Louer plutôt qu’acheter des manuels numériques universitaires

Considérant la hausse de frais de scolarité, certains étudiants universitaires souhaiteront possiblement privilégier l’option de « louer » plutôt que d’acheter des livres qu’ils téléchargeront sur leur tablette numérique. Phénomène étonnant, mais qui gagne de plus en plus en popularité dans le contexte où des entreprises s’organisent pour offrir ce service, déjà populaire aux États-Unis.

En effet, chez nos voisins du Sud, « plusieurs petites entreprises ont obtenu des millions de dollars en financement privé pour offrir un service de location de manuels de référence ou de guides scolaires numériques. Amazon, de loin le plus important détaillant de livres sur l’i[sic]nternet, a annoncé il y a un mois qu’il se lançait également dans la location, à travers sa liseuse Kindle. Les livres ainsi loués seront jusqu’à 80 % moins coûteux qu’en version imprimée. »

Au Québec, le problème réside dans le fait qu’en raison du « secteur de l’édition et de la vente de livres est rigoureusement régi par la loi, un éditeur ne peut briser la chaîne de distribution actuelle et passer strictement au numérique. Le libraire et l’imprimé génèrent des ventes encore trop importantes pour être laissés de côté. Ça protège du même coup les libraires québécois du sort funeste que connaissent depuis quelques mois d’importantes chaînes de librairies américaines, Borders étant la plus récente en lice. Par ailleurs, la location de livres numériques permet de s’attaquer directement à un phénomène qui gruge les revenus des éditeurs spécialisés dans le secteur éducatif : la revente de manuels usagés. »

C’est pourquoi on voit quand même s’enclencher une lente transition vers la numérisation à plus grande échelle des livres dédiés dans ce secteur. À ce sujet, Céline Fournier, directrice générale des Presses de l’Université du Québec, déclarait : «La prochaine année s’annonce comme une importante année de transition vers le numérique. Certains éditeurs, comme nous, sommes prêts, mais c’est toute la machine de distribution qui doit suivre, de la direction des universités jusqu’aux libraires.»

À l’automne 2011, les Presses des Universités du Québec et de Montréal amorceront un virage. Si l’expérience est concluante, l’offre de livres numériques en location s’élargira plus substantiellement dès janvier 2012, où la société Otheka, une petite société de Québec, prévoit lancer plus officiellement son service de location de manuels scolaires numériques, à une fraction du prix des imprimés sur la tablette iPad, d’Apple. « Les étudiants pourront ainsi louer, pour un semestre ou une année, une version numérique des livres nécessaires pour certains de leurs cours, après quoi cette copie s’effacera, une technique appelée « chronodégradabilit » par les experts. Au Canada anglais, où cette pratique est déjà courante, le prix d’une location est 50 à 60 % moins élevé que le traditionnel achat du livre imprimé. L’application offrira aussi une formule de recommandation entre utilisateurs, à la manière d’un réseau social spécialisé. Seule inconnue au tableau : le prix de la location, que les éditeurs concernés sont présentement en train de calculer. »

En mode observation, les autres éditeurs analysent ces impacts puisque la location de livres numériques peut en bout de ligne être offerte dans tous les secteurs du livre. Clément Laberge, responsable des services d’édition numérique chez De Marque, à Québec, considère que le livre suit la même voie que la musique et la vidéo, en ce sens qu’il est appelé à devenir un service web offert à volonté, en échange de frais mensuels. « On s’en va probablement très lentement vers cette formule. Le modèle économique derrière reste entièrement à être inventé, mais je ne vois pas pourquoi le livre ne pourrait pas être offert en diffusion sur l’i[sic]nternet, de la même manière que le sont présentement la musique et la vidéo. »

C’est donc une nouvelle tendance qui risque de faire boule de neige parce qu’elle allie la posibilité d’avoir un livre nécessaire seulement pour la durée d’un cours, en minimisant ainsi les frais d’achat et l’impact environnemental que cause la version imprimée.

Source : McKENNA, Alain. « La rentrée des manuels scolaires numériques », article publié dans La Presse (Montréal) du lundi 22 août 2011, section La Presse Affaires, en p. 5, ainsi que sur Internet.

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