Remise en question de l’heure-crédit (credit-hour) aux États-Unis

Ce débat américain ne semble pas nouveau, mais il prend un nouveau souffle avec la publication en septembre 2012 d’un rapport de la New America Foundation intitulé Cracking the Credit Hour, mais également suite à l’octroi par la William and Flora Hewlett Foundation d’une bourse de 460 000 $ qui permettra à la Carnegie Foundation d’étudier des manières de réformer (remplacer?) l’heure-crédit (credit hour), devenue une véritable unité de mesure de l’apprentissage.

L’heure-crédit représente une heure de rencontre enseignant-étudiant et deux heures de travail hors cours, sur une base hebdomadaire, pendant un semestre de 15 semaines.  Elle est utilisée chez nos voisins du Sud pour mesurer la qualité de la formation, l’accréditation et l’accès à l’aide financière.

À l’origine l’heure-crédit avait été développé au début du XXe siècle comme une mesure permettant de calculer un régime de pension administré gratuitement pour les professeurs par la même Carnegie Foundation. Tous les collèges qui désiraient adhérer au régime devaient calculer le travail des enseignants selon ce standard.  Mais ils se mirent à calculer l’offre de cours de cette façon et la mesure devint de facto une unité d’apprentissage.

Or, les avancées technologiques (formation en ligne) et l’émergence d’approches comme l’apprentissage basé sur les compétences (competency-based learning) où l’apprenant est autonome rendent cette unité de mesure de plus en plus caduque aux yeux de certains observateurs.  Selon Amy Laitinen, auteur de Cracking the Credit Hour, parce que l’heure-crédit est une mesure inadéquate de l’apprentissage, elle entraîne divers problèmes comme l’inflation des notes, le refus de transfert de crédits entre les institutions et elle constitue un frein à l’innovation dans les méthodes de formation.

La recherche de nouvelles mesures de l’apprentissage est donc en cours, comme nous l’évoquions dans une dépêche précédente:

A standard that embraces self-paced learning, experiential learning, and competency-based tools, many people argue, is better than one that marks the time students have endured in a class. Furthermore, the credit-hour standard seems expensive to deliver and inefficient in linking « seat time » to actual learning, and makes it impossible for institutions to realize the productivity gains associated with technological advances. (Schur, 2013)

Nous vous avions déjà parlé dans le passé de la Western Governors University (en mars dans le Perpectives SSF et en août 2011 dans L’éveilleur), il va sans dire qu’en tant que fer-de-lance du competency-based learning, ils sont aussi présents dans le débat autour de l’heure-crédit… et jouissent d’appuis politiques importants:

« Breaking the link between seat time and learning is one way that American colleges and universities can educate more people more efficiently, posit prominent reformers like Education Secretary Arne Duncan.

Competency-based programs like Western Governors are the exception now, but “I want them to be the norm,” Duncan told The New York Times last fall. » (Lederman, 2012)

Mais ils ne sont pas les seuls.  Paul Fain du Inside Higher Ed cite Excelsior College, Thomas Edison State College and Charter Oak State College, University of Wisconsin System et Northern Arizona University.  La Southern New Hampshire University (dont nous avons parlé ici) est aussi dans le portrait avec une approche nommée « direct assessment ».

Il y a pourtant des défenseurs de l’heure-crédit qui s’inquiètent de ce que ceux qui en prônent le remplacement le fassent pour les mauvaises raisons:

« Forty-five hours, over a semester, is enough time to have conversation, work on building student habits, develop relationships, and to try to make students into good citizens. Is the arrangement perfect? No. What it represents is not necessarily accomplishment or learning, but taking a block of time to try to become wise and virtuous. That is an ideal that I will not trade for the promise of efficiency or increased productivity, or to become an educational banker who stuffs heads full of precious data. » (Schur, 2013)

[Merci à Sonia Morin pour le transfert de liens.]

Sources: 

Fain, Paul, « Hour by Hour », Inside Higher Ed, 5 septembre 2012

Fain, Paul, « More Cracks in the Credit Hour », Inside Higher Ed, 5 décembre 2012

Laitinen, Amy, « The Curious Birth and Harmful Legacy of the Credit Hour », The Chronicle of Higher Education, 21 janvier 2013

Laitinen, Amy, « Cracking the Credit Hour », New America Foundation, 5 septembre 2012

Lederman, Doug, « Credit Hour (Still) Rules », Inside Higher Ed, 30 avril 2012

Schur, Richard, « In Defense of the Credit Hour », The Chronicle of Higher Education, 21 janvier 2013

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