Les environnements d’apprentissage personnels selon la professeure France Henri

France Henri, professeure à la TÉLUQ et directrice scientifique du LICEF, donnait le 28 janvier en soirée une conférence sur la environnements d’apprentissage personnels (EAP). Elle a abordé le sujet sous trois angles : la perspective pédagogique, la perspective de l’application informatique et finalement la perspective d’un instrument développé par l’apprenant lui-même. En voici un condensé (très abrégé).

1) La perspective pédagogique

D’entrée de jeu, la professeure Henri propose que les environnements d’apprentissage personnels existent depuis bien avant les technologies informatiques. De tout temps, les apprenants ont pris des moyens de leurs choix assemblés de façon personnelle pour soutenir leurs apprentissages de toutes natures. La dimension technologique ajoute des outils et enrichit le concept sans l’inventer. Les usages, fonctions et configurations des EAP sont variés, tout comme les apprenants.

Il y a deux idées sous-jacentes au concept d’EAP : l’autonomie de l’apprenant et l’apprentissage auto-dirigé.

L’usage de l’EAP induit un changement. Les apprenants sont plus responsables et plus autonomes. La culture d’apprentissage change. On reconnait davantage la valeur de démarches d’apprentissage moins structurées et de progressions hétérogènes, moins contrôlées.

2) Application informatique

Il y a 3 approches du côté des applications informatiques. La première est celle d’une application intégrée (sur un serveur) que l’on fournit aux étudiants qui donne accès aux multiples ressources avec accès transparent. La deuxième approche consiste à leur fournir ou proposer une application qui n’est pas sous le contrôle institutionnel, mais qui peut s’y connecter avec un choix de services institutionnels auxquels il peut se connecter ou en extraire des contenus ou en déposer. La troisième approche est celle des apprenants en plein contrôle de tous les systèmes : ils choisissent et combinent à leur convenance l’utilisation de divers systèmes et services autonomes, sans aucune intervention institutionnelle dans ces choix : on ne leur fournit rien de particulier.

3) Instrument développé par l’apprenant

Note : presque tout ici est cité mot à mot depuis le PPT de France Henri

France Henri réfère à la définition d’instrument de Rabardel (1995) : un instrument est une entité mixte composée d’un artefact (outil) associé à des schèmes d’usage. Les outils deviennent des instruments lorsqu’ils sont incorporés dans l’usage au cours de l’activité de l’utilisateur. Cette genèse instrumentale se fait par l’articulation simultanée de 2 processus :

  • L’instrumentation (dirigé vers l’utilisateur)
    • émergence et évolution des schèmes d’usage pour réaliser les tâches
    • l’utilisateur se transforme, il fait les choses différemment
  • L’instrumentalisation (dirigé vers l’artefact)
    • Personnalisation et appropriation de l’artefact
    • Usage personnel de l’outil; lui faire faire des choses qui n’ont pas été  prévues par le concepteur

Aider un apprenant à créer son propre EAP, c’est le guider à travers la genèse instrumentale (en lui explicitant ce processus et ses composantes) en lui fournissant de l’aide (technique, métacognitive, pédagogique et méthodologique) pour qu’il développe son autonomie dans ce processus.

Conclusion

France Henri propose en conclusion que l’on abandonne l’idée de développer un environnement (ou une plateforme) pour les apprenants : il vaut mieux les aider à le faire eux-mêmes à partir de ressources variées. Elle propose plutôt de concevoir des outils que les apprenants pourront assembler de façon évolutive pour s’en faire leur EAP.

Source

Henri, France (2013). Environnement d’apprentissage personnel : Un nouveau concept, une application informatique, un instrument?. Conférence prononcée à la TÉLUQ le 28 janvier 2013.

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Commentaires

  1. Excellent article, merci. Ce serait intéressant de voir ce que pense Mme Henri relativement aux moyens à privilégier pour accompagner efficacement les étudiants dans la définition de leurs EAPs.

    • Eric Chamberland a écrit:

      Elle propose effectivement une démarche explicite. Pour ne pas faire trop long, j’ai dû la résumer. C’est le dernier paragraphe avant la conclusion et la conclusion elle-même. J’ai les diapos avec les détails pour ceux qui veulent passer me voir, mais je n’ai pas le droit de les distribuer.

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