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Les enseignements de Dune: la science-fiction comme laboratoire multidisciplinaire

Le jeudi 29 octobre 2020, j’ai assisté en partie au lancement virtuel de l’ouvrage collectif Les enseignements de Dune: enjeux actuels dans l’oeuvre phare de Frank Herbert dirigé par la professeure Isabelle Lacroix de l’École de politique appliquée, ouvrage que je me suis ensuite procuré.

Au nombre des auteurs rassemblés, outre la professeure Lacroix, on trouve les professeurs Sami Aoun (politicologue) et David Koussens (sociologue du droit et des religions), ainsi que Jonathan Genest (physicien) et les doctorants Tristan Rivard (philosophe) et Sara Teinturieur (socio-historienne des religions) de notre université. S’ajoutent le professeur Jacques Beauvais (physicien et ingénieur), maintenant doyen de la Faculté de génie de l’Université d’Ottawa (ancien vice-recteur à la recherche à l’UdeS), de même que les professeurs René Audet (sociologue de l’environnement) et Corrine Gendron (sociologue économique), tous deux de l’UQAM,

Je n’avais pas besoin d’être convaincu de l’intérêt de la science-fiction pour la veille (voir ces différentes dépêches sur le court-métrage Sight (2012), sur le décès d’Alvin Toffler (2016), des suggestions de lectures et de visionnements d’été (2017), plus récemment l’exercice d’anticipation auquel s’est livré l’équipe journalistique de Rad (2020), etc.). Pour avoir lu plusieurs romans de Frank Herbert, je savais toute la richesse et la pertinence cette oeuvre.

Le livre de Lacroix et al. a plutôt raffermi ma conviction de l’importance de la multi-, voire de la transdisciplinarité. J’en savais l’importance en recherche. Isabelle Lacroix est d’ailleurs très convaincante dans sa conclusion à l’ouvrage:

“…[L]a multidisciplinarité paraît naturelle quand vient le temps d’explorer le monde, fictif ou réel. Il y a là une leçon pour notre monde et les nécessaires réflexions sur les problèmes actuels d’un monde en changement. Les défis sont nombreux et complexes. Ils appellent une considération nécessairement multidisciplinaire. À l’heure des grands bouleversements technologiques, environnementaux et des questionnements éthiques reliés au vivre-ensemble, il semble évident que ceux-ci ne peuvent pas être traités par des chercheurs en silos. Il fut littéralement naturel pour les auteurs de cet ouvrage de considérer l’ensemble de l’univers de Dune pour tenter de le comprendre, de l’expliquer et d’en faire ressortir ces enseignements. Ici, la surspécialisation apparaissait
d’emblée contre-productive. I
l n’était pas possible au politologue de faire abstraction des composantes religieuses de l’exercice du pouvoir, pas plus que les technologues pouvaient éviter de porter un regard sur le pouvoir des dirigeants présentés dans Dune. Il s’agit d’un enseignement facilement transférable dans le monde réel. Pour comprendre et faire progresser notre monde, en cette ère de multiples défis, il n’y aura jamais trop de joueurs de bonne volonté.” (Lacroix (dir.), 2020, p.197) [NDLR: Les emphases sont les nôtres]

Ma réflexion a été davantage liée à la pertinence pédagogique de la transdisciplinarité, notamment aux cycles supérieurs. Est-ce que le fait d’aborder un même objet sous plusieurs angles, en plus d’approfondir la compréhension des chercheures et chercheurs, ne contribuerait pas à en faciliter l’appréhension, même en formation initiale? Soit, l’investissement cognitif sera d’abord plus important, mais il me semble que l’on gagne ensuite en motivation puisque la transdisciplinarité permet de travailler sur des objets concrets, avec la richesse d’une variété de points de vue…

De la même façon que d’accéder à un contenu via différentes modalités (cours magistral, vidéo, lectures, etc.) facilite l’acquisition des connaissances pour le plus grand nombre, est-ce que les différentes pistes de compréhension disciplinaires autour d’un objet d’étude ne permettraient pas à davantage d’étudiantes et d’étudiants d’accéder à cet objet via l’une ou l’autre de ces pistes? Dans le cas de Dune, par exemple, mon intérêt a souvent été lié à la richesse et à la complexité des systèmes religieux développés par Herbert. Les pistes écologique, technologique ou politique me touchaient moins a priori. Néanmoins, je suis bien conscient de leur présence qui se fait sentir partout dans l’oeuvre. Le truchement de la piste religieuse me permet d’accéder aux contenus et réflexions sur nos rapports à l’environnement, au progrès technologique ou à l’organisation du pouvoir.

Est-ce que, de la même façon, on pourrait aborder des problématiques comme les changements climatiques, le vieillissement de la population ou les questions d’inclusion et de diversité sous de multiples angles, permettant à des étudiantes et étudiants d’attraper le fil rouge qui leur convient le plus afin d’accéder aux autres angles d’analyse et de compréhension? Je lance la question.

Source: Lacroix, Isabelle (dir.), Les enseignements de Dune: enjeux actuels dans l’oeuvre phare de Frank Herbert, Presses universitaires du Québec, 2020, 201 p.

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Jean-Sébastien Dubé

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