Une semaine sans Facebook à l’université: une expérience qui a fait beaucoup jaser

Le magazine en ligne Inside Higher Ed rapportait le mois dernier l’initiative de la Harrisburg University of Science and Technology annonçant une expérience visant à évaluer l’effet d’interdire l’accès aux populaires sites de réseautage social Facebook, MySpace et Twitter, aux outils collaboratifs accessibles dans la plateforme de gestion de cours en ligne Moodle, ainsi qu’à certains clients de messagerie instantanée, et ce pour une durée d’une semaine.  Qu’ils utilisent ces réseaux en lien avec leurs études, la formation ou même le recrutement, les quelques 800 étudiants et 170 membres du personnel enseignant et administratif étaient également affectés: ceux-ci se sont vu bloquer l’accès à ces sites sur le réseau du campus, alors même que tout usage de ces outils était interdit sur le campus.

L’exercice, le fruit d’une réflexion du provost Eric Darr suite à l’observation des habitudes de communication de sa fille sur son téléphone cellulaire, a été à la fois applaudie et critiquée par les personnes directement concernées mais également par des milliers d’internautes réagissant à la nouvelle diffusée par des messages lancés sur ces réseaux et par leurs commentaires dans la blogosphère.  Jaron Lanier, à qui l’on attribue l’invention de l’intelligence artificielle, a réagi à l’annonce de l’expérience ainsi:

Outspoken social media critic Jaron Lanier (who was also named one of Time magazine’s 100 most influential people of the year) says Harrisburg University’s experiment may be too extreme. He would prefer that students donate a penny to charity every time they access social media. [notre emphase]

« Because that would create awareness, they would be aware of how much they were doing, » Lanier says, « making the use of it into something that’s more conscious and more considered. »

Si l’objectif voulant encourager les étudiants et intervenants à prendre du recul et à réfléchir à l’utilisation qu’ils font de ces réseaux dans le contexte de leurs activités quotidiennes sur le campus semble louable, plusieurs voix étudiantes ont vivement décrié l’initiative, la qualifiant même d’atteinte aux droits et libertés de la personne:

When word arrived last week, via news reports, that Harrisburg would be blocking social-media access, the outcry was swift and loud, Mr. [Jason] Hyers says. « Student-wise, at first, there was a lot of whining, » he says. « I’ll be honest: flat-out, pure whining. »

« I whined! » Ms. [Amanda] Zuck cheerfully interjects from a nearby chair.

At one point, the Bill of Rights was invoked. « Some people started talking free speech and stuff, » Mr. Hyers says. « But if you think about it, this is a private network. The university can do whatever it wants to. » [notre emphase]

Par ailleure, Sherrie Madia, directrice des communications à la University of Pennsylvania’s Wharton School of Business et co-auteure du livre The Social Media Survival Guide: Everything You Need to Know to Grow Your Business Exponentially with Social Media a vécu les effets de l’interdiction en étant privée du réseau Twitter qu’elle devait utiliser dans le déroulement d’une présentation prévue au même moment.  Cette dernière a réagi de façon plus nuancée:

But taking time away from routine technologies in order to assess their benefits and drawbacks is nothing to sniff at, says Sherrie Madia, director of communications at the University of Pennsylvania’s Wharton School of Business and co-author of The Social Media Survival Guide: Everything You Need to Know to Grow Your Business Exponentially with Social Media. Madia will be visiting Harrisburg next Wednesday to sit on a panel on social media use with a handful of other outside experts. While Madia says she was initially skeptical about a panel that forbade a dedicated Twitter hash tag where audience members could log opinions about the session in real time — standard practice at many academic conferences, especially tech-oriented ones — she supported the spirit behind scrutinizing social media use at an individual and institutional level. “There are tremendous benefits to it, but it’s also causing side [effects] that aren’t so great,” Madia says. “And I think that the beauty of this is it forces us to ask, ‘Why are we doing all this in the first place?’ ” People at Harrisburg will inevitably miss some uses of social media a lot, and others not so much — and that might teach them which habits are worth keeping and which are worth shedding, Madia says. [notre emphase]

Qu’en pensaient les étudiants? Selon le provost Darr, 68% des répondants auraient répondu positivement à l’expérience, selon les résultats du sondage effectué après la levée de l’interdiction, et plusieurs ont affirmé qu’ils ont réussi à se concentrer davantage sur leurs études en l’absence de distractions causées par la consultation des sites de réseautage social:

Student Ashley Harris, 22, said the blackout has freed her to concentrate on her classwork instead of toggling on her laptop between social networks and the lesson at hand. « I feel obligated to check my Facebook. I feel obligated to check my Twitter. Now I don’t, » Harris said. « I can just solely focus. » [notre emphase]

Par contre, l’interdiction aurait encouragé des étudiants à sortir du campus plus souvent dans le seul but d’accéder à des réseaux sans fil publics permettant de joindre ces services, ou encore à tenter de déjouer la sécurité du réseau interne pour ce faire, ou d’utiliser le réseau cellulaire 3G plutôt que le réseau dans ce même but…

Suite aux réactions négatives des médias qualifiant l’expérience d’échec face à la résistance de certains étudiants et membres du personnel, la professeure Rene Massengale a senti l’obligation de défendre l’expérience en ces termes:

[…]

  • « I am a biotechnology/science professor who actively uses social networking to connect with students and achieve learning goals, to promote academic programs, and engage in discussions with industry partners about relevant food safety and science issues. I have been teaching for 12 years and have embraced these emerging technologies both in and out of the classroom. They can be productive methods for teaching and academe; and, if misused, can also detract from the educational process.
  • In all fairness, the intent of the social media « blackout » week was not to prohibit free speech or activities on the part of students, staff, and faculty. We are an institution of science and technology of course; and as such, we embrace technology usage. This short-term « experiment » was simply a way to get us all to think about what we used to do “in the old days” before all this virtual networking was possible, NOT to censure activity, take away rights or privileges of individuals, or limit academic freedom of faculty. I am a strong supporter of academic freedom as are my colleagues at Harrisburg University. In the end, a reassessment of how we communicate with others and spend our time was exactly what this week was intended to do. So in terms of purpose, this week has succeeded. To term it an activity that has, as the title of this article says, « failed » misrepresents the actual event and does not reflect the reason we did it in the first place. Ultimately, we are exploring ways to encourage and promote the success of our students and all of us by helping increase awareness of the competing demands on our productivity and time. » [notre emphase]

Que cette expérience soit simplement un coup de publicité ou une initiative honnête visant à encourager la réflexion critique vis-à-vis l’impact des réseaux sociaux sur la vie de ses utilisateurs, au final, sommes-nous en mesure d’affirmer que nous en sommes devenus dépendants? Sherrie Madia affirme qu’il y a de quoi se poser de sérieuses questions:

« Do we really want to be enslaved to Facebook or Twitter? Once you create anything in social media, you have to feed the beast. When you stop adding content, you disappear. » [notre emphase]

Lorsqu’on évoque notamment la possibilité à l’UdeS d’interdire l’utilisation d’appareils mobiles en classe, entres autres, afin d’éviter que les étudiants passent leur temps à interagir avec leurs amis et connaissances sur Facebook ou d’autres réseaux au lieu de se concentrer sur les propos de l’enseignant, je vois une occasion de revoir cette utilisation et la recadrer dans un contexte pouvant appuyer l’apprentissage plutôt que distraire.  Qu’en pensez-vous?

Lancement de Windows Phone 7
Une salle d'étude sur Facebook à l'université Purdue

Commentaires

  1. echamberland a écrit:

    La Presse publiait ce matin un compte-rendu d’une expérience semblable menée dans une école secondaire du Québec.
    http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201010/24/01-4335702-une-pause-facebook-forcee.php
    Les étudiants font le constat qu’une fois les technologies éliminées de leur vie, ils sont plus présents pour leurs proches, ils font leurs lectures et devoirs et ils se couchent plus tôt. En somme, ils sont étonnés (positivement) des bénéfices d’éliminer ces distractions omniprésentes.

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