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Recrutement international ou marchandisation de l’éducation? Le cégep de la Gaspésie au cœur d’une controverse

Le recrutement des étudiants internationaux semble être une solution efficace pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre qui sévit actuellement au Québec. C’est d’ailleurs la voie que privilégient plusieurs cégeps, surtout en région, ce qui leur permet parfois aussi de maintenir certains programmes qui, sinon, devraient fermer par manque d’étudiants.  

L’accueil d’étudiants internationaux constitue pour les institutions une ouverture sur le monde et un accès à la diversité culturelle, en plus de représenter un avantage économique certain. C’est peut-être ce qui explique que la proportion des étudiants étrangers dans certains cégeps ne cesse d’augmenter : à Matane, ils représentent 45 % de l’effectif étudiant. Ils viennent principalement pour la qualité de la formation et de l’enseignement dans la province mais également pour les perspectives d’emploi.  

Controverse au Cégep de Gaspé 
L’accueil des étudiants internationaux représente certes un avantage considérable pour les cégeps, mais à quel prix ? Le Cégep de la Gaspésie et des Îles est présentement au centre d’une controverse en raison des programmes qu’il offre à Montréal depuis 2015 à des étudiants étrangers provenant de l’Inde, de la Chine et de la Corée du Sud. Le but de l’initiative serait de faire face à une baisse de fréquentation qui se fait sentir dans l’institution. 

Ce qui fait réagir, c’est d’abord que les cours ne sont offerts qu’en anglais, alors que le gouvernement caquiste tente de préserver le visage français de Montréal. C’est aussi et surtout que les droits de scolarité pour ces programmes sont de 15  000 $ par année, alors que les étudiants n’en sortent qu’avec une attestation d’études collégiales (AEC), qui ne facilite pas l’accès au statut de résident permanent contrairement aux diplômes d’études collégiales ou universitaires. La formation donne toutefois accès à un permis de travail d’un an, parfois renouvelable pour une autre année.  

Le projet n’est pas financé par le gouvernement : le Cégep de Gaspé fait affaire avec Matrix, une entreprise privée, qui fournit l’immeuble, recrute les élèves et embauche les employés, entre autres. Le projet rapporte présentement 28M$ annuellement, qui sont divisés à parts égales entre l’entreprise et le Cégep.  

En 2015, 35  étudiants étrangers fréquentaient le campus délocalisé, situé dans le quartier Ahuntsic. En 2019, l’établissement accueillait près de 2 000  étudiants, et on prévoit en accueillir 2  500 l’an prochain, alors qu’au total seuls 1 429  étudiants internationaux fréquentaient les douze cégeps publics montréalais en 2018.  

Le Cégep de la Gaspésie et des Îles prévoit offrir des cours en français dès l’automne prochain et souhaite recruter des étudiants provenant de l’Amérique du Sud et du Vietnam.  

Sources :   

Boisvert, Y. (5  février 2020). Un sous-cégep indien à 14  000  $ par anLa Presse.

Dutrisac, R. (5  février 2020). Étudiants étrangers : « International Cegep Corp. »Le Devoir.  

Roulot-Ganzmann, H. (25  janvier 2020). Répondre aux enjeux d’intégration et de francisation de l’immigrationLe Devoir.

Valiquette, A. (5  février 2020). Des étudiants asiatiques formés en anglais à Montréal: une manne pour le cégep de la Gaspésie et des ÎlesCFIM.

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À propos de l'auteur

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Annabelle Jomphe

Annabelle est étudiante en communication appliquée, incluant un cheminement coopératif en marketing, à l'Université de Sherbrooke et stagiaire à USherbrooke International.

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