Formation à distance : les pays émergents, comme l’Inde, deviennent des compétiteurs importants aux pays du Nord

Dans le cadre des Rencontres d’Autrans 2011, Christine Vaufrey, rédactrice en chef de Thot Cursus, a présenté l’étude « Les meilleures pratiques de l’éducation 2.0 ». Commandée par l’équipe MeTAH du Laboratoire d’informatique de Grenoble (LIG), cette étude propose une analyse réflexive sur l’état actuel des pratiques et de l’utilisation des TIC en éducation.

On y lit dans les pages 8 à 11 que les pays dits en voie de développement (PVD) misent beaucoup sur la formation à distance pour donner accès au plus grand nombre possible d’étudiants désireux d’accéder à l’université. « En 2009, l’Unesco avait organisé une conférence mondiale sur l’enseignement supérieur, pendant laquelle différents intervenants avaient souligné le rôle fondamental des TIC en éducation et de la FAD pour augmenter le nombre d’étudiants dans les pays du Sud. Les PVD mènent en effet une politique active de développement de la FAD, quel que soit le media choisi. » Au-delà des étudiants traditionnels qui sont habitués aux structures pédagogiques existantes, le défi est de joindre les autres « personnes aux parcours scolaires atypiques et soumis à de fortes contraintes économiques et organisationnelles. […] L’objectif est maintenant de créer suffisamment de contenus endogènes pour coller aux réalités des apprenants et se dégager de la dépendance vis-à-vis des fournisseurs habituels de contenus, en l’occurrence les pays du Nord. »

Les pays du Sud reconnaissaient que cela demande un bon effort pour la mise en place de  programmes dans le cadre de la formation à distance. Par ailleurs, il est évident, malgré tout, que l’nvestissement dans cette formule est nettement moindre que s’il fallait ouvrir des centaines de classes et embaucher des milliers d’enseignants dans un contexte d’enseignement traditionnel. « La coopération bi et multilatérale est ici sollicitée, notamment pour ouvrir des centres d’apprentissage en ligne. Le coût prohibitif de l’accès au réseau Internet reste en effet un obstacle majeur à l’accès élargi à la FAD, notamment en Afrique. L’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), les responsables de l’Université Virtuelle Africaine et de ses déclinaisons régionales, et maintenant l’Université du Peuple (voir plus bas) se mobilisent pour ouvrir de tels centres. L’arrivée de la fibre optique en Afrique centrale et de l’Est améliore le débit et à terme fera baisser les coûts de connexion. Enfin, des entreprises commerciales équipent les universités en applications utilisables dans le cadre de la formation en ligne. c’est notamment le cas de Google, qui a équipé gratuitement l’Université d’Abuja, au NIgeria, de son bureau virtuel gratuit. »

De leur côté, il faut que les pays du Nord s’organisent rapidement s’ils veulent se tailler une place sur le marché de la FAD, car l’Inde devient un joueur important qui semble très bien répondre aux attentes des pays africains. En effet, l’Inde a passé des accords avec les consortiums universitaires et les universités nationales africaines. De plus,  « les étudiants répondent présents, face à des programmes d’enseignement qui privilégient des secteurs à fort potentiel d’emploi, tels que l’informatique, le tourisme ou les finances. D’une manière générale, on note d’ailleurs que la FAD permet aux universités africaines d’accroître leur offre de formation dans des domaines étroitement articulés au monde du travail. »

« Pour engager cette coopération avec l’Afrique dans les meilleurs conditions, ce sont sept universités indiennes rompues à la FAD (dont la fameuse IGNOU – Indira Gandhi National Open University, qui compte près de deux millions d’inscrits) qui mutualisent leurs offres. Les cours sont distribués en anglais, ce qui privilégie de fait les pays anglophones et accélère encore la prédominance de cette langue dans l’espace éducatif mondial. L’Inde fournit également du matériel informatique aux lycées africains, notamment au Sénégal. Et bien sûr, l’Inde développe avant tout la FAD pour ses propres besoins. Après un premier effort visant à accroître l’offre de cours, les universités s’attellent maintenant à l’amélioration de l’encadrement et du suivi des étudiants à distance. »

La formation à distance répond également à un grand besoin de formation des enseignants des pays en voie de développement. Alors que certains, comme le Sénégal opte pour une FAD plus traditionnelle, par le biais d’une plateforme d’enseignement à distance et d’une connexion Internet, différents pays d’Asie utilisent le « m-learning », soit l’apprentissage mobile sur téléphones cellulaires.

En conclusion, les pays du Nord doivent rapidement prendre conscience que l’éducation se mondialise et que certains pays du Sud sont déjà assez organisés pour aller aider d’autres qui en ont plus besoin.

Source : THOT CURSUS. « Les meilleurs pratiques de l’éducation 2.0 », document pdf mis en ligne sur le site de Thot Cursus le 12 janvier 2011.

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