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Penser éduquer au numérique plutôt que de penser à utiliser les outils numériques en formation

C’est ce que recommande Jean-François Cerisier, professeur de sciences de l’information et de la communication à l’Université de Poitiers, qui affirme que la pandémie nous a permis de mieux voir les fractures numériques et de mieux entendre les discours sur les risques et les peurs associées. 

On parle beaucoup des risques mais on parle moins des apports du numérique à l’éducation des jeunes ni de l’ouverture qu’il leur donne, sur les autres et le monde. Pourtant, c’est justement parce que nous observons au quotidien la façon dont les techniques numériques sont souvent mises au service de projets plus aliénants qu’émancipateurs que nos institutions éducatives doivent jouer leur véritable rôle : former des citoyens responsables qui sauront, mieux que leurs aînés, mettre l’homme au centre des préoccupations et la technique à notre service. (notre emphase)

Ces outils numériques ont bouleversé nos habitudes de vie, créé de nouveaux comportements dans de nouvelles activités, entraîné de nouvelles façons d’interagir avec les autres et le monde…  Ils nous offrent des moyens d’enseigner et d’apprendre inédits : nouveaux modes de représentation de l’information avec la réalité immersive, les nouvelles possibilités d’interactions didactiques avec l’intelligence artificielle, les nouvelles possibilités d’enseigner et d’apprendre à distance ou les nouvelles possibilités d’accompagner les parcours d’apprentissage des élèves avec les techniques de “learning analytics”. Et bien d’autres possibilités encore… Encore faut-il, rappelle Cerisier, que leur utilisation ajoute qualité et pertinence aux activités d’apprentissage.

Par ailleurs, il est de plus en plus admis qu’un citoyen éduqué a reçu une éducation au numérique afin de comprendre comment le numérique affecte plusieurs rapports : au savoir et à sa production/diffusion, au temps, à l’espace, aux autres et à soi-même, à la société… 

C’est une véritable acculturation de l’école qu’il convient d’opérer. Elle demande sans doute moins d’ordinateurs, de tablettes et de réseaux – même s’il en faut – que de réflexions sur les espaces et les temps scolaires, sur les relations entre les élèves et avec les enseignants, sur de nouvelles activités d’apprentissage qui favorisent l’engagement et la créativité.

Et cette acculturation ne peut pas passer par « équiper les écoles » : les états n’en ont pas les moyens.  Et puis, de toutes façons, le numérique a tellement réussi à pénétrer les différentes sphères de notre société qu’il nous faut désormais disposer d’un appareil (téléphone, tablette ou ordinateur) pour y fonctionner minimalement.

C’est d’ailleurs cette pénétration du numérique et la généralisation de l’usage que nous en faisons qui soulèvent des questions sur son coût environnemental et sur la protection des données personnelles.  D’où la nécessité d’une éducation au numérique, bien sûr, mais aussi d’une analyse approfondie des raisons éducatives, économiques, environnementales et éthiques pour pouvoir faire de choix judicieux en termes d’utilisation du numérique.

Source

Cerisier, Jean-François.  Faut-il renoncer au numérique pour l’éducation?  The Conversation.  18 juin 2020.

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Sonia Morin

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