ACFAS 2011 : présentation qui critique le courant de pratique fondée sur les données probantes

Dans le cadre du colloque de l’ACFAS, la docteure en administration Véronique Chagnon présentera une vision critique du courant de la pratique appuyée sur les données probantes dans le domaine de la santé. Détentrice d’un doctorat en administration portant justement sur les résultats probants et pratiques d’infirmières en milieu hospitalier (2009), on peut lire le résumé de sa présentation sur le site du colloque de l’ACFAS (pour voir sa présentation sur la page liée, faire défiler la page jusqu’au Mercredi 11 mai 2011 au thème Critique de l’épistémologie dominante). Dans l’éventualité où l’hyperlien devienne périmé, je reproduis ce résumé ci-dessous.

09:15 Véronique CHAGNON, Université Laval
Le courant des résultats probants : illustration d’une vision restrictive de la production scientifique et de ses retombées pour la pratique (Résumé)
La pratique fondée sur des résultats probants (evidence-based practice) est largement valorisée auprès des professionnels de la santé. Or, ce courant soulève de nombreuses questions, tant du point de vue épistémologique que des prétentions qu’il met de l’avant. En effet, le courant des résultats probants propose une vision restreinte de la production des connaissances scientifiques en favorisant un type de connaissances au détriment des autres, soit les connaissances issues de la recherche expérimentale ou quasi-expérimentale, bien qu’il affirme le contraire sur les tribunes dont il bénéficie. Cette situation soulève un paradoxe. D’un côté, ce courant mise sur une collaboration soutenue entre les praticiens et les chercheurs afin de mettre de l’avant une recherche en lien avec les intérêts du milieu de la santé, mais de l’autre, il promeut une forme de connaissance scientifique qui relève d’une façon particulière d’envisager la production scientifique, rabaissant à des « niveaux de preuve » inférieurs les connaissances issues de travaux de facture qualitative et le savoir des praticiens. Les résultats présentés ici sont issus d’une recherche doctorale menée auprès d’infirmières en milieu hospitalier. Ils montrent toute la richesse des connaissances que produisent des professionnels à même leur pratique et, ce faisant, la nécessité d’apporter un regard critique à l’égard du discours tenu à propos des résultats probants.

Ce résumé illustre bien la résistance à la version stricte du courant des pratiques appuyées sur les données probantes. Cette version stricte ne considère probants que les résultats de recherche menées selon des devis expérimentaux ou quasi-expérimentaux (voir mon billet précédent à ce sujet, citant Brusling (2005)). Il existe cependant une version moins exclusive du courant des pratiques fondées sur les données probantes, qui considère que d’autres méthodologies de recherche (notamment en recherche qualitative) sont valables, dans la mesure où elles sont appliquées et interprétées avec rigueur (voir mon autre billet à ce sujet, citant Davies (1999)). Dans cette vision plus ouverte de ce que l’on entend par données probantes, on considère aussi que les données probantes sont une source d’information essentielle à une pratique compétente, mais pas la seule. Il m’apparaît donc que Mme Chagnon réagit au courant strict plutôt qu’au courant plus ouvert. Cette réaction correspond-t-elle à une conjoncture actuelle dans le domaine de la santé, où le courant strict serait peut-être dominant? Le résumé présenté ici nous mène à croire que Mme Chagnon a fait face à des gens qui se présentaient comme des tenants du courant ouvert, tout en agissant selon le courant strict.

Comme la pratique fondée sur les données probantes est d’abord née dans le domaine de la santé avant de se propager au domaine de l’éducation, il est intéressant de voir les débats qu’il suscite dans son domaine d’origine. Ce débat est aussi présent dans le domaine de l’éducation. Nous l’avons même eu entre conseillers pédagogiques du SSF lors d’une discussion d’équipe sur ce sujet à l’automne 2010.

Merci à Jean-Sébastien Dubé de m’avoir signalé cette présentation.

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