Formation à distance : la difficulté de traduire des objectifs de cours en de véritables activités d’apprentissage

Lorsqu’un formateur commence à planifier son cours dans un mode à distance (complètement ou en formule hybride), il est appelé à en re-visiter les objectifs , ce qui le conduira vraisemblablement à identifier des approches pédagogiques adaptées à la FAD et à concevoir des activités d’apprentissage efficaces dans ce contexte à distance.

Lorsqu’un cours est donné complètement en présentiel, l’enseignant peut sans souci passer une partie de matière, puis la mettre en application par le biais d’exercices puisqu’il est toujours devant ses étudiants. Par ailleurs, en formule hybride, ce qu’on observe habituellement, c’est que le professeur utilisera la voie à distance pour diffuser les connaissances et conservera le volet des exercices pratiques quand il sera en présentiel avec ses élèves. Enfin, lorsque le cours se donne complètement à distance, très souvent, l’enseignant se limite au transfert de connaissances, dont il vérifie l’acquisition lors de tests ou d’examens. « Ceci parce qu’il est plus facile, techniquement et intellectuellement parlant, de créer des exercices d’appariement, des questionnaires à choix multiples et de donner des sujets de dissertation que de créer des situations virtuelles d’application. L’absence de l’apprenant, l’impossibilité de voir et d’entendre ce qu’il fait, la difficulté à élaborer sur papier des situations suffisamment complexes pour être réalistes et de leur adjoindre des consignes permettant d’appliquer des connaissances font que nombre d’enseignants à distance se cantonnent à des exercices classiques hérités de la tradition de l’apprentissage académique initial. »

Dans un autre ordre d’idées, une réflexion s’amorce pour revoir cette façon de faire. Ce mouvement auquel participe activement Cathy Moore réfléchit sur la meilleure façon que l’enseignant aide ses élèves à passer du mode « savoir » au mode « utiliser ». En effet, Mme Moore « réduit la très célèbre taxonomie des objectifs d’apprentissage de Bloom [normalement à six niveaux de complexité] a deux niveaux, et à leur déclinaison commune :

  • Savoir – Les activités demandent aux apprenants de se souvenir et éventuellement de catégoriser ou d’expliquer des informations.
  • Utiliser – Les activités demandent aux apprenants d’appliquer les informations dans des situations réalistes. »

La question fondamentale est comment peut-on passer d’une catégorie à l’autre dans la FAD?

En analysant les objectifs d’apprentissage de Bloom, Cathy Moore indique que des verbes comme « « Identifier », « Comparer », « Définir » sont autant de verbes relevant de l’activité intellectuelle abstraite, qui ne coïncident pas nécessairement avec les objectifs d’apprentissage de savoir-faire ». Elle fait aussi remarque que « [s]i, dans son cadre professionnel, l’apprenant n’a pas besoin de « comparer » deux éléments pour réaliser la tâche correctement, pourquoi alors lui imposer cette opération en tant qu’objectif d’apprentissage ? Et si la comparaison est nécessaire, il faut a minima l’appliquer, lors de l’apprentissage, dans le cadre d’une activité réaliste. »

L’auteure de l’article, Christine Vaufrey, souhaite également arriver à plus d’exemples concrets, car elle déplore que la tendance est vraiment à l’intellectualisation des apprentisages. Ceux-ci sont détachés de situations réalistes et même les experts sont enclins à formuler plutôt des listes de « trucs » ou de « choses à faire ». « Ces listes naissent de l’expérience mais n’en témoignent pas, elles sont détachées de leur contexte. Les conseils ainsi fournis ne sont pas applicables en l’état, et il faut impérativement les décliner en activités pour qu’elles deviennent des élements d’apprentissage, que l’on se situe dans un cadre formel ou dans un cadre informel. »

Pour encore mieux expliciter ses propos, Mme Vaufrey rappelle un article de Thot Cursus très apprécié où on énumère des conseils fournis par Le Journal du Net sur l’élaboration de diaporamas («10 erreurs à ne pas commettre dans ses PowerPoint »). « Chacun de ces conseils est très pertinent, mais ne constitue qu’une base d’apprentissage, pas l’apprentissage lui-même. On pourrait même dire que chacun de ces dix conseils pourrait constituer un objectif d’apprentissage. Et le formateur en charge d’une formation à distance sur la réalisation de diaporamas en support [sic] à des présentations orales devra donc imaginer des activités autorisant l’application de ces conseils, qu’il pourra évaluer. »

Elle conclut que c’est justement à ce stade que s’amorce « le véritable travail d’ingénierie pédagogique :

  • dans la formulation des activités,
  • dans le choix des indicateurs de qualité,
  • dans l’élaboration de la grille d’évaluation. »

Cela constitue un travail long et ardu, qui se réajuste ponctuellement en fonction des commentaires fournis par les apprenants, mais qui est, somme toute à son avis, beaucoup plus « porteur d’apprentissages effectifs que la présentation d’une liste de conseils sans application! »

Christine Vaufrey y va même d’une invitation à tous ceux et celles qui sont « familiers de l’élaboration de consignes d’activités, réalisées à distance, d’apprentissage de tâches plutôt que de restitution de connaissances », en mettant de l’avant que les responsables de Thot Cursus seraient  heureux de présenter les témoignages et les réalisations reçus.

Source : VAUFREY, Christine. « Les objectifs de l’apprentissage à distance : passer de « connaître » à « utiliser » », article dans Thot Cursus du 11 octobre 2011.

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