Des idées reçues sur le futur de l’emploi remises en question

Il y a des a priori que l’on entend tellement souvent que l’on arrête tout simplement de les remettre en question.  Il est possible qu’ils soient exacts, mais il me semble important de ne jamais les prendre totalement pour acquis.  Ainsi, de nombreuses publications ou appels à l’action se basent sur ces deux idées relatives aux emplois de demain:

  • Les jeunes d’aujourd’hui exerceront des emplois qui n’existent pas encore.
  • Les jeunes d’aujourd’hui changeront d’emplois de nombreuses fois dans leur vie (dix fois et plus).

En cherchant des renseignements sur l’avenir du travail, je suis tombé sur deux articles qui cherchaient à déboulonner ce qu’ils qualifient de mythes…

Derek Newton, journaliste spécialisé en éducation, remet en cause de façon assez convaincante le fait que 85 % des emplois de 2030 n’existeraient pas encore [ce serait FAUX].   D’après Newton, ce chiffre – apparemment d’origine assez fantaisiste – proviendrait d’un rapport (23 p.) de Dell et du Institute for the Future de 2017 appelé The Next Era of Human-Machine PartnershipsEmerging Technologies’ Impact on Society and Work in 2030.  Toutefois, il ne reposerait sur rien.  Newton analyse assez justement les conséquences de la propagation de cette statistique:

The implication is that what students are learning today will be useless in the future, that school is not preparing them for real work. And that schools have failed to recognize the fluid nature of future job skills and that they need to change to meet those future, flexible job demands.

Si la mise en garde de Newton est salutaire, il me semble que l’idée de devoir se préparer pour des emplois qui n’existent pas encore – même si ce ne correspond qu’à 5 % ou moins de tous les emplois disponibles – me semble bien plus ancienne que 2017.  Newton me semble cependant assez convaincant lorsqu’il affirme en fin d’article que…

And to the extent that any future jobs are in transition or under development, schools and students alike are wise to invest in foundations of a good education, the soft skills of the liberal arts such as critical reading, communication, creativity and collaboration. Actual research does show that those skills are essentially future-proof…

De même, Jeffrey Young, qui a couvert l’actualité universitaire au Chronicle of Higher Education avant de collaborer avec EdSurge, remet en question l’affirmation d’un cadre de LinkedIn à l’effet que les gens changeront de carrière 15 fois… [ce serait FAUX].

La principale raison d’être sceptique face à un tel chiffre, comme l’explique bien Young, c’est qu’il est difficile de définir ce que l’on entend exactement par « changement de carrière »…  Pour reprendre les exemples de Young, si tout le monde peut s’entendre qu’un médecin qui devient humoriste a « changé de carrière »?  Qu’en est-il d’une journaliste de la presse écrite qui passe à la télévision?

Mais les données semblent également contredire une augmentation aussi importante…

“The notion that the number of jobs that people are going to have throughout their life is increasingly drastically is actually false,” says Doug Weber, an associate professor of economics at Temple University. “If you look over the past 10 to 15 years, the rate of churn [NDLR: churn; changement d’emploi par attrition, notamment en contexte économique difficile] has gone down,” he says. “This completely goes against this narrative, but that’s what the data says.”…

Il semble pourtant vrai que les changements d’emplois s’accélèrent dans le temps: Une analyse de 500 millions d’utilisateurs de LinkedIn ces 20 dernières années tant à montrer plutôt 4 changements pour les milléniaux contre 2 changements pour les membres de la Génération X pendant les dix ans suivant leur sortie de l’université.  Même en estimant qu’une carrière dure une trentaine d’années, on sait que les changements deviennent moins fréquents plus loin dans le parcours professionnel…  Le chiffre de 15 changements semble donc exagéré.

[Remarquons cependant que les emplois sur LinkedIn sont autodéclarés et que les utilisateurs pourrait avoir tendance à minimiser trop de fluctuations dans une carrière afin d’offrir une image de stabilité…  D’ailleurs, il serait intéressant d’examiner le profil démographique des utilisateurs de LinkedIn…  Gageons qu’ils ne sont pas représentatifs de la main d’oeuvre plus générale…]

La mobilité entre les emplois semble aussi avoir été très variable pour les baby boomers

The best data the Bureau of Labor Statistics has on how many jobs people hold in a lifetime is a longterm study that has followed baby boomers through most of their careers up until now. On average, people in that study held 11.7 jobs between age 18 and 48. About 27 percent of them were particularly prone to hop, holding 15 jobs or more, while 10 percent held zero to four jobs.

La conclusion de Young nous interpelle aussi en vue de maintenir son employabilité dans un contexte de changements rapides: « [I]t’s still good advice to look for opportunities to update your skills, since the working world is changing fast, even for people who stay in the same job. »

Sources:

Young, Jeffrey R., « How Many Times Will People Change Jobs? The Myth of the Endlessly-Job-Hopping Millennial« , EdSurge, 20 juillet 2017

Newton, Derek, « The Myth Of Jobs That Don’t Exist Yet« , Forbes, 28 décembre 2018

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