Mythes et espoirs suscités par les MOOC, selon Sir John Daniel

Texte important, recommandé par Tony Bates (qui y est d’ailleurs abondamment cité), de Sir John Daniel, Fellow de la Korean National Open University et ancien vice-chancelier de la Open University.  Pour Bates, c’est « the most thorough, comprehensive and balanced overview and analysis of MOOCs that I have read. »

En une vingtaine de pages, l’auteur, qui connaît bien le milieu, …

  • établit la distinction entre xMOOC et cMOOC, distinction que vous faisions dans le Perspectives SSF (sans toutefois employer ces acronymes…).
    • xMOOC: surtout américains jusqu’à présent, le plus souvent « commerciaux » et d’approche plutôt behavioriste: Coursera, Udacity, EdX;  «at the intersection of Wall Street and Silicon Valley» (Caulfield, 2012).
    • cMOOC: développés au Canada à l’origine, « communautaires » et d’approche connectiviste (Siemens, Downes, Cormier)
  • rappelle que, d’un point de vue pédagogique, les MOOC ne constituent pas jusqu’à maintenant une «évolution», avec des taux d’abandon extrêmement élevés et des taux de complétion extrêmement bas…
    • ‘it seems pretty obvious that no one who had any working knowledge of research in pedagogy was deeply involved in the creation of the course’ (Armstrong, 2012, cité par Daniel)
  • soutient que les universités qui développent des MOOC sont d’abord reconnues pour leurs activités de recherche plutôt que pour leur enseignement.  D’après lui, leur modèle élitiste repose sur le rejet de candidats à l’entrée plutôt que sur l’accompagnement des étudiants retenus.  C’est ce qu’il appelle l’« approche Passchendaele », soit l’une des campagnes les plus meurtrières de la première Grande guerre mondiale.
  • effectue des rappels historiques intéressants, notamment quant à AllLearn et Fathom, des initiatives avortées de formation massive à distance du milieu des années 2000, de la part d’universités telles que Columbia, Chicago, London School of Economics, Oxford, Yale, Stanford.
En lien avec la monétisation et la certification, Daniel…
  • développe l’idée que la course actuelle vers les MOOC résulte davantage de la peur de perte de revenues et d’être laissé derrière que d’une réelle volonté de mieux desservir les étudiants.
  • considère cependant que, dans le cas du MIT, la stratégie visant à développer la formation à distance remonte déjà à une quinzaine d’années.
  • soumet que les fournisseurs de MOOC n’ont toujours pas démontrés comment ils comptaient rentabiliser l’opération, dans un modèle qui n’est pas sans rappeler certaines start-ups technologiques.  On y apprend néanmoins que…
    • « At the end of the Coursera partnership agreement a section on Possible Company Monetization Strategies lists eight potential business models. They are:
      • Certification (students pay for a badge or certificate)
      • Secure assessments (students pay to have their examinations invigilated (proctored))
      • Employee recruitment (companies pay for access to student performance records)
      • Applicant screening (employers/universities pay for access to records to screen applicants)
      • Human tutoring or assignment marking (for which students pay)
      • Selling the MOOC platform to enterprises to use in their own training courses
      • Sponsorships (3rdparty sponsors of courses)
      • Tuition fees. »
    • Selon Young (2012; cité par Daniel), la certification et le recrutement par des employeurs sont les stratégies les plus examinées actuellement.
  • croit que le « tabou » actuel (c’est son expression) qui veut que les universités n’accordent pas de crédits pour les MOOC ne résistera pas au temps.  Si les universités prestigieuses qui offrent les MOOC n’offrent pas de tels crédits, d’autres institutions le feront.  C’est d’ailleurs déjà commencé avec le Global Campus de Colorado State University, etc.  Il évoque le risque d’un phénomène qu’il appelle les « accreditation mills » (littéralement « moulins » (ou usines) à accréditer).
  • « What decides whether or not a student can obtain a degree is determined not by their mastery of the courses, but by the admissions process to the university. This is an untenable nonsense. »
  • évoque le Academic Partnerships (AP) programme, un partenariat public-privé entre Best Associates (une banque) et des universités publiques, pour de la formation en ligne qui semble fonctionner [et dont j’entendais parlé pour la première fois].
  • rejette l’idée que les xMOOC sont une forme philanthropique d’éducation ouverte continue et de démocratisation du savoir dans le Tiers-monde.
Daniel reste cependant optimiste, affirmant que les MOOC pourraient améliorer la formation universitaire et faire baisser le coût des études par une sorte d’effet boomrang :

« By the end of 2012 various actors from the media through student groups to educational research units will be publishing assessments of xMOOC courses. These will quickly be consolidated into league tables that rank the courses – and the participating universities – by the quality of their offerings as perceived by both learners and educational professionals (Uvalić-Trumbić & Daniel, 2011).

This will not please the participating universities. […]

This, in turn, will put a focus on teaching and pedagogy to which these institutions are unaccustomed, which will be healthy. At the same time academics all around the world will make judgements about the intellectual quality and rigour of the institutions that have exposed themselves in this way. Other combinations of institutions and commercial partners will join the fray and a new pecking order will emerge. […]

…Placing their xMOOCs in the public domain for a worldwide audience will oblige institutions to do more than pay lip service to importance of teaching and put it at the core their missions. This is the real revolution of MOOCs. »

Sources:

Bates, Tony, « Daniel’s comprehensive review of MOOC developments« , Online Learning and Distance Education Resources, 1er octobre 2012.

[À lire dans les commentaires à la dépêche de Bates, la réaction de Stephen Downes, insatisfait de la façon dont Daniel présente les cMOOC.]

Daniel, John, « Making sense of MOOCs: Musings in a maze of myth, paradox and possibility« , Korean National Open University, Séoul, 2012. [document PDF]

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Commentaires

  1. Eric Chamberland a écrit:

    Merci, très bon bilet, très informatif.
    C’est intéressant de voir des critiques réfléchies du modèle MOOC, par opposition à l’engouement pour la « nouvelle patente » que l’on a vu précédemment.

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