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Pensée informatique et pensée critique : inséparables dans le monde numérique

C’est en veillant sur la littératie informatique que je suis tombée sur ce libre blanc Éducation et numérique – Défis et enjeux, édité en décembre 2020 par l’Inria (Institut national (France) de recherche en sciences et technologies du numérique). 

Pour les auteurs de ce livre blanc, [l]e plus important [impact de la mutation technologique et sociétale liée au numérique] est la nécessité de « comprendre » les fondements scientifiques et techniques de cette transformation ; c’est-à-dire s’initier à la pensée informatique que nous définissons précisément, et montrer le lien entre apprentissage de l’informatique et éveil à la pensée critique.  Cela nous permet alors de spécifier ce qu’est la formation aux fondements et usages du numérique, d’une part, et la formation avec les méthodes et outils du numérique. d’autre part.

Trois défis majeurs

  • La formation des enseignantes et enseignants
  • La réussite pour toutes et tous
  • L’inclusion numérique

Cinq sujets de recherche

  • Une recherche pluridisciplinaire avec des communautés bien établies
  • Quelques thématiques de recherche
  • Recherche en neurosciences en lien avec l’éducation
  • Modélisation de l’apprenant
  • L’évaluation de l’impact du numérique

Trois enjeux

  • Enjeux de souveraineté numérique et de la maîtrise des données d’apprentissage
  • Enjeux économiques
  • Enjeux de la formation au numérique tout au long de la vie

Sept recommandations

R 1 – Développer des projets de recherche des sciences du numérique au service de la réussite scolaire

R 2 – Développer des méthodologies rigoureuses pour l’évaluation du numérique éducatif

R 3 – Passer à l’échelle dans la formation des enseignants (développement de la culture numérique)

R 4 – Vers une « université citoyenne et populaire du numérique » apte à assurer la formation pour tous et pour toutes au numérique

R 5 – Créer les conditions du développement et de la mise à jour de ressources éducatives numériques comme des biens communs

R 6 – Garantir la portabilité des données personnelles éducatives et développer l’interopérabilité des solutions logicielles

R 7 – Créer un observatoire des EdTechs

Tout est  passionnant dans ce livre blanc, mais je vais m’en tenir pour cette dépêche à la pensée informatique.

La pensée informatique est nécessaire pour en arriver à maîtriser les usages des outils technologiques et pouvoir développer une pensée critique par rapport à l’équipement, les réseaux, les systèmes d’exploitation…  Il est intéressant de noter que les auteurs parlent de l’éducation AU numérique (qui vise les connaissances et compétences liées aux sciences du numérique et l’usage du numérique dans différents contextes (p. ex., apprendre à trier des informations selon des algorithmes ou protéger sa vie privée sur les réseaux sociaux)) et de l’éducation PAR le numérique (qui utilise des dispositifs numériques (matériel et logiciel, p. ex. des capacités de représentation en 3D) dans un objectif disciplinaire ou interdisciplinaire comme la compréhension de l’électromagnétisme par la réalité augmentée ou par l’utilisation des clickers pour évaluer in situ la compréhension des étudiants en amphithéâtre).

La pensée informatique (computational thinking) est l’ensemble des notions et des méthodes utilisées explicitement en informatique, pour représenter et résoudre des problèmes, notamment la notion d’algorithme qui y est centrale, mais aussi le traitement des données, les méthodes de résolution de problèmes, etc.

Parmi ces notions et méthodes, nous trouvons […]

  • l’algorithmique (réfléchir aux tâches à accomplir sous forme d’une série d’étapes),
  • l’abstraction-modélisation (appréhender un problème à différents niveaux),
  • la décomposition (décomposer un problème complexe en plusieurs problèmes simples),
  • la reformulation (reformuler un problème pour mieux le résoudre),
  • la généralisation (lier un nouveau problème à d’autres problèmes résolus, explorer et répertorier des stratégies de résolution),
  • l’optimisation (choisir la manière la plus efficiente de résoudre un problème, dont la complexité algorithmique est intrinsèquement raisonnable ou exponentielle) ou le contrôle (définir des moyens de contrôle des erreurs et de gestion de l’incertitude).

Ces notions et méthodes peuvent servir dans d’autres disciplines scientifiques et dans la vie de tous les jours et c’est pourquoi les auteurs préfèrent parler de pensée informatique, qu’ils souhaitent voir se développer comme une compétence transversale. Ils y rattachent l’essentielle éducation aux médias et la vigilance face à toutes les informations qui circulent.  Oser envisager les idées bizarres.  Changer d’avis.  Douter.  Vérifier.  Faire ses expériences.  Apprendre à apprendre.  

Deux leviers sont suggérés pour se former au numérique :

  1. apprendre à apprendre le numérique : apprendre à choisir et suivre un tutoriel, à chercher sur les forums, à formuler une question sur un moteur de recherche ou pour demander de l’aide en y incluant tous les éléments nécessaires ;
  2. apprentissage collégial : apprendre au fil de sa pratique et en interaction avec ses proches, en partageant également ce qu’on a pu s’approprier.

Le livre blanc de l’Inria fait 137 pages…  Je le répète : il est passionnant, notamment parce que son contenu reste accessible, illustré de nombreuses situations tirées de la réalité de la formation. 

Source 

Dowek, Gilles, Gandon, Fabien et Schoenauer, Marc.  Éducation et numérique – Défis et enjeux. Inria, Livre blanc, no 4. 10 décembre 2020.

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À propos de l'auteur

Sonia Morin

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