Faire apprendre à apprendre grâce aux cours en ligne

Sandra Milligan, professeure agrégée à l’Université de Melbourne en Australie, a analysé les données de 100 000 apprenants (« every click, tap, swipe they make, every document they consult, and every word they write in chat forums and exercises ») qui participent aux MOOC de son université.  Elle en a acquis la conviction qu’il y a moyen de développer des cours en ligne qui – en plus des contenus disciplinaires – montreraient aux étudiants à mieux apprendre en tenant compte des profils qu’elle a identifiés.

Les apprenants qui ont davantage de difficultés à apprendre tendent à être passifs dans leur façon d’interagir avec les contenus et les autres apprenants:

«…[T]hey receive input, limit their interaction to consuming content supplied by the teacher and are unengaged with their peers, taking responsibility only for themselves. They seek guidance only from authoritative figures about what to read or think and adhere to contexts and perspectives similar to their own.  They regard learning as the mastery of reasonably static, generalisable knowledge, easily transferred in books or by lectures.  »(Milligan, 2017)

Inversement, les apprenants experts tendent à s’impliquer activement dans leurs études. Ils…

• analysent différentes sources d’information, cherchant une diversité de sources potentielles d’apprentissage dans leur environnement.
• considèrent les connaissances valables comme volatiles, dépendantes du contexte, largement distribuées, incluant les explications tacites ou généralisables.
• recherchent activement l’opinion des autres et dialoguent avec des pairs pour collaborer, encadrer, voire même enseigner à leurs collègues.
• examinent activement et considèrent la perspective d’autrui, et en sont conscients.
• sont prêts à rejeter tout ce qu’ils considèrent comme inutile et ont l’indépendance d’esprit nécessaire pour prendre le risque social d’exprimer une vision distincte.
• produisent des artéfacts d’apprentissage, expérimentent de nouvelles idées et compétences, risquant potentiellement l’échec public et l’embarras.

  • partagent des activités d’apprentissage et des ressources avec d’autres.
  • interagissent avec la rétroaction obtenue afin d’en extraire toute la valeur pour leur apprentissage et fournissent à leur tour des commentaires à leurs pairs.
  • évaluent les performances de leurs pairs.

Milligan distingue cinq niveaux d’expertise en apprentissage:

  • Niveau 1: Lecteur – Le MOOC perçu comme un recueil de textes
  • Niveau 2: Consommateur de formation – Le MOOC perçu comme un tuteur
  • Niveau 3: Producteur autorégulé d’apprentissages – Le MOOC perçu comme un tuteur avec groupe de soutien
  • Niveau 4: Apprenant collaboratif – Le MOOC perçu comme un environment d’apprentissage collaboratif
  • Niveau 5: Enseignement mutuel – Le MOOC perçu comme un environnement d’apprentissage réciproque et distribué.

La bonne nouvelle, explique l’auteure, c’est que cette habileté s’apprend et qu’il est possible de progresser sur ce continuum vers une plus grande « expertise à apprendre »:

 

« …I found that an individual’s position on the learning skill progression was a good predictor of grade outcomes in the MOOC.

In essence, this progression describes the differences between learners more or less skilled in learning in MOOCs, and supports the view that learning is itself a learnable and transferable skill. It means that people can get better at learning if they know how to go about learning to learn. Indeed, it is possible that the progression captures something about learning skill in general, and that it can easily be adapted to any learning by anybody at any level.» (Milligan, 2017)

Il y a toute fois lieu de se demander si le médium MOOC ne favorise pas cette passivité dans une certaine mesure… À partir du moment où l’enseignant est moins présent – voire absent – seuls les étudiants très autonomes et apprenants experts auront la chance de se démarquer…  Dans la mesure où les groupes sont de taille raisonnable, est-ce qu’un formateur dynamique (en présentiel ou en ligne) n’est pas à même d’identifier rapidement les apprenants plus passifs pour les amener à s' »activer »?

Il reste que ces renseignements apparaissent comme fort éclairants et ouvrent de nouvelles opportunités pour la formation en ligne et en présence.

Source:  Milligan, Sandra, « Learning to learn could be built into online courses », University World News, no: 47,  [publié à l’origine dans Milligan, Sandra,  « Daring to learn how to learn », Pursuit, 26 juin 2017]

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Le pédagogue masqué à la rescousse! (HEC Montréal)

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