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Et si on parlait de recyclage plutôt que d’autoplagiat?

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Quel plaisir de lire des écrits qui apportent des nuances dans des dossiers délicats trop souvent simplifiés à outrance!  C’est le cas avec l’autoplagiat dénoncé généralement comme une fraude académique et scientifique sans aucune autre forme de procès.

Dans sa dépêche du 7 juillet 2021, Hervé Maisonneuve (du blogue Recherche médicale et scientifique) mentionne l’existence d’un projet américain soutenu par la NSF (National Science Foundation) : le projet TRRP (Text Recycling Research Projet) qui vise à légitimer certains cas de réutilisation de productions scientifiques antérieures.  C’est un projet important, car les chercheuses et chercheurs sont régulièrement confrontés à la réutilisation de leurs écrits puisqu’il n’est pas rare qu’un sujet de recherche connaisse plusieurs variations sur le même thème au fil de plusieurs années.  Se profile alors pour eux la crainte d’accusations d’autoplagiat, crainte qui a monté de quelques crans depuis le recours aveugle à des logiciels de détection de similitudes dans le texte par certains éditeurs, comme en fait foi une dépêche précédente.  

En juin dernier, le projet TRRP a publié une première version d’un guide à l’intention des chercheuses et chercheurs intitulé Understanding Text Recycling.  Les auteurs y détaillent quatre types de recyclage. 

  • Le recyclage développemental : réutilisation de matériel provenant de documents non publiés (demande de financement, proposition d’une communication, rapport interne, protocole soumis à un comité éthique…). Cette pratique est courante en recherche et est généralement considérée comme acceptable.  Toutefois, il est à noter que ce qui est considéré comme une publication peut varier selon les disciplines et les éditeurs.  Par ailleurs, Internet est venu brouiller les cartes : qu’en es-t-il de ce qui est diffusé sur un blogue, sur Twitter, sur Facebook… ?  Enfin, le guide recommande une certaine prudence de mise pour tout matériel versé sur des répertoires de sites web associés à des groupes de recherche.   
  • Le recyclage génératif : réutilisation de parties d’un document précédemment publié dans un nouveau format qui apporte une contribution intellectuelle originale clairement distincte de celle du document d’origine. Le caractère éthique ou légal du nouveau document dépend des spécificités de chaque cas.  Ce type de recyclage est le plus délicat à traiter, car plusieurs facteurs peuvent rendre sa pratique non éthique ou illégale.  On s’attend à ce qu’un article scientifique apporte une contribution originale d’importance.  Mais, comme mentionné plus haut, un même sujet de recherche peut s’étendre sur quelques, voire plusieurs, années.  La méthodologie, les données sources, les tests statistiques ne changeront pas forcément au fil des nouvelles recherches sur un même sujet.  Il est intéressant de savoir que certains éditeurs ont maintenant des lignes directrices sur ce qu’ils considèrent acceptable comme quantité de recyclage génératif.  Si les auteurs du guide recommandent la réécriture (paraphrase), ils reconnaissent également que altering the wording of recycled passages can confuse readers [notre emphase] as to whether the method (or research question, research site, etc.) is actually different from the author’s previous work or is just being described using different words. 
  • La publication adaptée : réédition d’un document, en tout ou en partie, mais modifié pour s’adapter à un nouveau contexte : traduction, texte d’opinion, vulgarisation… La question de savoir si cela est éthique ou légal dépend de l’obtention de l’autorisation de l’éditeur et de la transparence (mention du fait que le nouveau texte provient d’un document publié antérieurement) avec les éditeurs et les lecteurs.  
  • La duplication : publication du même texte à un même public cible. Cette pratique est largement considérée comme contraire à l’éthique et elle est, dans la majorité des cas, également illégale puisqu’elle correspond à une violation du droit d’auteur ou un non-respect des accords en matière de droit d’auteur avec un éditeur.  On pourra parler ici d’inconduite en recherche, de fraude scientifique. 

Il demeure une difficulté de taille avec le recyclage de textes : les articles sont souvent signés à plusieurs.  Le guide aborde cette question et recommande la transparence entre coauteurs.  Pas simple!

En conclusion, l’approche préconisée par le TRRP rend difficile d’affirmer que toute réutilisation de texte équivaut à un autoplagiat et que tout autoplagiat constitue automatiquement une fraude scientifique.   

Sources 

Maisonneuve, Hervé.  Auto-plagiat, recyclage de texte, publication double… Une taxonomie serait bienvenueRédaction  médicale et scientifique.  7 juillet 2021. 

Maisonneuve, Hervé.  Déontologie et processus de publications scientifiques, avec les délires de l’auto-plagiatRédaction  médicale et scientifique.  15 juillet 2021. 

O’Grady, Cathleen.  When is « self-plagiarism” OK?  New guidelines offer researchers rules for recycling textScience.  25 juin 2021. 

Hall, Suzanne; Moskovitz, Cary and Pemberton, Michael.  Understanding Text Recycling – A Guide for Researchers – V.1TRRP (text Recycling Project).  Juin 2021.   

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