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Livre important sur les « compétences du futur » et leurs impacts sur l’enseignement supérieur

Mon collègue Marc Couture me recommande cette recommandation de Tony Bates, auteur et consultant, chercheur associé auprès de Contact Nord, avec qui nous avons notamment échangé autour de sa visite à l’Université de Sherbrooke en 2012.

Bates recommande chaleureusement le livre numérique gratuit Future Skills: the future of learning and higher education  [(2020) Karlsruhe, Germany: Herstellung und Verlag, 311 p.] du professeur Ulf-Daniel Ehlers de l’Université Baden Wurttemberg-State en Allemagne. Le livre peut être téléchargé en tout ou en parties (par sections), en anglais ou en allemand, sur le site du projet NextSkills. D’après Bates, « the book is a well-researched, thoughtful and also practical analysis of the changes needed in our higher education systems if we are to develop the knowledge and skills our students will need in the future. Highly recommended. » [notre emphase] Il le recommande notamment à toute personne qui enseigne, mais particulièrement pour les « cadres supérieurs, dans les universités et les colleges ».

Comme le mentionne Bates, l’objectif de l’ouvrage est « très ambitieux »:

« À l’avenir, les individus devront faire face à des situations qui ne peuvent être ni prévues ni calculées à l’avance… La question est claire : comment faire face à l’imprévu ? Les apports aux compétences futures doivent offrir des réponses à cette question. [Mais] nos concepts actuels d’enseignement universitaire sont encore fortement orientés vers le transfert de connaissances. Construire et accumuler des connaissances pour ensuite y faire appel dans des contextes d’action professionnelle futurs est – pour le dire clairement – le jeu actuel de l’enseignement supérieur, des études et du marché du travail. Cependant, il semble que nous ayons atteint les limites de cette façon de fonctionner.

Notre étude montre que, surtout dans les domaines du travail qui peuvent être considérés à la fois comme très agiles et à forte densité de connaissances, les connaissances simples et récupérables sont de moins en moins un gage de succès futur sur le marché du travail, alors que les compétences futures le sont. » [nos emphases][Traduction libre, à partir d’une traduction automatisée faite avec Deepl.com]

Les compétences futures dont il est question ici incluent les littératies numériques, mais vont bien au-delà. Elles sont toutes reliées à la capacité d’agir en contexte d’émergence (concept qu’Ehlers développe), soit des situations de la vie ou du monde du travail assez inusitées pour que l’expérience passée ne suffise plus à déterminer un cours d’action. Si on y retrouve de la créativité et la communication, il y aura aussi des compétences éthiques, à travailler en réseau, à prendre compte de l’opinion des autres, mais aussi à apprendre à apprendre, à s’organiser soi-même, et à définir ses propres objectifs alors que les rôles dans les organisations sont de moins en moins définis.

Ce qui semble fort prometteur de ce livre, c’est qu’on y trouve bien davantage qu’une série de compétences – à l’instar de nombreux ouvrages du genre. Ehlers appuie ses 17 profils de compétences sur des recherches empiriques en milieux de travail et universitaires et sur un cadre théorique développé à partir de ces observations.

Encore plus intéressant, me semble-t-il, c’est qu’Ehlers propose une feuille de route permettant de transformer nos institutions universitaires qui ne sont pas actuellement capables – d’après lui – de développer ces compétences du futur chez les personnes étudiantes. Il évoque quatre scénarios qui pourraient représenter l’avenir de l’université d’ici une dizaine d’années (sauf pour le 4e qui pourrait s’actualiser d’ici 5 ans… du moins en Allemagne), à partir de quatre moteurs de changement (2 en lien avec les contenus et 2 en lien avec les curriculums): le besoin de compétences du futur [nous dirons “soft skills”] et un changement dans la façon d’apprendre, la personnalisation de la formation, l’expérience universitaire vécue comme multi-institutionnelle et le développement de la formation tout au long de la vie.

  1. le scénario de l’université des compétences du futur (the future skill university scenario), où les institutions s’adaptent suffisamment pour offrir aux personnes étudiantes ces nouveaux profils de compétences dont ils auront fondamentalement de besoin à l’avenir;
  2. le scénario des études pluri-institutionnelles en réseau (the networked multi-institutional study scenario), où une personne étudiante n’est plus affiliée à une seule institution mais reçoit sa formation de plusieurs institutions différentes;
  3. le scénario de « mon-université » (the my-university scenario), où la formation est entièrement personnalisée selon les intérêts et les aptitudes des personnes étudiantes;
  4. le scénario de l’enseignement supérieur tout au long de la vie (the lifelong higher learning scenario), où l’essentiel des étudiantes et étudiants universitaires sont des professionnelles et professionnels en exercice qui viennent chercher des complément de formation « ad hoc ».

Mes autres lectures m’amènent à penser qu’Ehlers « tient quelque chose ». Ces tendances sont bien réelles et observables à des degrés divers. Il sera intéressant de voir lesquelles prendront le pas sur les autres, résultant sans doute en un amalgame assez particulier.

Inutile de préciser que ce livre numérique est sur ma table de chevet.

Sources:

Bates, Tony, « How to address the skills agenda in higher education: a German perspective », Online Learning and Distance Education Resources, 31 décembre 2020

Ehlers, Ulf, « Beyond the crisis: Preparing for Future Higher Education », NextSkills.org, 3 avril 2020

Ehlers, Ulf-Daniel, « Warum eigentlich Future Skills? » (vidéo originale en langue allemande, consultée grâce aux sous-titres en anglais disponibles), YouTube, 14 avril 2020, durée, 2 min 6 sec.

The Future Skills Initiative, « Future Skills Overview » et « Envisionning the Future », NextSkills.org, [sans date]

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Jean-Sébastien Dubé

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