Conditions d’une intégration réussie des TIC au collégial

Une étude québécoise fait état de l’impact véritable de l’intégration des TIC dans un contexte d’enseignement collégial notamment. En effet, Guy Béliveau, professeur de philosophie au Cégep de Trois-Rivières, a publié en juin 2011 une étude présentant « une analyse des recherches menées principalement au Québec sur l’impact des TICE au collégial, avec des références à des recherches françaises et américaines ».

L’auteur voulait faire un bilan à la suite d’autres études menées par la fédération des Cégeps du Québec depuis les années 2000 et dont les objectifs étaient la mesure de l’impact des TICE sur les résultats des étudiants. « Les observations et enquêtes minutieuses se sont donc succédées pendant plusieurs années, aboutissant dès 2004 à la conclusion suivante : il n’y a pas de relation de cause à effet entre l’utilisation des TICE et la hausse des résultats scolaires. »

À partir de ces résultats et conscient qu’il est impensable de mettre les technologies de côté pour autant, Guy Béliveau s’est interrogé plutôt sur les conditions d’une intégration réussie des TIC. Dans sa publication, il mentionne régulièrement les travaux de Christian Barette, principal acteur de la recherche sur l’impact des TIC au collégial. « Celui-ci s’est concentré sur le recueil de données qualitatives (et non plus quantitatives comme dans la première période) au travers d’une méta-analyse des résultats de recherches menées sur le sujet. Ce travail a permis de soulever nombre de questions partagées par les acteurs éducatifs :
– Qu’appelle-t-on « utilisation des TIC »?
– Qu’appelle-t-on « réussite des élèves »?
– Quelle est la stratégie pédagogique la mieux adaptée à la fois à l’optimisation de l’usage des TIC en classe et à la réussite des étudiants? »

L’utilisation des TIC répartie en cinq niveaux

Christian « Barette distingue cinq niveaux, d’intensité croissante :

« Le premier niveau correspond à une utilisation des TIC en classe ou en laboratoire uniquement. Le deuxième niveau correspond à la poursuite des activités en dehors des locaux et des heures de cours. Le troisième niveau correspond à la situation où les élèves font, en dehors des heures et des locaux de cours, des activités complémentaires et d’enrichissement. Le quatrième niveau est celui où la plupart des activités d’apprentissage se réalisent en dehors des heures et des locaux de cours. le cinquième niveau est celui de la formation entièrement à distance« .

Si le premier niveau d’utilisation des TICE demeure largement prédominant, c’est aussi celui qui donne le moins de résultats, en termes d’amélioration des apprentissages des élèves. Il faut atteindre les 2e et 3e niveaux pour espérer obtenir des résultats probants. »

La réussite des élèves : pas seulement une question de notes

Au-delà de l’objectif tangible d’avoir de bonnes notes, le véritable reflet de la réussite d’un élève est sa capacité à « construire des compétences et des savoirs qui lui seront utiles toute sa vie ». Comme « le système d’évaluation majoritaire ne mesure que les connaissances acquises à un moment donné, dans une discipline donnée. Il faut donc :
– redéfinir ce que l’on appelle « réussite », pour y intégrer des compétences transversales telles que l’aptitude au travail collaboratif, à traiter des données, et des compétences métacognitives; toutes compétences dont on sait, au travers des analyses qualitatives, qu’elles sont améloirées par un usage approprié des TICE;
– modifier l’outil principal d’évaluation, qui ne mesure qu’une partie des savoirs et compétences acquises parles élèves.

On reconnaît que la réussite scolaire est multifactorielle et n’est pas seulement tributaire d’un outil technologique en particulier. Il n’y a donc pas de recette miracle.

La stratégie pédagogique : l’élément crucial

Socioconstructivisme et intégration des TIC, approche de Christian Barrette

La stratégie pédagogique la plus productive, selon Christian Barrette, est celle qui s’inspire du socioconstructivisme, combinant « une approche socioconstructiviste et une intégration des TICE au deuxième ou au troisième niveau pour obtenir des résultats significatifs en termes de résultats des apprentissages. Mais Barette constate que si la théorie socioconstructiviste est favorablement perçue dans les discours pédagogiques, elle tarde à s’implanter dans les pratiques. Ce qui le conduit à proposer deux outils aux enseignants :

– Le tableau d' »Appariement optimum entre les médias relevant du monde des TIC et différentes facettes des stratégies pédagogiques » , qui permet de repérer le type de média à utiliser en fonction du rôle que s’attribue le professeur d’une part, du rôle et des opérations cognitives demandées aux apprenants d’autre part (1);

– La « grille d’analyse d’une activité pédagogique faisant appel aux TIC » (2), pour laquelle Christian Barette donne les précisions suivantes

« La grille permet d’examiner le devis d’une activité pédagogique misant sur les TIC à partir de cinq dimensions importantes :

  1. Les attentes des professeurs en termes de retombées sur la réussite des étudiants
  2. L’ajustement des méthodes pédagogiques en fonction des objectifs pédagogiques
  3. L’identification des ressources TIC en fonction des méthodes pédagogiques
  4. La présence de conditions organisationnelles favorables (Ex : plan TIC dans son collège, disponibilité du matériel requis, etc.)
  5. Des pratiques respectueuses des valeurs citoyennes. »

Stratégie «d’active learning », approche de Guy Béliveau

En contrepartie de l’approche privilégiée par Christian Barrette, « Guy Béliveau mentionne pour sa part des expériences « d’active learning », menées aux Etats-Unis (Projet SCALE-UP, Université publique de Caroline du Nord) et au Québec (Université McGill de Montréal et collège Dawson) qui ont donné d’excellents résultats en termes d’amélioration du taux de réussite des étudiants ».

À la fin de son livre, « Guy Béliveau insiste sur un point qui fait désormais consensus : l’impact des TICE sur les apprentissages et les résultats des élèves est étroitement corrélé à l’intention pédagogique qui sous-tend leur utilisation et au niveau d’intensité de cette utilisation, le but étant de rendre les élèves plus actifs et plus autonomes dans leurs apprentissages ». Pour mieux soutenir les enseignants et les administrateurs scolaires, il leur fournit « des outils permettant tout à la fois d’optimiser l’utilisation des TIC en classe, quelle que soit la posture pédagogique privilégiée, et de se diriger vers une pédagogie plus largement inspirée du socioconstructivisme, cette dernière ayant fait la preuve de son efficacité ». 

En conclusion, on retient deux étapes importantes pour la réussite d’une intrégration des TIC : celle de l’implantation des technologies et celle de leur appropriation. Dans un cas comme dans l’autre, la clé reste fondamentalement la communication pour faire adhérer le plus grand nombre de personnes au projet et le mener à bien. Enfin, on conserve à l’esprit qu’un virage technologique prend son vrai sens de par la façon qu’il s’intégre à une démarche pédagogique adaptée à un milieu scolaire, à des connaissances à acquérir, aux habiletés des enseignants à les utiliser judicieusement, et que cela a une influence directe sur l’apprentissage des élèves et leur réussite, autant en meilleur savoir qu’en résultats scolaires.

(1) Tableau présenté dans l’article « Métarecherche sur les TIC en pédagogie : du diagnostic au pronostic », p. 23 dans Pédagogie Collégiale, vol 24 n° 4 Été 2011 [pdf].

(2) La grille se remplit en ligne sur le site du Reptic.

Analyse des recherches sur les TICE, qui reprend le texte intégral de l’étude de Guy Béliveau, « Impact de l’usage des TICE au collégial », publié sur le site PhiloTR, août 2011.

Source : VAUFREY, Christiane, « Les conditions optimales d’une intégration réussie des TIC en classe », dans Thot Cursus, 22 novembre 2011

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