 9 février 2013

 

Interne : Après Toronto, UBC, HEC, Alberta... des MOOC@McGill avec edX (Harvard-MIT)
Une thèse sur l'apprentissage du raisonnement clinique

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