Pédagogique Point chaud / en émergence

Limiter les tentations de tricherie sur les plateformes d’aide aux études

Les sites ou plateformes d’aide aux études existaient avant la pandémie et leur potentiel d’utilisation par les étudiantes et étudiants pour tricher dans les évaluations existait également.  Il y a un an la plateforme Studoc, faisait les manchettes et avait fait l’objet d’une dépêche interne  ici et en 2019, une autre dépêche de l’Éveilleur faisait état du recours à un logiciel de traduction en ligne ou à un service de correction comme pouvant conduire à du plagiat.  Les frontières sont minces entre les deux usages de tels services.

La pandémie a forcé les enseignantes et enseignants à donner leurs cours en ligne avec les limites qu’une telle urgence a entraînées, notamment l’absence d’ajustement pour les examens.  S’il est facile en présence de s’assurer que les étudiants ne tricheront pas lors de la passation d’examen il en va autrement à distance.  Il serait faux de dire que tous les étudiants se sont mis à tricher pendant les examens traditionnels mais l’absence de surveillance comporte un potentiel de tentations…  auxquels plusieurs ont cédé selon des enseignants qui ont vu les cas de tricherie augmenter considérablement.  L’Université de Boston et le Georgia Tech ont sondé les étudiants qui utilisent ces sites.  Il ressort que le plus populaire est Chegg, …[qui] fournit la location de manuels numériques et physiques, le tutorat en ligne et d’autres services aux étudiants.  Ses abonnements, au coût individuel de 14,95 US$ par mois pour un accès à une base de données regroupant plus de 46 millions de matériels de cours et de solutions à des questions d’examens, ont bondi de 69% l’an dernier.

Désireux de savoir s’il y avait un moyen d’éviter l’utilisation malhonnête de Chegg, Jeffrey R. Young de Edsurge a interviewé Tricia Bertram Gallant, spécialiste de l’intégrité académique qui préconise une approche pédagogique pour contrer la tricherie, et Sue Candace, responsable des relations académiques chez Chegg. Pour Bertram Gallant, une solution possible consisterait à imposer une délai avant de répondre à une question étudiante.  Mais pour Candace, cette solution pourrait pénaliser les étudiants honnêtes qui ont réellement besoin d’une réponse rapide.  Elle propose une autre solution qu’elle a baptisée bouclier d’honnêteté (Honor Shield).  Son fonctionnement est simple : les enseignantes et enseignants font parvenir à Chegg leurs questions d’examen en demandant au service de les bloquer pendant la période d’examen (date et durée).  Ce service aux enseignants est gratuit.

Pour Sue Candace, Chegg a gagné en popularité parce que les universités, malgré tous leurs efforts, n’ont pas été en mesure de répondre aux nombreux nouveaux besoins de soutien chez les étudiantes et étudiants qui se sont retrouvés isolés dans un environnement d’apprentissage nouveau et, pour certains, anxiogène, avec la nécessité de sauter à pieds joints dans l’apprivoisement de plateformes technologiques….  Pour Tricia Bertram Gallant, une partie du problème de la tricherie sur Chegg réside dans le fait que les enseignants ont dû passer en urgence à l’enseignement à distance et la plupart ont utilisé les examens qui avaient été prévus initialement pour être administrés dans des conditions adaptées à la présence.  Malheureusement, continue-t-elle, à distance, ces conditions conduisent ou peuvent conduire à la tricherie.  Idéalement, toujours selon Bertram Gallant, il serait bienvenu de choisir des modalités d’évaluation qui conviennent pour la formation à distance, comme des examens oraux.    

Debora Weber-Wulff, qui tient le blog Copy, Shake, and Paste, mentionne dans son rapport d’étonnement de sa participation à la conférence annuelle de ICAI (International Center for Academic Integrity) qui a eu lieu du 1er au 4 mars dernier que le sujet de Chegg a été abordé à quelques reprises. Kelly Ahuna and Loretta Frankovitch, respectivement directrice et directrice adjointe du Bureau de l’intégrité académique de l’Université de Buffalo, ont rapporté que Chegg travaille avec les professeurs pour faire tomber la propriété intellectuelle et pour communiquer aux universités des informations très précises sur les étudiants utilisent le site pour tricher : le nom, l’adresse électronique et l’adresse IP de la personne qui pose la question avec un horodatage ; le nom, l’adresse électronique et l’adresse IP des personnes qui ont consulté les réponses ; le lien vers la page, etc. (Traduit par DeepL, puis ajusté). Bonjour le respect de la vie privée!

Par ailleurs, Tricia Bertram Gallant, qui participait comme conférencière, a rappelé que Chegg et les autres services de même nature offrent un service 24/7, ce que les universités ne font pas. Curieuse de savoir si les universités devraient offrir un tel service (24/), elle a démarré un blog sur le site de ICAI dans l’espoir d’obtenir divers avis.

Clairement, le phénomène des sites d’aide aux études et de leur utilisation par des tricheuses et tricheurs est en plein essor, propulsé à une hauteur sans précédent par la pandémie.

Sources

Young, Jeffrey R.  More Students Are Using Chegg to Cheat. Is the Company Doing Enough to Stop It? Edsurge.  23 février 2021.

Weber-Wulff, Debora.  ICAI Annual Conference 2021Copy, Shake, and Paste.  4 mars 2021.

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Sonia Morin

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