Pédagogique Point chaud / en émergence

Comment des professeurs ont composé avec la distance pour continuer à enseigner

Le passage obligé du présentiel à la distance a été pour la quasi-totalité des professeurs un moment… comment dire?  Déstabilisant?  Certainement, avec cette situation d’urgence qui a exigé des professeurs une adaptation rapide et un recadrage créatif de leur(s) méthode(s) d’enseignement.  À Duke University, parmi les formes de soutien que le Learning Innovation, sorte d’équivalent de notre SSF, a mis en place, il y a eu l’envoi d’un bulletin quotidien intitulé Keep Teaching (Continuez à enseigner).  Le bulletin présentait des ressources, annonçait des ateliers, rappelait le soutien des divers conseillers pédagogiques et autres personnels professionnels… et il contenait une section dans laquelle des collègues professeurs racontaient comment ils s’y prenaient pour continuer leur enseignement dans ce passage obligé ou ce qu’ils vivaient.   Le blogue de Learning Innovation a compilé ces expériences.  En voici un échantillon.

Michael B. Waitzkin, directeur adjoint à la Duke Initiative for Science & Society, a donné deux cours de 2 h 30 avec Zoom.  Dans le premier cours, 38 étudiants ont eu à appliquer le design thinking à une innovation en soins de la santé : pour y arriver, ils entraient et sortaient de la rencontre virtuelle.  Dans le second cours, les étudiants ont travaillé à micro fermé pendant 30 minutes et les enseignants se manifestaient occasionnellement dans les conversations étudiantes pour suivre et, au besoin, guider les échanges.  Ils pouvaient suivre la progression du travail des étudiants sur un tableau.  S’en est suivi un postmortem en grand groupe et, finalement, une présentation plus théoriques de 45 minutes durant laquelle les étudiants étaient conviés à discuter.  Dans les deux cas, M. Waitzkin avait invité un collègue et, de son point de vue, ce fut une excellente idée : it would have been very difficult for a single teacher to have led the class and kept track of the Chat Room and the students with “hands up” seeking to speak.  C’est exactement ce que pense ma collègue Francheska Gaulin, coordonnatrice multimédia. Une bonne pratique à retenir.

Cori Crane, professeure adjointe d’allemand et directrice de programme, a participé à une réunion avec Zoom regroupant une vingtaine de directeurs et de coordonnateurs de programmes portant sur comment organiser les cours à distance.  Il y a été question de la communication avec les étudiants et d’un outil de sondage créé par deux collègues pour connaître les besoins des étudiants, sondage qui a été par la suite largement diffusé auprès d’autres départements.  On a également abordé le soutien à apporter aux professeurs pour passer l’enseignement à la distance : heures de contact, modalités d’évaluation, outils et  plateformes technologiques à privilégier; création d’une communauté de pratique et soutien à apporter aux étudiants.  Ce fut l’occasion de partager les ressources existantes et d’en créer de nouvelles.  Mais surtout, les participants ont convenu de rester en relation malgré la distance.

George Delagrammatikas, vice-président adjoint et directeur des études de maîtrise en génie mécanique et sciences des matériaux, a monté un atelier dans son garage avec du matériel de son laboratoire à Duke.  Il a demandé à ses étudiants de maîtrise de lui envoyer leurs fichiers et leurs modèles pour leur projet d’études.  Dans son labo personnel, il s’est chargé de l’impression 3D, du prototype, de l’assemblage et des tests, a montré aux étudiants les résultats et a organisé des rencontres avec Zoom pour les faire travailler sur les ajustements à apporter. 

Marin K. Levy, professeure de droit, a essayé de conserver le plus possible son approche, qui consistait surtout en des jeux de rôles.  Bien qu’avec Zoom elle ait pu y arriver, elle a cherché comment elle pouvait profiter du nouveau contexte pour améliorer l’expérience de la distance.  C’est ainsi qu’elle a eu l’idée d’inviter l’auteur d’un livre qu’elle demande à ses étudiants de lire pour une discussion.  L’expérience a été tellement positive qu’elle entend bien répéter l’exercice avec d’autres auteurs.

Eric Mlyn, conférencier à la Sanford School of Public Policy et professeur émérite au Kenan Institute for Ethics, reconnaît que ses séminaires en ligne se sont assez bien déroulés, notamment parce qu’il a suivi un maximum de formations pour apprendre à se servir de Zoom.  Toutefois, il avoue du même souffle qu’il s’ennuie d’être en présence de ses étudiants et qu’il lui faut faire le deuil de ce qu’il appelle la perte du printemps 2020.  (NDLR –  C’est la première fois que je lis un professeur exprimer ouvertement et simplement le sentiment de perte éprouvé.  Il n’est certainement pas le seul, mais le sujet est rarement abordé.)

En terminant, plusieurs professeurs ont mentionné qu’ils avaient aimé rencontrer leurs étudiants dans un contexte plus personnel, plus convivial, du style grand salon, avec un enfant, un conjoint ou un animal qui passe, avec des fonds d’écran traduisant des intérêts personnels ou simplement de voir le lieu de travail à la maison… 

Signes des temps de l’ère numérique : 1) les frontières entre le professionnel et le personnel ont tendance à s’estomper et 2) la distance physique n’entraîne pas automatiquement la distance sociale.

Source

bt112@duke.eduHow Duke Faculty Kept TeachingLearning Innovation Blog.  Duke University.  5 mai 2020.

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Sonia Morin

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