L’impact environnemental des TIC : vert pâle ou vert foncé?

On sait que rien ne peut se produire sans dépense énergétique et sans impact environnemental. La question est : « Est-ce que l’impact de la production d’ordinateurs versus leur utilisation affiche un bilan positif ou non? » À ce propos, l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) y réfléchit dans sa publication Les TIC, quels impacts ?  (pdf, 16 p.), publié en juillet 2011. Dans la même ligne de pensée, le blogue Green IT aborde aussi l’empreinte de carbone liée à la production d’un ordinateur en nous apprenant « que la fabrication d’un nouvel ordinateur émet 70 fois plus de CO2 que son utilisation pendant un an! » L’organisme s’inquiète aussi « du rythme d’extraction toujours plus rapide des métaux rares dont nos machines ont besoin pour fonctionner » et de ce qui va se passer lorsque ces métaux seront épuisés.  

Empreinte du chemin informatique

Pour mieux comprendre ces impacts, on s’est intéressé à voir si au moins, en contrepartie, l’usage des ordinateurs bonifiait cette dépense énergétique de production en réduisant l’usage de papier, en réduisant les déplacements par l’information que nous livrent les moteurs de recherche de même que les transport de messagerie et de colis, etc. Il semble bien que non…

Dans le guide de l’ADEME, on analyse l’impact environnemental du chemin suivi par un courriel, depuis son expéditeur jusqu’à son destinataire, ainsi que celui d’une requête effectuée par un moteur de recherche.

Envoi de courriels

Dans le cas de l’envoi d’un courriel, « [c]haque étape de transmission et de stockage consomme de l’énergie. La quantité d’énergie ainsi consommée est négligeable au niveau individuel, mais n’oublions pas que des centaines de millions de gens sur la planète utilisent désormais les TIC. Pour nous aider à prendre la mesure de l’énergie ainsi consommée, l’ADEME se risque à quelques comparaisons frappantes : « L’envoi de 33 courriels d’1 Mo à 2 destinataires par jour et par personne (en France, ndr) génère annuellement des émissions équivalentes à 180 kg de CO2, ce qui équivaut à plus de 1 000 km parcourus en voiture » ».

« Concrètemement, un courriel envoyé consomme de l’énergie :

  • Chez vous (consommation électrique de votre poste, consommation occasionnée par l’opération d’envoi réalisée)
  • Dans la boucle locale qui va acheminer le message jusu’au serveur de votre fournisseur de messagerie
  • Sur le serveur de votre fournisseur de messagerie (stockage du courriel puis expédition)
  • Sur le serveur du fournisseur de votre destinataire (réception puis stockage)
  • Dans la boucle locale qui va acheminer le message jusque dans la boîte de votre destinataire
  • Chez votre destinataire (consommation de son poste + consommation de l’opération d’ouverture du message).

Requêtes informatiques et clés USB

« Les requêtes aux moteurs de recherche sont également consommatrices d’énergie. » Le guide décrit en détail cette problématique. 

Étonnamment, les clés USB, qui sont très populaires, sont une bonne cause du problème, surtout de par leur courte vie liée à leur faible solidité, leur bas prix, la facilité des perdre ou de carrément les jeter pour utiliser d’autres de plus de capacité de mémoire. À cela s’ajoute évidemment l’énergie nécessaire pour le temps d’accès aux documents, le temps de consultation et encore trop souvent de l’impression des documents.

Dans son article publié dans la revue Réseau Tic le 19 juillet 2011, « Nouvelles technologies, nouveaux usages : Les TIC, quels impacts ?« , Julie Bailleul déplore que l’ADEME ne propose pas « dans son guide des comparatifs de consommation d’énergie entre les différentes solutions de transmission de messages d’une part, de recherche de documents d’autre part. Car entre l’envoi d’un courriel, un coup de téléphone, l’envoi d’un courrier papier et la visite à son interlocuteur, il n’est pas du tout certain que la première option soit la plus gourmande. En fait, on peut même supposer que le courriel est la plus sobre des solutions techniques d’envoi de message… à condition de rompre avec l’incroyable gaspillage actuel, qui voit nos boîtes de réception se remplir de [polluriels] et de messages inutiles ». 

Améliorations possibles de l’impact des TIC

Dans une approche réaliste, l’ADEME ne demande pas l’abandon des TIC, mais prône leur usage raisonné. Pour y arriver, « [u]ne très longue liste d’habitudes à acquérir par les usagers de TIC est fournie :

  • Opter pour un ordinateur portable qui consomme de 50 à 80 % moins d’énergie qu’un poste fixe
  • Diminuer le nombre de destinataires d’un courriel
  • Envoyer des pièces jointes moins lourdes ou trouver d’autres solutions pour transmettre des fichiers volumineux
  • Faire un tri régulier de sa boîte courriel
  • Simplifier ses recherches sur le Web avec des mots-clés précis
  • Quand on connaît l’adresse d’un site, s’y rendre directement plutôt que de passer par un moteur de recherche
  • Débrancher son ordinateur et sa connexion Internet la nuit
  • Conserver ses appareils le plus longtemps possible
  • Au moment de les remplacer, les retourner chez les détaillants informatiques qui sont maintenant obligés de les reprendre

En somme, rien que des recommandations raisonnables, dont certaines auront également un impact réel sur votre confort d’utilisateur. » Il n’est pas difficile en effet de convaincre un internaute de réduire au maximum les courriels non désirés ou sollicités, et ce, « pas seulement pour des raisons tenant à la préservation de l’environnement et des ressources naturelles ».

De façon plus globale à l’instar de Green IT, des groupes encouragent le développement de logiciels moins énergivores. « Le Green Code Lab devrait donc, dans les prochaines années, aider à l’élaboration de ces applications et programmes pour aider à prolonger la durée de vie de nos appareils. Une bonne idée qui sera peut-être une façon pour les utilisateurs de technologies de concilier usages et environnement. »

Développement durable à l’UdeS

De son côté, le vice-rectorat au développement durable et aux relations gouvernementales de l’Université de Sherbrooke a produit une Politique de développement durable (Politique 2500-017) (pdf, 8 p.) ainsi qu’un Plan d’action 2008-2011 (pdf, 32 p.), où notamment le point 4 décrit ce qui est souhaité dans le but de « développer de nouveaux comportements de consommation et d’investissement », et le point 6 parle des moyens pour « réduire la consommation énergétique des bâtiments et les émissions de gaz à effet de serre (GES) ». Pour l’instant, les écrits sont généraux et ne se rendent pas jusqu’à la précision des actions qui concerneraient le parc informatique et ses périphériques, bref l’ensemble des acquisitions et des usages des TIC sur ses campus. Selon la progression de la mise en place de ce plan d’action qui vient bientôt à échéance, on peut penser que le prochain document pourra cette fois inclure l’impact environnemental relié aux TIC.

Il est certain qu’on ne peut arrêter le progrès et les avancées technologiques pour toujours mieux soutenir l’enseignement et  la recherche. Ainsi,  l’Université de Sherbrooke est certes fière d’avoir en ses murs le super-ordinateur Mammouth le plus puissant au Canada et le 41e au monde en 2011. D’un autre côté, elle est aussi consciente d’améliorations possibles et c’est pourquoi elle s’est déjà démarquée auprès d’Hydro-Québec en réduisant de 22 % ses dépenses énergétiques. Elle devient ainsi la première institution d’enseignement à « se hisser au rang de membre Élite du réseau Écolectrique, auquel elle appartient depuis 2009 ». Son rôle d’ambassadrice de l’efficacité énergétique l’amènera sûrement à poursuivre davantage en ce sens.

Source : ROBERGE, Alexandre. « Les impacts environnementaux de l’usage des TIC », dans Thot Cursus, 13 novembre 2011.

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