Trois scénarios catastrophes… trop pessimistes ?

Trouvé via la liste du REFAD, un billet de Léo Charbonneau sur son blogue En marge du magazine Affaires universitaires intitulé « Trois scénarios catastrophes pour l’enseignement supérieur aux États-Unis ».  Je trouve qu’il complète bien l’article « L’université américaine est-elle assez agile pour le 21e siècle? » du dernier Perspectives SSF (juin 2012).

Les trois scénarios catastrophes dont il est question sont les suivants :

  1. L’enseignement supérieur est une bulle sur le point d’éclater : M. Charbonneau croit que ce scénario économique date de janvier 2011, alors que nous veillons sur cette éventualité depuis au moins mai 2009
  2. L’enseignement supérieur est comparable à l’industrie moribonde des journaux imprimés (ou à toute autre industrie dont la pertinence a été remise en question par l’abondance d’information sur Internet)
  3. L’enseignement supérieur se dirige vers un « grand bouleversement » : probablement à cause de l’« innovation de rupture » que nous évoquions dans le Perspectives SSF.  Plusieurs observateurs croient que la formation en ligne serait cette innovation de rupture : « le grand bouleversement fait référence à l’effet dévastateur qu’aura l’enseignement en ligne sur les universités traditionnelles » (Charbonneau).

Charbonneau, qui trouve ces scénarios trop pessimistes, cite Alex Usher de Higher Education Strategy Associates [que nous avons cité nous aussi à quelques reprises] qui, en février 2012, titrait « No Disruption Here, Folks » :

« Des expériences très intéressantes en matière d’éducation se déroulent actuellement. L’une ou l’autre de ces expériences représente-t-elle une menace sérieuse pour les universités? La réponse est non, car tout le monde considère l’éducation comme une activité sociale qui nécessite un niveau d’interaction beaucoup plus important que ne le permet l’enseignement en ligne. »

Par ailleurs, M. Charbonneau rappelle avec justesse que « …[C]e discours alarmiste n’est pas réellement nouveau. En 1997, Forbes citait Peter Drucker : « D’ici 30 ans, les grands campus seront des reliques du passé. Les universités ne survivront pas. [Internet] constitue un changement aussi important que l’invention de l’impression. Le système ne pourra tenir longtemps. » Nous verrons dans 15 ans s’il avait raison. Qui veut parier? »

Donc, il n’y a pas de crise et « tout va bien, Madame la Marquise »?  Pas d’inquiétude quant à la pertinence des universités à l’ère numérique ?  L’assurance de Usher provient du besoin de socialisation des étudiants, mais également de sa foi en la pérennité de la valeur des diplômes : «  There’s one more reason this whole disruption idea is bogus.  It’s because most people, at the end of the day, want credentials at least as much as they want any skills and knowledge gained from participating in education. »

Or, il me semble utile de rappeler la mise en garde de Ann Kirschner, doyenne de la City University à New York : « The value of the diploma is symbolic, backed not by gold but by the graduate’s sense of its worth and the employer’s willingness to accept it as the currency of competency. Sometimes symbolism is simply too expensive. »

Sources :  

Charbonneau, Léo, « Trois scénarios catastrophes pour l’enseignement supérieur aux États-Unis  », blogue « En marge », Affaires universitaires, 27 juin 2012.
Usher, Alex, « No Disruption Here, Folks », « One Thought Blog », Higher Education Strategy Associates, 8 février 2012.
Service de soutien à la formation, « L’université américaine est-elle assez agile pour le 21e siècle? », Perspectives SSF, Université de Sherbrooke, juin 2012.

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