Le m-learning : les pour et les contre

Le m-learning se définit par l’apprentissage qu’on peut faire par le biais d’appareils mobiles, d’où le « m ». Dans les dernières années, on a vu surgir de nombreuses possibilités en ce sens : allant notamment du traditionnel ordinateur portable aux téléphones portables et intelligents, en passant par la gamme de livres numériques, de tablettes numériques, etc. Par ailleurs, force est de constater que les avis sur cette approche pédagogique sont partagés. voici un résumé des arguments présentés dans différents articles de Thot du 20 septembre 2011 regroupés sous la thématique « M-learning : supports mobiles et apprentissages en mouvement ».

Les « pour »

Educause a produit une étude faisant le point sur certains exemples réussis d’intégration des appareils mobiles au coeur de l’apprentissage. « Les facultés et les étudiants apprécient […] la diminution de l’utilisation du papier pour les notes, les lectures, le syllabus, Ils bénéficient également des opportunités des évaluations formatives dont les résultats peuvent être discutés immédiatement et des sondages en direct qui permettent les ajustements des enseignements. »

On considère qu’ainsi les facultés, en collaboration avec leurs étudiants, sont devenues des pionnières en cette matière dans les classes. En effet, « sans modèles définis, elles doivent explorer, pratiquer et découvrir le potentiel des tablettes pour étendre l’apprentissage»

Une version préliminaire des données colligés dans le cadre de l’étude montre comment les facultés utilisent les tablettes dans plusieurs domaines :

  • « Compilation immédiate d’information «authentique»;
  • Situation géographique ou informations via Google Earth dans les classes d’histoire;
  • Information sur un artefact artistique vu dans une galerie d’art;
  • Recherche d’information sur un élément présenté en classe;
  • Formation et récompense;
  • Utilisation d’applications mobiles pour construire des répertoires de ressources pour des discussions en petits groupes;
  • Engendrer de l’excitation autour de l’écriture;
  • Illustrer des concepts enseignés en classe;
  • Pertinage (back-channel) autorisant la participation des étudiants de tous niveaux d’habileté;
  • Présentations du professeur ou des étudiants;
  • Utilisation de jeux interactifs pour illustrer certains concepts;
  • Obtenir des statistiques pour alimenter des discussions;
  • Diffuser les instructions standards en vidéo pour les manipulations de laboratoire. »

Autre avantage souligné : les livres électroniques fournissent un accès facile aux ressources primaires gratuites et ils permettent aux étudiants et aux professeurs de les utiliser en classe. Ceci inclut la recherche plein texte et les fonctions du dictionnaire.

Source : LAMONTAGNE, Denys. « Utiliser la mobilité en classe : des exemples* », dans Thot Cursus du 20 septembre 2011 et qui reprend les propos de l’article complet : Mobile Perspectives: On iPads – Why Mobile?
Pour un autre dossier élaboré sur l’utilisation des tablettes dans les écoles de France : Tablette tactile et enseignement – Eduscol

Les « contre »

En contrepartie, plusieurs étudiants en médecine de l’Université de Standford ont reçu des iPads de leur institution, mais ne s’en servent pas en classe. «Un boycott qui ruine les intentions des autorités universitaires, qui sont pourtant très bonnes : réduire la consommation de papier (en moyenne 3.700 pages imprimés par an et par étudiant) en encourageant la lecture numérique sur des dispositifs mobiles. »

Ce constat a été d’autant plus surprenant que l’Université de Standford est le berceau de Google, de Yahoo, de Cisco. C’est l’établissement universitaire où les étudiants se définissent comme étant obsédés par le numérique et cyberdépendants. En conséquence, « pourquoi et comment des utilisateurs d’iPhones ou d’iPads en viennent-ils à refuser de s’en servir dans un contexte éducatif? D’une part, à l’Université de Stanford, beaucoup d’acteurs rencontrés par le journaliste de The Chronicle conviennent de l’intérêt des usages du mobile dans l’enseignement. De l’autre, ils estiment que le m-learning ne peut se résumer en la dotation des étudiants en iPads. »

Bref, il importe que l’université soit consciente qu’au-delà de l’outil, son intégration et son usage dans un contexte pédagogique doivent être préalablement réfléchis et planifiés. On ne peut improviser en la matière et espérer que la magie va s’opérer d’elle-même. « En clair, il faudra d’abord mettre en adéquation les infrastructures technologiques de base dont dispose l’université en conformité avec les nouveaux dispositifs. Ce qui nécessite d’importants moyens financiers. Ensuite, ces nouveaux dispositifs d’accès aux ressources doivent trouver leur place dans le curriculum et les activités exigées par les enseignants. Si ce n’était le cas, ils continueraient de graviter autour du système éducatif comme des électrons libres. »

De l’expérience de Standford, on concluera qu’il faut absolument que les professeurs, les étudiants et le personnel administratif explorent ensemble le potentiel éducatif des dispositifs mobiles et prennent une décision commune et raisonnée sur leurs usages. On en viendra probablement à constater que le processus est « inégal, plus lent et plus adapté dans certains domaines que dans d’autres« . 

Source : GUEMADJI-GBEDEMACH, Tété Enyon. « Quand le m-learning n’a pas que des partisans…* », dans Thot Cursus du 19 septembre 2011 et qui reprend l’article original : « The Slow-Motion Mobile Campus », The Chronicle of Higher Education, 8 mai 2011.

Observations de Laurent Gayme, blogueur de Aggiornamento hist-geo

« Laurent Gayme, qui anime le blog Aggiornamento hist-geo, s’est laissé aller, dans un billet récent, à rêver à sa vie de prof du futur, vie dans laquelle les Tice lui rendent de fiers services et permettent aux élèves d’apprendre à partir des données les plus récentes… Sommes-nous vraiment dans le futur ? Pas du tout. Comme le dit si bien L. Gayme, « Tout cela est actuellement possible, si l’on dispose de la motivation et de la volonté nécessaires, de l’équipement adéquat et d’un minimum de pratique… Ce qui est décrit ci-dessus est déjà le présent« . Et de donner en exemple la correction de copies en ligne, l’utilisation pédagogique des tablettes numériques et des réseaux sociaux, les manuels numériques, les TBI, la visioconférence…  »

Pour Laurent Gayme, l’idée est d’introduire l’utilisation de plusieurs outils numériques dans sa vie pédagogique comme on l’a déjà généralement fait dans sa vie personnelle. L’auteur du billet pointe également les causes qui font que ce scénario semble encore relever de la science-fiction, bien qu’en soi, ces outils sont déjà présents. « S’il ne nie pas les obstacles techniques (de l’hétérogénéité d’équipement des établissements au repli des établissements sur eux-mêmes avec les ENT, en passant par le manque de formation de certains enseignants), L. Gayme insiste surtout surt la dimension pédagogique d’une utilisation plus systématique des Tice dans les tâches enseignantes et d’apprentissage : « En réalité l’approche par les obstacles techniques n’est qu’une approche partielle, qui masque les implications pédagogiques des TICE. (…) Un aggiornamento avec les TICE sera aussi un aggiornamento des pratiques pédagogiques, vers des pratiques plus collaboratives et une remise en question de la place de l’enseignant par rapport aux élèves. Là est sans doute l’obstacle le plus fort. Cela suppose expérimentation des outils TICE, tatonnements, réflexion sur les pratiques  conduits, bilan des resultants obtenus et des limites rencontrées« .

À cela s’ajoute les obstacles économiques, notamment ceux liés aux livres scolaires dont l’édition utilisée est toujours en retard vis à vis du web en temps réel. Il en vient donc à se demander pourquoi on veut toujours maintenir leurs impressions. En conclusion de son écrit, L. Gayme termine se questionne « sur le métier d’enseignant, la répartition de ses tâches dans son temps de travail. S’il utilise massivement les Tice, il risque comme de nombreux autres travailleurs de travailler sans cesse, y compris et surtout chez lui, dans le train… d’autant plus que ses obligations de service physique dans l’établissement sont faibles. Rien ne viendra alors arrêter son travail, si ce n’est sa propre volonté. Il s’agit là de tout un apprentissage, qui dénote une certaine maturité dans l’usage des outils technologiques mobiles et nomades. Mais il faut sans doute passer par une phase de trop-plein avant de trouver le juste équilibre. »

Actuellement, c’est le commentaire qui freine le plus souvent l’appropriation des TIC par les enseignants, soit le nombre d’heures à investir pour se sentir à l’aise et avoir l’impression que cela valait la peine de faire le virage d’une approche traditionnelle à une autre plus techno. L’appropriation peut certainement se fare de manière plus confiante si les TIC ne restent que dans le secteur de la vie privée…

Source :

VAUFFREY, Christine. « M-learning : tous les outils sont là, pourquoi ne les utilise t-on pas ?*», dans Thot Cursus du 20 septembre 2011.
Gayme, Laurent, « Pas d’agggiornamento sans les TICE », Aggiornamento hist-geo, 6 septembre 2011

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Commentaires

  1. Merci pour cette référence, qui nous sera fort utile dans une éventuelle réflexion sur la question. Outre les points soulevés par les articles référencés, il faudra éventuellement adapter nos plateformes institutionnelles de façon à en faciliter l’accès aux appareils mobiles. Nous recevons régulièrement des demandes de la part d’étudiants voulant, par exemple, accéder à Moodle via des applications mobiles existantes: nous devons malheureusement leur répondre que c’est impossible car le mécanisme d’authentification centralisée utilisé présentement à l’UdeS bloque la connexion.

    • Eric Chamberland a écrit:

      Je crois que c’est seulement l’application Moodle pour iPhone, iPad et iPod Touch qui est bloquée par l’authentification CAS. L’accès par un fureteur mobile ne devrait pas en souffrir.

      Ça n’empêche pas qu’il manque d’autres aspects techniques pour assurer une bonne expérience mobile, notamment des feuilles de styles adaptatives pour les appareils mobiles.

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