Formation continue

Pandémie et marché du travail : sept constats

Le contexte de pandémie que l’on connait est une source de bouleversements aux niveaux économique, social et environnemental. L’Observatoire compétences-emploi (un centre de recherche et de transfert de connaissances sur le développement et la reconnaissance des compétences de la main-d’œuvre basée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)) s’est intéressé à en analyser de près les impacts. Il présente sept constats pour faire un retour sur cette crise sanitaire qui a profondément affecté le monde du travail.

Constat 1 – Les effets tangibles de la COVID-19 sur l’emploi et le marché du travail

« La pandémie aura eu des effets tangibles (ex. pertes d’emplois, réduction du nombre d’heures travaillées, détresse psychologique en hausse, interruptions dans les chaînes d’approvisionnement, etc.) mais a aussi des effets intangibles (changements des habitudes de vie et de consommation) qui sont de plus en plus documentés. » Le Québec est passé du plein emploi à une crise de l’emploi.

Le télétravail a pris de l’ampleur, de nouvelles compétences sont recherchées plus que jamais telles que les compétences numériques de même que celles en littératie et en numératie.

Constat 2 – Un marché du travail sur le respirateur artificiel

« Les nombreux programmes de soutien aux industries, aux employeurs et aux travailleurs amènent un afflux de capitaux dans l’économie qui amenuisent les effets de la pandémie sur le marché du travail le stimulant « artificiellement » ce qui a potentiellement pour effet de dissimuler certains impacts de la COVID-19 sur le marché du travail et sur les emplois. Aux yeux de plusieurs, la situation actuelle pourrait donc être davantage préoccupante qu’elle ne le paraît. » [notre emphase]

Constat 3 – De nouvelles situations sur le marché du travail et des données disponibles

« On remarque de nouvelles situations sur le marché du travail telles que des personnes en emploi subventionné, des personnes dans une situation de chômage partiel selon le type de prestation qu’elles perçoivent, des personnes étudiantes ou récemment diplômées bénéficiant d’un soutien financier gouvernemental direct ou encore des personnes prenant des retraites temporaires. »

Constat 4 – La segmentation du marché du travail : un paradoxe ?

« La pandémie a créé une importante segmentation du marché de l’emploi qui relève du paradoxe : une partie des marchés du travail au niveau régional se retrouve en situation de crise de l’emploi, une autre en situation de croissance de l’emploi et une troisième en situation de stabilité de l’emploi. » [notre emphase]

Constat 5 – Comprendre les disparités : mobilité et travail à distance

La réduction de la mobilité des personnes a des implications importantes sur les emplois dont l’activité repose principalement sur cette mobilité. Les emplois dont l’activité est fortement liée au déplacement de personnes vers un lieu physique pour une prestation de services sont affectés : transport aérien, transport en commun, industrie touristique, commerce de détails ou hébergement, restauration.

L’augmentation importante du travail à distance depuis le début de la pandémie a aussi un impact, car ce ne sont pas tous les emplois qui peuvent s’effectuer de la maison. Ainsi, le Québec subit des pertes d’emplois depuis le début de la pandémie dans les secteurs d’activité avec une faible capacité de travail à distance.

Constat 6 – Développement des compétences

On le sait, la pandémie a un impact sur la façon de dispenser la formation. On se tourne vers la formation à distance. La pandémie nous a amenés à « questionner le développement des compétences de base (littératie, numératie, littératie numérique), les compétences professionnelles et les compétences émergentes dont la main-d’œuvre actuelle et future aura besoin dans un monde du travail transformé post-pandémie. »

« Ailleurs, des mesures de reconversion et d’appariement ont été mises en œuvre pour répondre à des pénuries immédiates de main-d’œuvre (ex. OCDE, 2020). Toutefois, ces mesures annoncées pour requalifier et faciliter la mobilité de certains métiers vers des secteurs d’activités avec des besoins en main-d’œuvre sont certes intéressantes à long terme, puisqu’elles visent une action structurelle, mais sans cohérence et sans concertation avec les partenaires du marché du travail, ses actions ne pourront avoir un impact considérable sur l’offre de main-d’œuvre qualifiée à très court terme. Par ailleurs, pour avoir un impact structurant ces actions devront également s’attaquer aux nombreux obstacles à la formation déjà présents avant la pandémie et être ajustées en fonction de l’évolution de la situation du marché du travail. »

Constat 7 – La pandémie n’est pas le seul problème.

Certains enjeux importants du marché du travail (ex. pauvreté, inégalités de revenus, qualité de vie au travail, intégration sur le marché du travail, vulnérabilité sociale, professionnelle, discrimination, etc.) font moins l’objet d’attention depuis la pandémie et risquent de s’aggraver.

L’Observatoire compétences-emploi souligne l’importance pour les acteurs du marché du travail et les décideurs publics de demeurer alertes pour que le marché du travail post-pandémique puisse être inclusif et profiter à tous.

Source : Simoneau, Félix B. et Bernier, Amélie, Pandémie, marché du travail et compétences : où en sommes-nous ?, Observatoire Compétences-emplois, 23 décembre 2020

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Véronique Tremblay

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