Penser la formation de demain: intelligence artificielle + X

Véronique Bisaillon me recommande cette entrevue avec Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction du magazine français L’Étudiant, chroniqueur à L’Express et auteur du Tsunami numérique (2014).  Pour lui, il est urgent que les formations supérieures se projettent dans le futur et développent chez leurs étudiants des aptitudes distinctes de ce que les robots et les ordinateurs réaliseront mieux que nous à l’avenir:

« …Dès qu’une tâche est à la fois reproductible et répétitive, les machines s’en acquittent beaucoup mieux que nous. Si les écoles de commerce et d’ingénieurs du monde entier continuent à enseigner de cette manière, elles […] vont se retrouver dans quelques années face à la même situation que les travailleurs agricoles au moment de l’arrivée de la moissonneuse-batteuse…»  « La formule gagnante pour préparer au métier demain, c’est « IA + X ». Je m’explique : IA, c’est l’Intelligence Artificielle et X, c’est nous. La question essentielle est alors de savoir comment on travaille avec le digital. En effet, tout cursus de formation aujourd’hui doit se poser la question de la place de l’IA demain dans ce métier-là, faire le point sur les compétences à donner pour la maîtriser ainsi que sur les compétences manquantes à l’IA que l’élève doit développer. […] …Il faut se concentrer sur les actions que les ordinateurs auront plus de mal à réaliser. Je pense notamment à la créativité, à la capacité à sortir des îlots spécialisés, verticaux et disciplinaires, à prendre des risques, à formuler un projet commun et à donner du sens, ou encore à penser autrement.» (Atelier de l’emploi, 2015)

Par ailleurs, selon lui les institutions d’enseignement auraient avantage à valoriser le travail et l’esprit d’innovation des formateurs plutôt que de chercher à homogénéiser et à niveler par le bas (Jarraud, 2014).  Le numérique doit s’intégrer à la formation, mais en partant des besoins des enseignants:

« Si vous approchez les enseignants avec une pensée idéologique leur disant « Mais enfin le monde est numérique, vous n’avez rien compris, il faut vous adapter », l’échec est assuré. Mais si vous leur dites, « Vous butez sur tel point, regardez, il existe cet outil qui m’a été très utile et qui peut vous aider », la partie est largement gagnée. A l’exemple du web centré sur l’utilisateur, c’est en partant du professeur, de ses besoins et problèmes, que l’on arrivera à changer les choses.

Auprès des élèves, leur rôle évolue également : les professeurs vont devenir des accompagnateurs et des guides. Mais cela ne veut pas dire qu’ils vont se muer en gentils accompagnateurs ! Au contraire, nous aurons toujours besoin d’enseignants qui savent des choses, notamment pour transmettre des connaissances, pour savoir les chercher et faire la distinction entre de bonnes et mauvaises sources. Et ce mélange est très positif : c’est une augmentation du métier plutôt qu’un remplacement.» (Atelier de l’emploi, 2015)

Sources: 

Jarraud, François, « Le tsunami numérique : Scénario pour une Ecole qui refuse de bouger« , Le Café pédagogique, 26 mars 2014

L’atelier de l’emploi, « LE NUMÉRIQUE TRANSCENDE NOTRE SYSTÈME ÉDUCATIF, POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE » (ENTRETIEN AVEC EMMANUEL DAVIDENKOFF), ManPower Grouple 27 juillet 2015

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