« Academically Adrift » : un rapport dresse un portrait alarmant de l’enseignement universitaire aux États-Unis

La parution du livre Academically Adrift des auteurs Richard Arum et Josika Roska fait grand bruit ces jours-ci en révélant les résultats peu reluisants d’une enquête menée auprès de plus de 3000 étudiants américains.

Les résultats obtenus suite à l’administration du Collegiate Learning Assessment, un test évaluant des habiletés de haut niveau telles la pensée critique, le raisonnement analytique et les habiletés rédactionnelles, révèlent qu’après deux ans 45% des étudiants évalués n’ont pas amélioré de façon significative leurs compétences dans ces domaines. Après quatre ans (la durée moyenne d’un baccalauréat), 36% d’entre eux ne présentent toujours pas d’améliorations significatives et, de façon générale, ceux qui sont parvenus à s’améliorer l’ont fait à petite échelle.

En se basant sur les résultats du test et sur l’enquête menée auprès des étudiants, le rapport signale d’autres points saillants quant aux comportements de ces derniers par rapport à leurs études:

  • Bien qu’ils étudient deux fois moins longtemps (entre 12 et 14 heures en moyenne) que les étudiants d’il y a plus de dix ans, leurs résultats scolaires se maintiennent.
  • 35% déclarent étudier seuls moins de cinq heures par semaine; or, ceux étudiant en groupe semblent moins performants que ceux choisissant d’étudier seuls.
  • 50% déclarent que de façon générale, ils n’ont pas de cours où ils doivent écrire plus de 20 pages.
  • 32% déclarent que de façon générale, ils n’ont pas de cours où ils doivent lire plus de 40 pages par semaine.

Les auteurs de l’étude dénoncent le manque de rigueur pour expliquer ces résultats; ils évoquent autant les priorités du corps professoral, axé davantage vers la recherche que vers l’enseignement aux étudiants, que celles des étudiants qui priorisent davantage leur vie sociale au détriment de leurs études.

Au-delà des résultats, le rapport met en lumière certaines conditions pouvant contribuer à expliquer la situation :

  • Les incitatifs financiers à l’échelle des institutions qui récompensent le recrutement et la diplômation plutôt que la qualité de la formation.
  • Le manque d’uniformité dans les exigences d’un programme à l’autre, d’où les grandes variations observées à l’intérieur d’une même institution.
  • L’accent mis sur les activités dites « d’engagement social », largement valorisées par les étudiants, mais dont la réalisation peut se faire au détriment des activités de formation considérées plus académiques. À cet effet, dans une entrevue accordée à Inside Higher Ed, Richard Arum pose le problème en ces termes :

« It’s a question of what outcome you want, » he said. « If the outcome is student retention and student satisfaction, then engagement is a great strategy. If, however, you want to improve learning and enhance the academic substance of what you are up to, it is not necessarily a good strategy. »

Sources :

« University students learn next to nothing », Macleans on campus, 18 janvier 2011

Scott Jaschik, “Academically Adrift”, Inside Higher Ed, 18 janvier 2011.

Mary Beth Marklein, « Report: First two years of college show small gains”, USA Today, 18 janvier 2011

Arum, Richard et Josika Roska (2011). Academically Adrift: Limited Learning on College Campuses. Chicago: University of Chicago Press.

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