Numérique en enseignement supérieur : une transformation encore très timide

Nous sommes nombreux à le dire, à le croire : le monde de l’éducation, dont l’enseignement supérieur, sera numérique ou ne sera pas.

Selon Gilles Babinet, entrepreneur, « digital champion » de la France auprès de la Commission européenne, cette transformation de l’enseignement supérieur est encore trop lente et les moyens réels accordés au numérique ne sont pas si importants que cela. Il y en a partout, comme de la confiture que l’on étale, mais en réalité, on coule du béton !  (Voir dépêche du 15 décembre sur quelques actions récentes en France).  Car, sur le fond, le système, lui, ne change pas. Il faudra d’ailleurs le prendre par l’extérieur sinon nous n’y arriverons pas. Les universités devraient pouvoir, dans le cadre de leurs stratégies numériques, instaurer des expérimentations dérogeant aux règles communes.

Que les présidents d’université aient par exemple la possibilité de nommer réellement leurs personnels et que l’on sorte de l’obligation de recherche. Les établissements doivent avoir des enseignants-chercheurs ayant une motivation autre que la recherche : le désintérêt pour la pédagogie est aujourd’hui trop marqué. Les bons profs, il n’y en a pas tant que ça !

Pour Babinet, la pédagogie est le premier domaine où l’on doit investir. Le numérique en tant que tel n’a que peu d’importance. Il ne faut pas partir de l’outil, mais du potentiel offert par les nouveaux protocoles pédagogiques.

Quelques phrases choc de Babinet lors de l’entrevue qu’il a accordée à Sylvie Lecherbonnier.

  • Arrêtons déjà d’opposer numérique et présentiel!
  • À part les travaux de François Taddei, la recherche en pédagogie n’existe pas en France…
  • Dans le domaine du code, il y a plusieurs initiatives françaises comme Epitech, Simplon, aux principes pédagogiques assez rupturistes. Mais l’autisme du système vis-à-vis de ces méthodes est stupéfiant.
  • Faire entrer des données dans un protocole pédagogique peut se révéler très puissant. On demande aux élèves de remplir un questionnaire et, à partir de là, on peut leur dire où ils se situent. (exemple de Salman Khan)
  • Les responsable politiques français n’ont pas l’humilité de comprendre que leur système est dépassé. Nous sommes confrontés à un monde d’analphabètes numériques. Aujourd’hui, il faut être capable de parler de Slack, de GitHub

À ne pas manquer : l‘Institut Montaigne doit faire paraître début 2017 un rapport sur l’impact du numérique dans l’enseignement supérieur. Gilles Babinet et Edouard Husson, vice-président de PSL (Paris Sciences et Lettres), ont mené les consultations et en sont les auteurs.

Source – Lecherbonnier, Sylvie.  G. Babinet : « Dans le supérieur, le premier investissement doit concerner la pédagogie »Educ.Pros.fr.  20 décembre  2016.

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