Enseigner les compétences du 21e siècle ou le contenu du 20e siècle ?

Dans l’article « The Failure of American Higher Education » (The Huffington Post, July 1, 2010), Robert D. Atkinson* tente d’expliquer pourquoi il croit que l’enseignement supérieur ne livre pas ce qu’il devrait livrer en termes d’éducation.  Il appuie son opinion sur ses expériences avec l’embauche de diplômés pour son entreprise de réflexion (traduction maladroite de think tank).  À sa grande surprise, pratiquement aucun des postulants n’a réussi à résumer une biographie en 3-4 lignes, à utiliser un chiffrier électronique et à calculer des moyennes.

Cette réalité est confirmée par de nombreux tests, répertoriés dans le rapport A TEST OF LEADERSHIP – Charting the Future of U.S. Higher Education, produit en  2006 par le Secrétariat de la Commission sur le futur de l’enseignement supérieur pour Département d’éducation des États-Unis.  On peut y lire certaines statistiques concernant les diplômés du 1er cycle :

  • 34% démontrent des compétences en rédaction ;
  • 38% sont capables de faire des recherches documentaires ;
  • 40% sont capables d’utiliser des approches quantitatives.

On y déplore un appauvrissement des compétences rédactionnelles, de la pensée critique…  On justifie cette situation par un manque de ressources financières. On affirme qu’il faudrait plus se centrer plus sur la formation.  D’autres, et ils sont légion, accusent Internet qui entraîne les jeunes à ne plus lire ni penser.

L’auteur suggère une autre explication : l’enseignement basé uniquement sur l’acquisition de connaissances, au détriment du développement de compétences avec, pour conséquence, que les étudiants étudient pour réussir les examens mais ne s’engagent pas dans leur apprentissage.  L’auteur en rajoute en affirmant que les enseignants ne sont pas intéressés à former au développement de compétences ; ils préfèrent enseigner leur matière, à laquelle ils ont consacré  tant d’années d’études.  D’ailleurs, toujours selon l’auteur (qui n’est pas tendre), ces enseignants ont choisi la voie universitaire pour pouvoir continuer à se consacrer à l’objet de leur passion intellectuelle et à l’enseigner.  Les diplômés qui arrivent sur le marché du travail détiennent un grand savoir mais ne possèdent pas de compétences professionnelles qui leur permettraient de s’insérer à la satisfaction des employeurs.

Quelles solutions pourrait-on envisager?  Atkinson en propose trois.  La première consisterait à faire passer un test qui mesurerait des compétences comme la logique, le raisonnement mathématique, la rédaction…  La deuxième solution pourrait résider dans un sondage national annuel sur les compétences recherchées par les entreprises chez les diplômés et sur l’institution de provenance de leurs meilleures recrues. Enfin, il faudrait soutenir une expérimentation audacieuse et d’envergure sur l’enseignement des compétences du 21e siècle, du genre la création d’un établissement centré sur le développement des compétences dont les jeunes diplômés ont réellement besoin.  Une fondation, un mécène pourrait soutenir cette initiative…

Le docteur Robert D. Atkinson est président de la Information Technology and Innovation Foundation (ITIF), un laboratoire d’idées (think tank) de Washington.

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