L’accompagnement : du conseiller pédagogique à l’enseignant

Note : Certaines sections de ce billet sont parues dans le numéro du Perspectives SSF  de juin 2011.

Lors de Journée « Enrichir sa pratique d’accompagnement » (21 avril 2011), j’avais été frappé par la multiplicité de rôles que doivent jouer les conseillers et conseillères pédagogiques : facilitateur, spécialiste du processus, formateur, gestionnaire de projet, psychologue, pollénisateur, compagnon réflexif, spécialiste technologique, concepteur pédagogique …pour ne nommer que quelques uns de ceux qui ont été mentionné ce jour-là.  C’est également lors de cette journée que j’ai découvert les travaux de Maela Paul, du Centre de recherche en éducation de Nantes, spécialiste des questions d’accompagnement.  Par la suite, Mme Paul participait à deux colloques de l’ACFAS qui se tenaient à Sherbrooke et j’ai eu la chance de l’entendre prononcer une conférence d’ouverture sur les paradoxes de l’accompagnement.

Dans ses recherches, Mme Paul interroge la résurgence de cette modalité d’intervention (notamment en France) dans tous les domaines relationnels (travail social, santé, soins palliatifs, ressources humaines, formation, etc.) depuis les années 1990. À travers la «nébuleuse» des multiples vocables utilisés (coaching, counselling, consultance, tutorat, mentorat, compagnonnage, parrainage), elle tente d’identifier des liens communs à ces pratiques distinctes mais apparentées. D’une analyse sémantique du terme «accompagner», elle identifie trois synonymes qui renvoient à diverses dimensions de cette pratique : conduire (registre de l’éducation/ expertise), guider (registre du conseil), escorter/ soutenir (registre de l’aide).

Partant de cette fonction d’accompagnement que l’on problématise rarement parce qu’elle «semble toujours aller de soi» (mais ne va jamais de soi), elle soulève pourtant de nombreuses questions intéressantes pour les conseillers pédagogiques et les formateurs.  Je trouve son approche intéressante puisque ce type de soutien réflexif me semble peu valorisé, souvent perçu comme de l’« empêchement d’enseigner en rond ».

Maela Paul rappelle les tensions inhérentes à l’acte d’accompagnement.  Afin d’appuyer la personne accompagnée, tout en favorisant son autonomie… Quand proposer? Quand imposer? Soutenir ou confronter? Inciter ou se tenir en retrait? Déverser ou retenir son savoir?  À ce propos, j’ai bien aimé la phrase du peintre Marc Séguin, rapportée par Claire Bélanger, conseillère pédagogique au CÉFÈS de l’Université de Montréal : « Savoir quand ouvrir des portes et quand montrer par laquelle passer. »

Attendu que pour Bertin (2003, cité par Claire Bélanger), les conseillers pédagogiques doivent être « suffisamment semblables et suffisamment différents » des professeurs pour les accompagner, Maela Paul voit l’accompagnement comme dispositif de capacitation où «circule un savoir utile à l’action » : « le regard de l’autre peut permettre de découvrir sa propre réalité et de se forger une nouvelle grille de lecture qui autorise à revoir la manière d’avancer dans la vie active » (Paul, 2011).

« Accompagner [quelqu’un] serait alors :

  • le laisser libre – mais sans renoncer à le solliciter, à l’interpeller
  • ne pas le laisser sur place – mais aller au-devant de lui et aller de l’avant avec lui
  • le laisser choisir – mais en dialoguant avec lui. »

Dans ces dernières communications, Mme Paul aborde les limites de cet accompagnement (dans le temps, par rapport au projet de l’individu, quant à la posture éthique de l’accompagnant (entre surveillance et bienveillance), etc.)?  « [A]ccompagner, oui mais jusqu’où ? » résume-t-elle. Chez elle, toutefois, « limites » doit être compris dans son sens le plus positif.  Elle évoque deux attitudes extrêmes, soit l’une très directive et l’autre très attentiste.  Pour elle, bien que l’une et l’autre soient irresponsables chez le professionnel, ces « attitudes sont nécessaires comme les berges du fleuve sont la condition pour que le fleuve coule. » Se sachant capable des deux, l’accompagnant « ne se cantonne pas dans la modération », mais navigue fluidement au travers des situations qui se présente à lui avec disponibilité et consistance.

C’est l’absence de « bords » qui conduit à la perception de l’illimité : un monde sans limite est semblable à une forêt sans chemins, une mer sans rivages, un fleuve sans berges… L’espace n’est pas limité une fois pour toutes : c’est en coulant que le fleuve négocie sans cesse ses rives.  (Paul, 2011)

Mais Maela Paul va plus loin.  Pour elle, l’enseignant est désormais accompagnant de ses étudiants :

«Là où la formation, dans le prolongement de l’enseignement traditionnel et de sa pédagogie, accordait la primauté aux savoirs à transmettre dans une relation maître-élève, il s’agit désormais, et sur la base d’une relation plus symétrique, d’aider un adulte en formation à construire son expérience.» (Paul, 2009)

« L’accompagnement est moins conçu aujourd’hui comme une logique de réparation qu’inscrit dans une dynamique de projet. On ne se trouve plus ni dans la réparation ni dans la relation d’aide : l’accompagnement concerne moins le développement de la personne au sens d’une réalisation de soi, comme l’entendait Rogers, que de se doter d’un projet d’apprentissage et d’acquisition de compétences sociales. Parmi ces compétences : l’autonomie. » (Paul, 2011)

« … [O]n ne peut plus animer, enseigner collectivement sans accompagner individuellement…». Elle rappelle à quel point l’accompagnement est une pratique contextuelle, «sur mesure», selon l’individu, ses besoins particuliers, les caractéristiques spécifiques de son projet, la durée de son cheminement, etc. C’est un travail de construction de sens par l’individu en situation grâce à la mise en place d’un rapport dialogique avec le monde et avec autrui (l’accompagnant).

Est-ce que de valoriser l’enseignement-accompagnement ne permettrait par, par ricochet, de valoriser le conseil pédagogique ?

Sources :

Paul, Maela, «L’accompagnement, une nébuleuse», Éducation permanente, no 153, vol. 4, 2002, p. 43-56.
Paul, Maela, «Ce qu’accompagner veut dire», Carriérologie, vol. 9, 28 février 2007, p. 121-144.
Paul, Maela, «Autour du mot accompagnement», Recherche et formation, no 62, 2009, p. 129-139.
Paul, Maela, «L’accompagnement dans le champ professionnel», Savoirs, no 20, L’Harmattan, Paris, 2009, p. 13-63.
Paul, Maela, Conférence d’ouverture au Colloque Accompagnement : Promesses et paradoxes, ACFAS, 12 mai 2011.
Paul, Maela, « L’accompagnement des limites – et les limites de l’accompagnement », communication au colloque Perce-Neige, juin 2011 (obtenu avec l’aimable autorisation de l’auteure).

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