La préparation des étudiants américains déficiente : Richard Arum interpellent les conseils d’administration universitaires

Richard Arum, professeur de sociologie à la New York University, l’un des co-auteurs d’Academically Adrift dont Catherine nous a parlé à diverses reprises, a interpellé cet été les membres des conseils d’administrations des colleges et des universités américaines par le biais d’une lettre envoyée aux 10 000 membres de l’ACTA (American Council of Trustees and Alumni). 

Après avoir rappelé les conclusions principales de sa recherche concernant le faible développement de la pensée critique, du raisonnement analytique et des habiletés rédactionnelles chez les étudiants, de même que le peu de temps consacré aux études (ici encore, voir le résumé de Catherine), Arum insiste sur le fait que ses conclusions ne s’appliquent pas seulement aux institutions publiques ou moins prestigieuses : « There is more variation within institutions than across institutions: in other words, even students at the “best” schools have too often been provided with ways to navigate through four years of college with little academically asked of them. »  Il s’en prend notamment à certains programmes où les faibles résultats semblent constants, peu importe l’institution de provenance des étudiants, soit éducation, communication et administration.

Enfin, il évoque le fait que les diplômés des colleges et des universités américaines peinent à se trouver du travail :

Our longitudinal study reveals that 31% of our sample from the Class of 2009 moved back in with their parents after graduation; the majority now earns less than $30,000 per year, and 9% are without jobs and actively looking for work.

Il demande aux membres des conseils d’administration d’insister pour…

  • Que leurs institutions se munissent d’instruments valides et clairs (standardisés ?) permettant de mesurer l’apprentissage des étudiants dans les domaines fondamentaux (core skills), l’évaluation des cours par les étudiants étant selon lui responsable de l’inflation des notes. 
  • Qu’à l’aide de ces instruments, les gestionnaires académiques (chief academic officer) déterminent les départements en difficulté, tiennent les enseignants responsables de l’apprentissage des étudiants, allouent les ressources nécessaires pour apporter des correctifs.
  • Que leurs institutions déterminent des finalités de formation générales et transdisciplinaires qui guarantissent « a rigorous education » .

Il rappelle à ses destinataires qu’ils sont les gardiens de la mission universitaire et non seulement de la santé financière des institutions qu’ils représentent : « Trustees must remember that students come first. » [souligné dans le texte original]

C’est aussi l’avis de la journaliste Kathleen Parker du Washington Post qui évoque Acadmically Adrift, la lettre d’Arum et d’autres sources pour faire le lien entre la faible employabilité des étudiants universitaires et leur formation inadéquate aux « basic skills » :

We often hear lamentations about declining educational quality, but the focus is usually misplaced on SAT scores and graduation rates. Missing from the conversation is the quality of what’s being taught. Meanwhile, we are mistakenly wed to the notion that more people going to college means more people will find jobs.

Obviously the weak economy is a factor in the highest unemployment rate for those ages 16 to 29 since World War II. But there’s more to the story. Fundamentally, students aren’t learning what they need to compete for the jobs that do exist.

Elle cite notamment une étude de l’Association of American Colleges and Universities où…

  • 87 % des employeurs estiment que les institutions américaines d’enseignement supérieur doivent améliorer les résultats des étudiants pour que ces derniers soient en mesure de compétitionner dans l’économie mondiale. 
  • 63 % pensent que les diplomés des colleges n’ont pas ce qu’il faut pour réussir.

Elle affirme que les étudiants eux-mêmes ont l’impression de ne pas en avoir pour leur argent.  Elle est particulièrement cinglante envers les institutions qui investissent dans les infrastructures pour attirer les étudiants plutôt que dans la qualité des programmes :

The problem with education isn’t money — we spend plenty — but quality. Yet, instead of figuring out how to make education pay future dividends, higher-educational institutions are building better dorms with flat-screen TVs, movie theaters and tanning salons, according to a recent CNN report. If parents aren’t furious, they’re not paying attention.

Près de dix mois après sa publication, Academically Adrift n’a pas fini de faire jaser…

Sources :

American Council of Trustees and Alumni, « Professor Alerts 10,000 Trustees to Higher Ed Crisis: Warns Students Aren’t Learning; Institutions Put Country’s Future at Risk« , ACTA Press Release, 2 août 2011

Arum, Richard, [Letter to American College and University Trustees], 3 août 2011

Parker, Kathleen, « Our Unprepared Graduates », Washington Post, 29 septembre 2011

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Commentaires

  1. Eric Chamberland a écrit:

    J’Interprète ces idées comme un rejet des savoirs bruts non associés à des savoirs-faire. Il ne suffit pas de pouvoir répéter ce qui a été dit en classe et lu dans les manuels, il faut savoir en faire l’application en situation réelle. Les approches par compétences bien implantées contribuent à relever ce genre de défis. Par ailleurs, nos finalités de formation de l’UdeS me semblent répondre à la prescription de Arum concernant les finalités de formation transdisciplinaires, malgré que les mécanismes coercitifs qu’il associe à ce genre de finalités ne soient pas en place ici avec la force qu’il suggère.

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