Qui dit créativité dit enjeu d’intégrité

La lecture d’une dépêche de Jonathan Bailey (« Where There is Creativiy, There is Plagiarism ») le 19 juillet dernier relayée par la professeure Martine Peter sur la page Facebook du GRIA (Groupe de recherche sur l’intégrité académique) m’a interpellée.  Comme tous les articles qui dénoncent le plagiat, le ton et le contenu de la dépêche de Bailey sont issus d’une vision négative.  Je me suis amusée à renverser l’angle avec lequel Bailey a traité du plagiat en relation avec la créativité.  Voici le message positif qui aurait pu être écrit si on avait choisi d’associer l’intégrité à la créativité.  Un exercice très instructif, édifiant et pas toujours évident.

L’intégrité est invisible.  On s’y attend.  On pense (on espère) qu’elle est partout, que tout le monde en fait preuve.  On oublie trop souvent qu’elle ne vient pas sans effort, surtout en cette ère où une grande quantité d’œuvres (bonnes et moins bonnes) sont accessibles parce que largement diffusées dans les médias sociaux.

L’enjeu d’intégrité est partout où il y a exigence de créativité. Peu importe le type d’œuvre à créer ou créée, s’il y a originalité et expression, on fait face à un enjeu d’intégrité, car chaque fois qu’il faut créer quelque chose, on est confrontés à ce que les autres ont fait avant nous et à se demander comment et si on pourra créer quelque chose de différent qui aura une quelconque valeur.  S’inspirer des autres est parfois attrayant, mais comment s’inspirer de ce qui a déjà été fait sans le copier et arriver à créer soi-même quelque chose de nouveau?  Voilà un enjeu d’intégrité terriblement anxiogène.

Si nous étions plus transparents au sujet du processus de création, l’anxiété serait moins grande et l’intégrité serait mieux « servie ». En effet, le mythe qui dit que la créativité naît d’une étincelle ou d’un éclair de génie est une pure construction qui laisse croire que les grandes œuvres sont le fruit d’un esprit brillant qui a été illuminé soudainement.  C’est de ce même mythe qu’est issue la croyance que les personnes créatives sont spéciales ou uniques et qu’elles n’ont pas besoin de suivre (ou traverser) les étapes qui mènent à la création d’une œuvre.

C’est un mythe, nous rappelle Bailey, en donnant en exemple sa propre dépêche.

« For example, this post, and ones like, do not spring fully formed from my mind. They often take hours or works, sometimes broken up over multiple days. Even for all of my typos and grammar mistakes, there is a great deal of editing, revision and preparation that goes into them as well.

Ce travail est invisible mais il demande des heures de travail, parfois ennuyeux, et ne garantit en rien l’originalité du produit fini.

Pour Bailey, faire preuve d’honnêteté au sujet de l’effort que demande le processus créatif constitue un excellent premier pas dans la  promotion de l’intégrité.  Mais qu’on se rassure : le travail qu’exige de créer quelque chose n’est pas forcément pénible : il peut, au contraire, être très satisfaisant, voire amusant.  Mais ce sera à condition que le travail ait du sens ou apporte un sentiment de réalisation, de contribution…

Sources

GRIA-AIRG.  Creativity and plagiarism coexist according to Jonathan BaileyPage Facebook du GRIA-AIRG.  19 juillet 2019.

Bailey, J.  Where There is Creativity, There is PlagiarismPlagiarism Today (blogue).  16 juillet 2019.

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Commentaires

  1. yves Le Duc consultant a écrit

    Comment alors marier intégrité et citation des sources ? C’est sans doute la clé du problème. Et cela demande peut être davantage qu’une banale citation sous forme d’énumération des auteurs de référence. La créativité, c’est aussi dans les règles de citation qu’elle se niche…

    • Sonia Morin a écrit

      C’est une excellente question, que je porte depuis quelque temps et pour laquelle je n’ai pas encore une réponse bien articulée. Mon intuition me dicte de chercher du côté du remix…

      • yves Le Duc consultant a écrit

        l’approche par le remix est intéressante dans les cas où une exploitation commerciale des textes est envisageable. Mais c’est très loin de concerner la majorité des écrits universitaires. Et c’est alors à l’institution universitaire de définir ses propres attentes en matière d’originalité des travaux des étudiants : attentes fort variées et assez souvent contradictoires.

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