Écrire en direct : pour mieux comprendre le processus d’écriture

Pendant 5 ans, la Faculté des études supérieures de la Dalhousie University a tenu une activité d’écriture en direct, dont la conception s’appuie sur la conviction qu’un apprentissage se fait mieux par observation d’experts à l’œuvre.  C’est ainsi qu’à intervalles réguliers sur une période de cinq ans, la Faculté a organisé des séances de WHIPS (Writing here in plain sight) afin d’exposer les étudiants au processus d’écriture.   

Le doyen de la Faculté des études supérieures, le professeur Sunny Marche, a participé à toutes les activités d’écriture.  À la différence des autres participants, il recevait sur place le sujet sur lequel il devait écrire. Voici la liste des apprentissages qu’il dit avoir faits pendant cet exercice de rédaction en direct. 

  1. L’écriture, comme toute autre forme d’art, a besoin de répétitions pour devenir plus aisée, mais seulement plus aisée, jamais l’exercice ne sera jamais vraiment facile, même pour les plus chevronnés auteurs.  Écrire est exigeant. 
  2. Outre l’angoisse que créent l’écran vide et la date limite imminente, il y a la prise de conscience, en cours de rédaction, que toute pensée est incomplète, inadéquate, insuffisamment documentée ou n’importe quelle combinaison des trois précédentes.
  3. Si « Écrire sans réfléchir » est une très mauvaise pratique, « Réfléchir sans écrire » est une pratique tout aussi mauvaise.  Et c’est une pratique très courante aux études supérieures, autant chez les professeurs que chez les étudiants qui passent leur vie à lire des ouvrages intéressants et stimulants et à avoir des pensées profondes, dont certaines carrément inédites.  Le problème, c’est que, si on n’a pas noté ces pensées, lorsque vient le temps de rédiger, souvent à la dernière minute, tout ce dont on se souvient, c’est d’avoir eu des pensées profondes : les idées, elles, se sont évaporées…  Il y aurait un proverbe chinois qui dit qu’une trace d’encre même extrêmement pâle dure plus longtemps que la meilleure des mémoires.  Le conseil : Notez vos pensées au fur et à qu’elles vous viennent.
  4. La première version d’un texte ne peut pas être parfaite.  En fait, la première version sera moyenne, tout au plus et il est important d’avoir des attentes réalistes afin qu’elles ne paralysent pas le processus de rédaction.  Au contraire, il faut commencer à rédiger, car il n’est pas possible d’améliorer un texte qui n’a pas été écrit.  Ensuite, il importe de comprendre que ce qui fait la différence, c’est la réécriture de la première version.  Et enfin, une deuxième réécriture conduit normalement à un texte qui se démarque par sa qualité de persuasion, car on écrit pour convaincre.

Le doyen March mentionne à quel point il est facile d’oublier que les compétences en communications recouvrent au moins cinq « sous-compétences » : lire, écrire, parler, bouger et écouter.  Tout comme il est facile d’oublier que les compétences rédactionnelles comprennent plusieurs étapes, auxquelles se rattachent des compétences, comme l’étape précédant l’écriture elle-même : exploration, identification de l’idée maîtresse et la formation des premières relations entre les nouvelles idées.

Le sujet des compétences rédactionnelles est vaste et amplement documenté.  On croit à tort qu’un cours ou un atelier suffit pour les maîtriser.  Si on reprend le premier apprentissage qu’a fait le doyen Sunny de son expérience, c’est que rédiger n’est jamais facile.  En réalité, les compétences rédactionnelles sont transversales et, à ce titre, elles devraient faire partie intégrante de tous les cours et être évaluées.  Tout un défi !

March, Sunny, « The Writing Process », Deans’ Weblog : Dalhousie Graduate Studies,  21 janvier 2011.

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