Pédagogique Technologique

Vidéos en formation: s’appuyer sur la recherche pour en produire de meilleures

Donald Clark (professeur invité à l’Université de Derby et entrepreneur de technologies éducatives en e-learning), vient de publié «Video for learning : 15 things the research says – some may shock you», un article dans lequel il suggère de prendre un peu de recul face à la prolifération de la vidéo en enseignement. Un recul qui pourrait très bien être enrichi par les résultats de la recherche dans le domaine.

Se basant lui-même sur «Effective educational videos: principles and guidelines for maximizing sudent learning from video content» (paru dans CBE—Life Sciences Education, décembre 2016), de Cynthia J. Brame (Université Vanderbilt, Nashville), Clark met en lumière une quinzaine d’aspects (presque tous soutenus par des données probantes), visant à améliorer l’efficacité des vidéos à des fins d’apprentissage.

  1. Avec son fort impact émotionnel, la vidéo s’avère bénéfique dans plusieurs situation d’apprentissage: engager un changement d’attitude; entrer dans l’infiniment petit (micro) ou l’immensément grand (macro); démontrer des processus, des procédures; donner la parole à des sommités ou experts difficilement accessibles autrement.
  2. Il est important de retenir que la vidéo fait appel à la mémoire épisodique et que, sans activités de consolidation, l’information transmise par elle sera vite oubliée.
  3. Le temps d’engagement des apprenants en ligne a été mesuré (Guo, 2104). Après 6 minutes ces derniers commencent à décrocher.  Entre 9 et 12 minutes, l’engagement de ceux qui restaient chute de façon radicale (50 %). Garder la durée des vidéos sous la barre des 6 minutes est donc une bonne pratique.
  4. Offrir des opportunités de contrôle sur la vidéo à l’apprenant correspond à la structure de l’expérience d’apprentissage (Zhang, 2006).
  5. Il est prouvé que les vidéos de type conférence ou « têtes parlantes » ne sont pas très efficaces pour l’apprentissage (Chaohua, 2019). Bien qu’il existe d’excellents conférenciers inspirants, sur le plan cognitif le seul visage peut représenter un « bruit » qui distrait du sujet traité. L’éliminer permet de réduire la charge cognitive de la vidéo.
  6. Afficher simultanément vidéo, audio et texte à l’écran, comme dans les captures de cours, s’est avéré peu efficace pour l’apprentissage. Si l’on souhaite que l’apprenant se concentre sur ce qui doit être appris, il est important de réduire la charge cognitive des vidéos (Mayer, 2003).
  7. Sachant l’impact émotionnel de la vidéo, l’utilisation d’un langage trop formel peut créer une distance. Il est préférable, de conserver un ton personnel, naturel et enthousiaste. Parler à un bon rythme, soit entre 185-254 mots/min., semble optimal (Brahme 2006).
  8. Lors d’une démonstration, il est recommandé de conserver une vue subjective sur ce qui doit être montré. Filmer en se mettant à la place de l’apprenant, plutôt que de conserver la position de celui qui montre favorise la congruence cognitive et facilite l’apprentissage (Florella, 2017).
  9. La grandeur de l’image semble avoir une influence sur la qualité et la quantité de ce qui est retenu (Nass, Reeves, 1996).
    [NDLR : Comme l’étude citée ci-haut date d’avant la démocratisation des appareils cellulaires, il serait intéressant de pouvoir croiser ces données avec de plus récentes, question de s’assurer que cela est toujours le cas.]
  10. La qualité vidéo semble moins importante pour l’apprentissage que la qualité audio (Nass, Reeves, 1996). L’oeil s’adaptant plus facilement que l’ouïe, l’apprenant qui n’entend pas ou peu aura tendance à abandonner le visionnement.
  11. Le rythme d’une vidéo, qui s’obtient par des changements de plan, permet de conserver l’attention de l’apprenant.  Toutefois, ce rythme ne doit pas être trop rapide et doit être adapté aux objectifs d’apprentissage.
  12. Mémoire et apprentissage sont facilités lorsqu’il y a possibilité d’arrêt pour réfléchir. À ce titre, les vidéos de courte durée (bouchées d’apprentissage ou micro-chuncking video) sont de bonnes stratégies (Florella, 2019).
  13. Associer contenu vidéo et apprentissage actif. Il est prouvé que lorsque les contenus vidéo sont étroitement liés aux activités de consolidation, le  rendement des apprenants est amélioré (MacHardy, 2015).
  14. Après un visionnement, demandez aux apprenants d’expliquer ce qu’ils ont compris ou retenu (Szpunar, 2013). De même, l’utilisation et l’analyse des données ou de traces laissées par les apprenants dans l’environnement numérique d’apprentissage permet de personnaliser le soutien selon les besoins.
  15. S’inspirer de grands joueurs comme Netflix et Youtube, pour certaines caractéristiques de plateforme. Par exemple, avoir une approche axée sur la demande (et non sur l’offre), une facilité d’accès (flux continu), une interface personnalisable, interrogeable, multi-plateformes, etc.

Autant d’aspects qu’il convient de prendre en considération lorsque l’on veut utiliser efficacement la vidéo en formation. Néanmoins, Cynthia J. Brame précise trois éléments incontournables et préalables à la production de vidéos, soit:

  • savoir gérer la charge cognitive d’une vidéo;
  • savoir maximiser l’engagement par la vidéo;
  • promouvoir l’apprentissage actif en classe.

Source: Clark, Donald, «Video for learning : 15 things the research says – some may shock you», blogue personnel Plan B, 30 novembre 2019.

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Francheska Gaulin

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