Tendances sociétales

Démission et grève de la faim pour le désinvestissement des énergies fossiles

Cette option flamboyante du point de vue des communications publiques n’est peut-être pas la plus efficace afin d’avoir un réel impact sur l’enjeu des changements climatiques…

Les mobilisations se poursuivent dans les universités visant à ce que celles-ci et leurs fondations retirent leurs investissements du secteur des énergies fossiles. 

Démission à McGill

À trois reprises, des militants issus de la communauté universitaire de McGill ont formulé des demandes auprès de la direction de cette université afin que celle-ci cesse d’investir dans le secteur des énergies fossiles. En septembre dernier, le professeur agrégé Gregory Mikkelson du Département de philosophie avait présenté une motion visant le désinvestissement qui avait obtenu l’appui des étudiants et du Sénat de l’Université. Cette demande était la 3e du genre. Devant le refus de McGill, le professeur a remis sa démission.

Grève de la faim à UBC

À la University of British Columbia (UBC), un groupe étudiant rattaché à Extinction Rebellion a mené une grève de la faim pendant quelques jours au début de janvier 2020 pour faire pression sur l’Université afin qu’elle prenne un engagement en matière de désinvestissement. L’Université aurait clarifié sa position à la satisfaction des étudiants, qui ont alors cessé leur grève. UBC avait déjà annoncé une action visant à transférer 380 M$ de son fonds de dotation dans un fonds durable, mais les étudiants demandaient un engagement supplémentaire.

L’Université Laval vise la décarbonisation

En novembre 2016, un groupe étudiant militant pour le désinvestissement voit le jour à l’Université Laval. À l’hiver 2017 (juste avant la fin de son mandat), la direction en place avait annoncé un désinvestissement des énergies fossiles, une annonce qui avait été reprise dans de nombreux médias et saluée par des figures de proue du milieu environnemental.

En septembre 2019, donc deux ans et demi suivant cette annonce, force était de constater que cet engagement ne s’était matérialisé par aucune action concrète… En décembre 2019, la Fondation de l’Université Laval a annoncé sa stratégie d’investissement responsable dans laquelle elle annonce réduire de 50 % l’empreinte carbone de son portefeuille pour 2030.

Désinvestir ou décarboniser?

L’enjeu de la lutte aux changements climatiques est de réduire au maximum les émissions de gaz à effet de serre, des émissions qui se mesurent en tonnes d’équivalent CO2. La situation de McGill permet de s’interroger sur la pertinence d’une polarisation autour de cette idée – désinvestir ou pas – pour l’atteinte des objectifs de réduction.

Rappel des cibles auxquelles adhère le Québec: réduction de 37,5 % d’ici 2030 et de 80 à 95 % en 2050.

Ces cibles, qui font écho aux objectifs internationaux énoncés dans le cadre de l’Accord de Paris de 2015, annoncent donc un changement important de notre économie, économie qui, nous le savons, est largement basée sur le pétrole comme source primaire d’énergie. 

Le désinvestissement, c’est cette idée de retirer ses investissements d’un secteur, ici, celui des énergies fossiles.  Le désinvestissement se mesure en dollars désinvestis ou en nombre d’adhérents à cette idée. La décarbonisation vise la réduction de l’empreinte carbone de l’ensemble des investissement d’un portefeuille et se mesure en tonnes d’équivalent CO2. Le désinvestissement s’intéresse à une faible partie du portefeuille d’investissement, en général entre 5 et 10 %, réputée être responsable d’une large part des émissions. La décarbonisation s’intéresse pour sa part à l’ensemble du portefeuille et le désinvestissement peut être l’une des mesures déployées pour atteindre les objectifs de décarbonisation.

La mobilisation des militants s’est essentiellement structurée autour de l’idée de demander un désinvestissement du secteur des énergies fossiles. Toutefois, cette option flamboyante du point de vue des communications publiques n’est peut-être pas la plus efficace afin d’avoir un réel impact sur l’enjeu des changements climatiques, à savoir la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Sources :

CBC News. 2019. UBC votes to divest $380m from fossil fuels, but students demand more. CBC, 24 novembre.

Mooney, H. 2020. Extinction Rebellion ends hunger strike after UBC clarifies commitment to fossil fuel divestment. Vancouver Sun, 11 janvier.

Parent-Belzile, L.-G. 2020. Un professeur de McGill démissionne pour des raisons éthiques. Radio-Canada, 14 janvier. 

Shields, Alexandre, “L’Université Laval s’éloigne des énergies fossiles“, Le Devoir, 16 février 2017

Université Laval, “Une nouvelle stratégie d’investissement responsable pour l’Université Laval”, ULaval Nouvelles, 12 décembre 2019

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À propos de l'auteur

Véronique Bisaillon

Véronique Bisaillon

Véronique Bisaillon est conseillère pédagogique en développement durable. Elle s'intéresse aux transformations qui s'opèrent actuellement visant à rendre nos sociétés plus écoresponsables et durables. Elle observe le tout par la lunette de l'éducation et de l'enseignement.

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