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Stopper la tricherie en ligne sans jouer à la taupe

Les craintes de tricherie, déjà présentes lorsqu’il est question d’évaluation en ligne, se sont démultipliées lors du passage obligatoire du présentiel à la distance l’hiver dernier si on en croit les chiffres rapportés par Doug Lederman dans Inside Higher Ed :

  • en 2019, 62 % des répondants croyaient que la tricherie se produisait plus fréquemment en ligne qu’en présence (sondage de Inside Higher Ed);
  • en 2020, 93 % croyaient que les étudiants seraient « significativement plus susceptibles » ou « plus susceptibles » de tricher dans un cours en ligne que dans un cours en présentiel.

Sur la base de ces craintes, plusieurs universités se sont dotés de systèmes de surveillance, plus ou moins sophistiqués.  Mais dans les faits, on ignore s’il y a plus de tricherie

Lors d’une école d’été tenue en juillet 2020 sur l’enseignement en ligne, Tricia Bertram Gallant, directrice du Bureau de l’intégrité académique à l’Université de Californie – San Diego, a affirmé que depuis quelques décennies, le pourcentage d’étudiants qui avouent avoir triché au moins une fois au cours de la dernière année pendant un examen en ligne est demeuré stable : 11%, ce qui lui fait dire que malgré l’augmentation des cours à distance en raison de la COVID-19, la réalité de la formation à distance n’a pas changé de manière significative la donne. 

Elle rappelle que les étudiants sont plus susceptibles de tricher dans certaines conditions : stress, pression, imprécisions des exigences, occasions de tricher, environnement d’apprentissage inhabituel, nouvelles technologies, isolement, peur de la pandémie… Et ces conditions étaient toutes réunies au trimestre d’hiver.  Bien que les universités aient pris des mesures pour soutenir la réussite étudiante (notation réussite ou échec, notation flexible et autres types de modalités d’évaluation…), de l’avis des étudiants qui se sont exprimés dans divers sondages, le plus difficile a été l’absence d’engagement. Comme le mentionne Douglas Harrison, vice-recteur et doyen de l’École de la cybersécurité et des technologies de l’information de l’Université du Maryland, “when students don’t feel connected and a sense of belonging to the learning community, whether it’s online or face-to-face, they are more likely to detach from any sense of collective community responsibility or ethics and substitute for that a pure ethic of mercenary self-interest”.

Qu’il y ait ou qu’on craigne plus de tricherie exige des universités qu’elles affichent une position claire face à la tricherie.  Mais cette position, selon David Rettinger, professeur de sciences psychologiques et directeur des programmes d’intégrité académique à l’Université Mary Washington et président de l’International Center for Academic Integrity (ICAI), s’enracine ailleurs que dans diverses formes de surveillance, une stratégie qu’il compare au jeu de la taupe (“Whac-a-mole” ou “Whack-a-mole”) : frapper des taupes qui sortent aléatoirement de plusieurs trous; le terme est utilisé familièrement pour désigner une tâche répétitive et futile : chaque fois qu’une tâche est terminée ou qu’un problème est traité, une autre tâche/problème apparaît ailleurs (Wikipedia, traduction par Deepl).  

Il reste qu’il faut bien répondre à la question des enseignants : Comment stopper la tricherie? Pour Bertram Gallant, Harrison et Rettinger, la réponse est la même : une amélioration de l’enseignement.

Des exemples de changements à apporter qui peuvent réduire la tricherie dans vos cours?

  • Créer un sentiment de communauté et d’appartenance avec vos étudiants
  • Diviser des examens en courts quiz hebdomadaires
  • Planifier des examens à livres ouverts sur des questions qu’ils ont soulevées en classe
  • Donner aux étudiants un certain contrôle dans le choix des sujets des travaux, et des type de devoirs
  • Demander des travaux qui sont significatifs dans leur vie
  • Préciser les attentes en matière de citation et de collaboration pour chaque évaluation
  • Être à l’écoute des difficultés que peuvent rencontrer les étudiants et chercher avec eux des solutions, notamment au plan technologique…

Pour Rettinger, les enseignants qui acceptent de revisiter leur enseignement pour minimiser la tricherie renforceront l’engagement et l’apprentissage de leurs étudiants.  C’est exactement la même affirmation que fait Lang (2013), rapportée ici.

Pour Bertram Gallant, c’est aux enseignants que revient la responsabilité de s’assurer que les notes, et par conséquent les diplômes, ont de la valeur. Si elle admet qu’ils ont un certain rôle à jouer pour contrôler les comportements étudiants, elle ajoute que, dans la mesure où les universités considèrent qu’il est de leur responsabilité de former “des personnes qui choisissent d’être des citoyens et des professionnels éthiques”, le contrôle du comportement étudiant devrait céder le pas à l’amélioration de l’environnement d’apprentissage afin qu’il ait pour effet l’adoption de bons comportements.  

Source

Lederman, Doug. Best Way to Stop Cheating in Online Courses?  “Teach Better”Inside Higher Ed, 22 juillet 2020.

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Sonia Morin

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