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La 4e mission universitaire?

Le University World News publie une version abrégée de l’article « Effective Communication: The 4th Mission of Universities—a 21st Century Challenge » publié dans la Research and Occasional Papers Series de la Université de Californie à Berkeley sous les plumes du professeur de physique Marcelo Knobel et de la consultante en formation supérieure Liz Reisberg. Knobel a été le 12e recteur de l’Université de Campinas au Brésil. [NDLR: Gageons que le fait que Knobel ait eu à gérer une institution de haut savoir sous la gouverne d’un certain président Bolsonaro n’est pas étranger à cet article…] Cette quatrième mission appelée de tous leurs voeux en est donc une de communication, voire de visibilité publique des universités, bien au-delà du recrutement de nouveaux effectifs ou des campagnes de financement.

En gros, les auteurs s’inquiètent de ce que les institutions universitaires laissent toute la place aux YouTube, Facebook, Twitter et Instagram pour disséminer de fausses nouvelles, faits alternatifs et autres « désordres informationnels ».

« Les universités ont une mission incroyablement importante dans les sociétés modernes et démocratiques en tant que source de vérités fondées sur des preuves. Notre préoccupation ici est de savoir comment les universités peuvent rivaliser avec tout le “bruit” pour s’assurer que les faits ne sont pas seulement diffusés mais qu’ils sont fiables. Et ce, alors que les universités luttent pour défendre leur valeur auprès de sociétés de plus en plus méfiantes. » [Traduit avec www.DeepL.com, puis ajusté]

Une des premières façons dont les universités peuvent prendre part au débat public est en formant les personnes étudiantes à la pensée critique et à la communication scientifique tous au long des cursus de formation: « [P]reparing university graduates and the whole of society to consider new information and data both carefully and critically is an urgent mission ». On donne l’exemple du cours Calling Bullshit: Data Reasoning in a Digital World offert en 2017 à l’Université de Washington (devenu depuis un livre). Knobel et Reisberg estiment que ce genre de cours devrait être enseigné dans toutes les universités du monde. Ils considèrent que de telles habiletés sont désormais essentielles à tout membre de la société doté de littératie numérique. Ils rappellent que l’apprentissage actif favorise le développement d’habiletés de pensée critique.

Pour eux, certains leaders populistes et divers mouvements idéologiques ont occupés tout l’espace médiatique, nuisant à la capacité de l’humanité de « parvenir à un consensus partagé, étayé par des données empiriques et fondé sur des faits, la science et des connaissances établies ». Ils croient que les universités ont un rôle à jouer qu’elles ne jouent pas pleinement…

« …[L]a réponse du secteur de l’enseignement supérieur a été faible, laissant un espace aux intérêts politiques. Il va être très difficile de rattraper ce retard. Les établissements d’enseignement supérieur ne réalisent pas pleinement l’extrême importance d’une communication compétente et réfléchie comme pilier essentiel de leur mission – la quatrième mission des universités. » [Traduit avec www.DeepL.com, puis ajusté]

Les universités sont en effet des cibles faciles pour les populations éprouvées alors qu’elles sont souvent perçues comme « élitistes et éloignées des préoccupations de la vie quotidienne ». Certaines personnalités politiques n’hésitent pas à restreindre la liberté de parole d’universitaires ou le financement publique à ces institutions qui dérangent.

Knobel et Reisberg s’inquiètent d’abord des difficultés de communication interne sur les campus, alors que « [t]his communication is crucial to keep the community informed of projects and programmes under development, to discuss internal policies and practices and to develop a sense of community, among others. […] For students, staff and faculty, it is hard to keep up with the weekly surfeit of notices, events and opportunities directed at them, let alone sort through this bombardment to identify which information is most immediately relevant to them. »

Quant aux communications externes, les résultats d’une enquête récente menée par World 100 Reputation Network auprès de citoyennes et citoyens de l’Australie, du Canada, du Japon, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et des États-Unis démontrait que 20 % des répondants estimaient que les universités avaient été « sans importance » (unimportant) dans l’effort global contre la COVID, alors que 25 % d’entre eux n’avaient aucune idée si les universités avaient fait une quelconque contribution à ce combat.

Toujours d’après les auteurs, les universités devraient profiter de toutes les occasions possibles de mettre de l’avant leurs multiples contributions à l’emploi régional, à la formation continue, à la culture et aux sports locaux, au développement technologique, au soutien à des entreprises en démarrage, etc.

« Les universités apportent souvent une contribution importante à leur communauté, en s’engageant dans la résolution de problèmes sociaux qui ne sont pas abordés par d’autres entités. Les programmes d’apprentissage par le service à la communauté et de sensibilisation sont devenus un élément clé de nombreuses expériences de premier cycle, impliquant les étudiants dans des projets sociaux au sein de la communauté locale, voire mondiale. » [Traduit avec www.DeepL.com, puis ajusté.]

C’est sans doute ce qui amène Knobel et Reisberg à affirmer que…

« Pour leur propre survie, les universités doivent travailler plus assidûment sur des stratégies visant à rendre leurs liens (et leurs contributions) plus évidents. Si la plupart des universités disposent d’un bureau de relations publiques, leur portée et l’éventail des informations qu’elles diffusent sont limités. » [Traduit avec www.DeepL.com, puis ajusté]

Et vous? Qu’en pensez-vous? Est-ce bien le rôle des universités de prendre davantage de place dans les débats publics, notamment pour contrebalancer des tendances inquiétantes aux discours sans fondement? Sinon, à qui reviendrait ce rôle, selon vous? Devraient-elles plutôt rester en marge de l’espace médiatique pour ne pas s’y laisser aspirer?

Source: Knobel, Marcelo et Liz Reisberge, « Universities have an urgent mission: Make lying wrong again », University World News, 17 juillet 2022

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À propos de l'auteur

Jean-Sébastien Dubé

1 commentaire

  • Il ne faut pas confondre la mission de l’université et celle de l’universitaire! L’Université n’a qu’une seule mission, qui est la formation des étudiantes et étudiants. Elle dispose de plusieurs moyens pour mener à bien cette mission: l’enseignement et la recherche sont les plus connues. L’enseignement a beaucoup évolué dans les dernières années, incorporant plus de méthodes actives, s’éloignant du traditionnel cours magistral. La recherche est l’outil privilégié pour former à la recherche. C’est l’apprentissage expérientiel de la recherche, par la recherche. Une recherche qui n’est pas en lien avec la formation n’a normalement pas sa place à l’université.

    Les universitaires ont des missions qui sont périphériques à celle de l’université. La plus connue est le service à la collectivité, et l’implication dans la vulgarisation scientifique et la prise de parole publique sont des exemples de ce service. Un exemple important en ces temps où nous sommes inondés de statistiques incomplètes et déformées concerne les mathématiciennes et mathématiciens qui devraient s’investir davantage à informer le public quand les statistiques sont mal utilisées. Tous les champs disciplinaires ont leur domaine de responsabilité sociale. Aux individus de s’en préoccuper!

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