Tendances sociétales

« Réparer » des délits académiques

Les étudiants qui se font prendre à tricher voient leur geste comme un infraction à une règlementation.  Rarement situent-ils leur geste dans une perspective éthique, rapporte Paul Sopcak, coordonnateur du Bureau de la conduite étudiante, des normes et des valeurs communautaires, à l’Université MacEwan (Alberta), où il enseigne la littérature comparée et la philosophie.  Il faut reconnaître que la majorité des universités traitent les délits académique d’un point de vue réglementaire et, tout comme les étudiants, elles les abordent rarement dans une perspective éthique.   

À l’Université MacEwan, on s’est demandé si les procédures disciplinaires de traitement des cas de fraude académique étaient cohérents avec la mission et les valeurs institutionnelles. Surtout, on s’est demandé si elles offraient aux étudiants l’occasion de développer cette dimension éthique?  La réponse, négative, a conduit un groupe de travail à intégrer en juillet 2018 des pratiques réparatrices et à en faire le mécanisme de résolution par défaut dans les cas de délits académiques.

En gros, la pratique réparatrice se concentre sur les préjudices causés par une mauvaise conduite académique en vue de trouver comment réparer les torts causés et comment éviter que la mauvaise conduite se reproduise.  Il s’agit d’un processus formel et collaboratif animé par un facilitateur formé à des pratiques réparatrices.  Ce dernier guide l’étudiant qui a commis le délit, l’enseignant lésé et un représentant de l’association étudiante concernée à travers une série de questions qui permettront à l’étudiant d’entendre ce que son délit a fait vivre à la partie lésée et à assumer ses responsabilités.

L’approche préconisée par l’Université MacEwan s’inspire fortement des travaux de l’International Institute for Restorative Practices (IIRP).

Le coordonnateur a remarqué au fil du temps que le recours à des pratiques réparatrices favorise l’intégrité plutôt que la conformité aux règlements et que, ce faisant, elle permet aux étudiants de passer d’un qualificatif de délinquant à celui d’un membre d’une communauté qui valorise l’honnêteté, la confiance, la responsabilité, l’équité, le respect et le courage.

J’aimerais bien savoir si certaines rencontres ont conduit des enseignants à revoir leurs modalités d’évaluation parce que les échanges avaient conduit à mettre en lumière à quel point elles pouvaient faciliter la fraude…

À noter que cette approche n’exclut pas les sanctions disciplinaires.

Note – Le sujet a déjà été abordé ici et ici.

Source

Sopcak, Paul.  Restorative practices for academic integrity.  Le blogue d’ICAI (International Center for Academic Integrity).  27 avril 2020.

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Sonia Morin

Sonia Morin

2 Commentaires

  • Je trouve intéressante l’idée de justice réparatrice pour répondre aux manquements à l’intégrité académique. Cependant, je me demande toujours un peu si l’enseignante ou l’enseignant est vraiment “la partie lésée”. N’est-ce pas plutôt la communauté intellectuelle au complet qui l’est? Je comprends que c’est assez abstrait, mais je m’interroge à savoir comment sensibiliser les étudiantes et étudiants fautifs à cette dimension…

    • Tout à fait juste. Il est à espérer que dans la série de questions qui sont posées à l’étudiant, il y en ait qui porte sur les préjudices que la tricherie porte à la communauté scientifique. D’ailleurs, c’est dans cet esprit que travaille Michelle Bergadaà.

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