La performance des logiciels de détection pourrait avoir contribué au développement du marché des vendeurs de travaux universitaires

Il est pratiquement impossible de repérer un travail universitaire provenant d’un rédacteur clandestin, c’est-à-dire d’une personne que l’on a payée pour ce service.  Le sentiment d’impuissance qui en résulte est dévastateur pour les enseignants et les administrateurs, qui ne disposent d’aucun moyen de repérer ces travaux.  C’est également ce qui m’est apparu évident au dernier congrès de l’International Center for Academic Integrity (ICAI) (auquel j’ai participé) qui en avait fait son thème principal.  Pourtant, on consacre beaucoup d’énergie à vouloir trouver des solutions à cette impasse et on envisage même l’élaboration et l’instauration de dispositions législatives qui permettraient aux établissements de poursuivre les rédacteurs clandestins pour cause de préjudice institutionnel.

Et pendant ce temps, on ne semble pas chercher à comprendre pourquoi le marché de la vente de travaux universitaires est en hausse.

Selon Teddi Fishman, ancienne directrice de l’International Center for Academic Integrity, [s]ome of the things we do to try to make things better have unintended side effects that actually make them – at least in some aspects, worse.  Et elle donne l’exemple suivant, fort troublant.

  • L’utilisation des logiciels de détection de similitudes dans le texte de plus en plus performants a conduit les étudiants tricheurs à recourir à des entreprises de rédaction de travaux universitaires.

Cet argument milite en faveur des choix de l’Université de Sherbrooke qui, jusqu’à maintenant, a préféré la promotion de l’intégrité académique et la prévention de comportements malhonnêtes.

Heureusement, certains enseignants ont commencé à changer certaines pratiques afin de rendre l’achat d’un travail beaucoup moins attrayant:

  • restructurer son cours en éliminant les gros travaux de fin de session qui comptent pour une grande partie de la note finale au profit de plus petits travaux interdépendants, échelonnés sur tout le trimestre;
  • demander un travail de réflexion dans lequel les étudiants doivent parler du contenu du cours et de leur recherche personnelle;
  • acculturer les étudiants internationaux à la langue, aux valeurs et à la culture du milieu universitaire dans lequel ils arrivent.

Le feuillet-synthèse de l’atelier à l’intention des enseignants : Le plagiat déjoué! – Le réel pouvoir des enseignants comprend plusieurs suggestions de pratiques pédagogiques permettant de rendre le plagiat inintéressant.

Pour en savoir plus sur l’opinion de Fishman, lire la dépêche Quand nos systèmes nous piègent… (8 juin 2017).

Sources:

Baron Cadloff, Emily.  Comment résoudre le problème de la malhonnêteté universitaire?  Affaires universitaires.  4 avril 2018.

Fishman, Teddi.  Shaking Things Up :  When What We’ve Always Done has Never Worked, It May be time to Try Something New.  Présentation à la Conference 2015 de l’IPPHEAE (Impact of Policies for Plagiarism in Higher Education Across Europe).  Brno, République tchèque.  Mai 2015.

Plagiat – Revoir les pratiques d’évaluation
Interne: Un observatoire sur les impacts sociétaux de l'intelligence artificielle et du numérique à l'Université de Montréal

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