Cycles supérieurs

Une chaîne vidéo sur l’intégrité académique et la recherche en milieu universitaire

Dans sa 83e lettre, Michelle Bergadaà, présidente de l’Institut de recherche et d’action sur la fraude et le plagiat académiques (IRAPFA) et professeure émérite de l’Université de Genève, annonce la création de la chaîne Web-TV IRAFPA, sur laquelle on peut trouver différentes contributions des membres de l’Institut.  Il y a, par exemple, une série de courtes vidéos sur des thèmes liés à la thématique de la recherche et de l’intégrité.  J’ai visionné les deux suivantes.

Dans la vidéo Connaissance et recherche académique : un monde en rupture ? (6 :10), Jean-Baptiste Soufron*  raconte qu’il a d’abord été chercheur spécialisé en droit d’auteur, puis, une fois avocat, il a été directeur juridique de la Fondation Wikipédia, où il s’est passionné pour les questions traçabilité et de libre accès.  Pour lui, la fraude académique est un problème systémique beaucoup plus large que le plagiat, qui empêche la méthode scientifique de fonctionner dans l’univers académique.  En recherche, les impacts de la fraude et du plagiat peuvent prendre plusieurs formes : déstabilisation des chercheuses et chercheurs, bris de carrière, frein à l’intérêt pour une carrière en recherche, crédibilité des institutions, climat de suspicion au sein des équipes de recherche et envers les gestionnaires…  Au final, les institutions se trouvent « gangrenées » par des manipulatrices et des manipulateurs qui atteindront des postes où il leur sera possible de cacher leur fraude.  Pour Soufron, au niveau académique, ce qui est important de faire, c’est de trouver des solutions qui soient collectives et qui traduisent les valeurs de la communauté académique. Il serait important de convaincre les nouvelles générations d’adopter un nouveau paradigme de partage des connaissances sans publier autant qu’avant…  (* Jean-Baptiste Soufron est membre du bureau de l’IRAFPA, avocat, journaliste et ancien secrétaire général du Conseil national du numérique (CNNum), Paris, France.)

Dans la vidéo L’édition scientifique, un système à la dérive (4 :35), Hervé Maisonneuve** fait l’historique du facteur d’impact, lequel a été inventé dans les années 60 pour mesurer la notoriété d’une revue en terme du nombre de fois où des articles d’une revue donnée étaient cités.  Il s’agit d’une mesure quantitative et non qualitative. Dans les années 80, les universités et les instituts de recherche se sont mis à l’utiliser pour évaluer les carrières des chercheuses et chercheurs et pour évaluer des demandes de subventions.  Pour Maisonneuve, c’est à ce moment que le système de l’édition a commencé à dériver.  En 2015, il s’est tenu un symposium à huis clos (!) sur la fiabilité des recherches biomédicales où il a été mentionné que les chercheurs sculptent, torturent, massent leurs données pour raconter de belles histoires qui vont plaire à tout le monde […] les revues sont dans une compétition de notoriété et de facteur d’impact et vont choisir des choses innovantes au détriment de choses validées et reproduites…  L’embellissement des résultats de recherche se produit dans toutes les disciplines et correspondent à petites choses qui sont à la marge des bonnes pratiques, où le chercheur a pris quelques libertés, où il a cité quelques références qui lui faisaient plaisir d’amis […]  On n’invente pas.  On ne fabrique pas.  On ne fraude pas.  On prend quelques libertés avec les bonnes pratiques.  (**  Hervé Maisonneuve est conseiller « Éditeurs » de l’IRAFPA, consultant en rédaction scientifique et ancien professeur associée de santé publique à Paris, France.)

En espérant vous avoir donné le goût d’explorer les contenus de la chaîne IRAFPA…

Sources

Bergadaà, M.  Intégrité académique / lettre 83 – 15 décembre 2020 reçue par courriel.  Abonnement à la lettre ici.

Soufron, J.-B. Connaissance et recherche académique : un monde en rupture ? Vidéo de 6 :10 filmée lors du colloque international Recherche et action sur la fraude scientifique et le plagiat, tenu à Genève en juin 2016.

Maisonneuve, H. L’édition scientifique, un système à la dérive.  Vidéo de 4 :35 filmée lors du colloque international Recherche et action sur la fraude scientifique et le plagiat, tenu à Genève en juin 2016.

Une fraude académique plus grave que le plagiat dans une thèse

À propos de l'auteur

Sonia Morin

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