La formation en ligne et l’intégration des TIC pour redorer la profession d’enseignant?

Dans son article publié dans Thot Cursus du 11 octobre 2011, Denys Lamontagne présente l’option de la formation en ligne, ou tout au moins de l’intégration des TIC dans un cours, comme une solution très plausible pour aider un enseignant à reconquérir un certain prestige dans une profession qui a parfois la vie dure depuis quelques années.

En effet, il rapporte que dans les années 70 un enseignant en début de carrière gagnait à peu près le même salaire qu’un ingénieur ou un avocat, en plus d’être socialement reconnu;  40 ans plus tard, ça n’est plus le cas.  « Quand on a fait autant d’études, pourquoi aller enseigner et se faire encadrer dans un système rigide, critiquer, etc… alors que l’on peut gagner plus et jouir de plus d’autonomie dans bien d’autres milieux qui exigent des études équivalentes.  Ainsi l’attractivité de la profession, autant financière que sociale, est en chute dans plusieurs pays avec pour conséquence un bassin réduit de recrutement de professeurs. »

Des statistiques troublantes indiquent que « la Finlande, la Corée du Sud et Singapour engagent 100 % de leurs professeurs parmi le tiers supérieur des étudiants qui réussissent. On leur offre de bons salaires en commençant et des conditions de pratique optimales. […] Dans des pays comme les États-Unis, près de 50 % des professeurs sont recrutés parmi le tiers inférieur des étudiants qui complètent leurs études : la paye de départ est faible et les conditions de pratique… aléatoires.  Les borgnes guideront les aveugles.  De plus, il y est quasiment impossible de révoquer le permis d’enseignement d’un professeur. C’est la seule « profession » à ne pas pouvoir le faire. »

Redéfinition de la profession

Autrefois, la capacité d’enseigner était le lot de peu de personnes, qui possédaient les connaissances et avaient pour rôle principal de les transmettre. Peu d’ouvrages existaient comme soutien à l’enseignement. « Avec Internet, le professeur n’est plus le dépositaire du savoir et il n’a plus non plus le monopole de la transmission.  La capacité de mobilisation d’un groupe d’élèves est plus puissante que lui et des pans entiers de savoir sont disponibles en tout temps et intégralement dans Internet. »

Si telle est la nouvelle situation, les tâches de l’enseignant doivent se redéfinir autour de l’animation et des conditions d’apprentissage, choses qu’Internet ne peut faire.  « Justement, la mobilisation d’une classe ou la motivation des individus est un défi permanent.  La création et la conservation de l’intérêt pour des sujets à apprendre; l’apport et l’enrichissement des sujets, la construction de la cohérence dans la dynamique des classes et des individus, le suivi, le coaching, etc.  Tout ce qui fait de l’école un milieu de vie stimulant et intéressant, voilà le rôle de prestige du professeur, celui que des jeunes voudront aussi faire plus tard. »

Denys Lamontagne conclut que « [la] formation en ligne peut contribuer à cette reconquête en déchargeant le professeur des fonctions de transmission et de répétition. Le professeur conserve celles d’animation, de discussion, de stimulation et d’accompagnement de ses étudiants.  Celles qui comptent véritablement, les fonctions humaines.  Tout comme les pratiques de collaboration entre professeurs et entre élèves. Voilà pourquoi il est essentiel que les professeurs acceptent et intègrent à leur pratique la formation en ligne et les TIC. Le temps de classe finalement utilisé à l’intégration plutôt qu’à la transmission. »

Source : LAMONTAGNE, Denys. « La reconquête du prestige de la profession d’enseignant », article publié dans Thot Cursus du 11 octobre 2011.

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Commentaires

  1. Catherine Vallières a écrit:

    Merci Sylvie pour avoir signalé cet article. J’ajouterais cependant que sa conclusion mériterait d’être nuancée. Je ne doute pas que les TIC et la FAD puissent être de puissants leviers pour changer ses pratiques d’enseignement. Mais de là à écrire, comme le fait M. Lamontagne, « qu’il est essentiel que les professeurs acceptent et intègrent les TIC et la FAD à leur pratique » pour que ce soit possible, il y a une marge. On peut fort bien offrir un enseignement de qualité, comme celui décrit dans l’article, sans passer par la FAD et les TIC. Une telle idée me semble d’autant plus dangereuse qu’elle entretient la pensée magique FAD = forcément meilleur, et ce sans rappeler le travail requis pour développer de la bonne FAD. Pas sûre que ce soit le message que l’on veut lancer…

    • Sylvie Hallé a écrit:

      Je suis d’accord Catherine. Cela représente essentiellement l’opinion de Denys Lamontagne. Possiblement plus familiers avec le numérique, certains jeunes professeurs se sentent plus à l’aise d’intégrer dès le départ de leur carrière des TIC à leur enseignement, voire même dans un cadre de formation à distance, si les besoins s’y prêtent et que l’établissement universitaire endosse cette démarche. Par ailleurs, cela n’enlève rien, au contraire, à la valeur d’autres enseignements, plus traditionnels. Même s’ils sont eux-mêmes utilisateurs d’appareils numériques ou de réseaux sociaux, d’autres professeurs semblent même faire le choix délibéré de réduire, ou carrément de ne pas utiliser le numérique en classe pour se concentrer sur le message fondamental et les notions à transmettre.

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