Des badges pour révolutionner la certification

Un article dans le Chronicle of Higher Education du 8 janvier dernier, « ‘Badges’ Earned Online Pose Challenge to Traditional College Diplomas » de Jeffrey Young, fait état d’une tendance qui me semble importante.  S’il peut faire sourire a priori (et rappeler des souvenirs de scoutisme à quelques-uns), cet engouement pour les badges paraît tout à fait cohérent du fait qu’il s’inscrit dans la foulée de plusieurs mouvements que nous examinons depuis un certain temps : formation en ligne, formation par les pairs, éducation ouverte, gamification, service learning, portfolio ou autre modalité pour démontrer les compétences acquises dans le détail, marketing de soi, etc.

En parallèle avec la remise en question de la valeur des diplômes universitaires dans la foulée de la crise économique, le besoin de sanctionner l’acquisition de connaissances en ligne amène certains organismes de formation à expérimenter divers systèmes de certification parallèles.  Si le plus récent exemple d’un tel système parallèle serait l’initiative MITx dont nous parlions avant Noël, l’article mentionne la Khan Academy et la compagnie OpenStudy comme décernant des badges numériques pour encourager la persévérance et la collaboration entre pairs.  On peut aussi y voir un lien avec l’octroi de crédits pour l’implication étudiante (Service Learning).

De son côté, Mozilla (entreprise à l’origine du fureteur Firefox) serait à développer une plateforme permettant à des institutions d’émettre ou à des particuliers d’afficher sur leurs profils numériques des badges dont l’authenticité serait assurée auprès d’éventuels employeurs.  Les certifications dans le domaine informatique (Microsoft, Adobe, etc.) représentent  un autre exemple de système parallèle qui semble fonctionner dans un domaine particulier.

De là à affirmer, comme le titre l’article, que ces nouvelles formes de certification menacent les diplômes universitaires, il y a un pas que des observateurs franchissent pourtant :

« We have to question the tyranny of the degree, » says David Wiley, an associate professor of instructional psychology and technology at Brigham Young University. Mr. Wiley is an outspoken advocate of so-called open education, and he imagines a future where screenfuls of badges from free or low-cost institutions, perhaps mixed with a course or two from a traditional college, replace the need for setting foot on a campus. « As soon as big employers everywhere start accepting these new credentials, either singly or in bundles, the gig is up completely. »

L’article démontre bien que l’intérêt et le problème du système de badges, c’est la granularité qu’il offre.  S’il permet de récompenser les efforts à plus petite échelle et de maintenir la motivation (sanction pour une habileté acquise plutôt que pour tout un cours ou un programme), il permet également aux chercheurs d’emploi d’afficher leurs compétences, incluant certaines peu reconnues en milieu scolaire ou universitaire (on donne l’exemple d’un badge de « Mentorat »).  D’un autre côté, la multiplication des badges – et de ceux qui les émettront – pourrait devenir un véritable casse-tête pour les employeurs.  Enfin, pour des critiques, la quête de badges pourrait contribuer à la commercialisation (commodification) de l’apprentissage :

Some observers see a darker side, though, charging that badges turn all learning into a commodity, and thus cheapen the difficult challenge of mastering something new. Rather than dive into an assignment out of curiosity, many students might focus on an endless pursuit of badges, argues Alex Reid, an associate professor of English at the University at Buffalo. « The presence of a badge could actually be a detriment to an otherwise genuine learning experience, » he wrote on his blog earlier this year.

Peut-être est-ce pousser les comparaisons un peu trop loin, mais il m’apparaît que les « profils d’études » de l’Université Laval (coopératif, entrepreneurship, international, développement durable) vont également dans le sens de cette plus grande granularité dans la certification.  L’Université de Sherbrooke devra-t-elle suivre la parade afin de distinguer ses diplômes ?

Source :
Young, Jeffrey R., « ‘Badges’ Earned Online Pose Challenge to Traditional College Diplomas », The Chronicle of Higher Education, 8 janvier 2012.

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Commentaires

  1. Catherine Vallières a écrit:

    Un (court) point de vue critique sur la question, qui soulève la question des limites de ce que l’on peut réellement développer comme capacité à l’intérieur d’une courte formation:
    http://registrarism.wordpress.com/2012/01/13/online-badges-v-degrees/

  2. Eric Chamberland a écrit:

    Les badges sont une nouveauté intéressante qui peut avoir sa place pour certains apprentissages. Mais je trouve qu’il est hasardeux de prédire un remplacement des diplômes. Il y aura plutôt une coexistence. La grande question est de savoir si ces badges sont réellement une compétition pour les universités ou s’il s’agit de quelque chose qui va plutôt se développer surtout en parallèle.

  3. Jean-Sébastien Dubé a écrit:

    J’apprends que Mozilla a lancé OpenBadges 1.0 en mars dernier (http://www.openbadges.org/). Erin Knight, directrice à l’apprentissage chez Mozilla avait ceci à en dire (http://www.evolllution.com/distance_online_learning/open-badges-transform-higher-education-labor-markets/):

    « Many ask us if this means badges will replace degrees. We believe badges can certainly function at this level and, in fact, tell us a more complete story of an individual by representing more granular skills and learning paths. […] …[D]egrees aren’t going away anytime soon, but we’ll see badges being used to supplement them with more detail on skills and achievements. It’s likely badges will also be used as differentiators in hiring decisions because they can identify the specific skills employers are looking for in an evidence-based manner.

    Open Badges offer formal institutions both power and opportunity. We are already seeing higher education institutions adopt badges to supplement transcripts with evidence of extracurricular activities and achievements, recognize prior learning, give professors flexibility to capture additional learning, align programs with competencies and work-relevant skills and empower students to craft their own pathways towards specific careers. Purdue University, UC Davis and Seton Hall are some of the earliest innovators in this area and many more are starting the conversations. »

    Ce que fait Purdue, entre autres, est intéressant: http://www.purdue.edu/newsroom/releases/2012/Q3/digital-badges-show-students-skills-along-with-degree.html

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