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L’intelligence artificielle force un changement de posture dans la lutte contre la tricherie

Mon collègue Jean-Sébastien Dubé m’a relayé un billet fort intéressant de Matt Bartlett sur l’intelligence artificielle et la tricherie. Bartlett commence son texte en rappelant que les examens sont source de stress et d’anxiété. Ils ne permettent de mesurer ni l’esprit critique ni la créativité, ce que peuvent faire des travaux écrits dans la mesure où les conditions de rédaction sont souples.  Selon Bartlett, les travaux écrits ont désormais un ennemi de taille : l’intelligence artificielle avec ses algorithmes de génération de textes.  Ces algorithmes sont de plus en plus sophistiqués et les textes qu’ils génèrent sont d’une qualité proche d’une production humaine.

D’après une étude sur un algorithme sophistiqué, le GPT-2, text samples were almost as convincing as actual New York Times articles (72 % of respondents rated the GPT-2 samples as “credible” compared to 83 % for the New York Times).   Pour Bartlett [w]e’re not far from a future where students will have access to sophisticated A.I. tools with the ability to “write” high-quality essays or assignments on their behalf.   Et les outils de détection ne seront d’aucune utilité ici.

Existing tools used by universities to check the integrity of student work are laughably ill-equipped to cope with A.I.-written assignments. Academic integrity checkers like TurnItIn scan solely for plagiarism, which already fails to catch instances where students pay others to write original essays for them.  A.I. could exploit this existing loophole at scale. While text-generating A.I. access resources in their database, they do not plagiarise per se, and so would avoid detection from existing anti-cheating tools.

Aujourd’hui, un enseignant n’a plus de moyen de savoir (détecter) si l’étudiant est véritablement l’auteur du travail qu’il lui remet pour évaluation, ce qui fait dire à Bartlett que le système actuel d’évaluation des apprentissage ne pourra plus longtemps encore prétendre certifier l’atteinte des cibles de formation prévues au programme…  De là à dire que les universités ne pourront plus garantir la valeur des diplômes qu’elles octroient, il n’y a qu’un pas, que Bartlett n’a pas franchi dans son billet.

Bien sûr, tous les étudiants ne trichent pas mais il y a présentement une telle banalisation de la tricherie, notamment la publication des données (non relativisées) sur le sujet que les étudiants honnêtes se demandent s’Ils ne devraient pas se mettre à tricher eux aussi puisque les autres trichent, ne se font pas prendre et obtiennent de meilleures notes qu’eux.  La publication de données « sensationnelles » sur la tricherie confortent des préjugés contre les étudiants : ils seraient paresseux, malhonnêtes, irrespectueux… Bref, la presse nourrit un climat de méfiance au sein du milieu éducatif sans remettre en question le milieu éducatif dans lequel la tricherie se produirait.

Pour James M. Lang, professeur d’anglais et directeur du Center for Teaching and Learning à l’Assumption College, la meilleure défense contre la tricherie académique est un environnement éducatif centré sur l’apprentissage.  Il en est arrivé à cette conclusion en combinant les résultats de ses recherches sur la tricherie et sur les sciences cognitives :  en considérant le problème de la tricherie sous l’angle de la théorie cognitive et en essayant de comprendre la tricherie comme une réponse inappropriée à un environnement d’apprentissage qui ne fonctionnait pas pour les étudiants, il devient possible pour les membres du corps professoral de réagir plus efficacement à la malhonnêteté scolaire en modifiant l’environnement d’apprentissage qu’ils ont créé. (traduit par Deepl puis ajusté).

C’est également l’orientation que Tricia Bertram Gallant, directrice de l’Academic Integrity Office de l’Université de Californie à San Diego et membre du conseil d’administration de l’ICAI (International Center for Academic Integrity) souhaite donner à la réflexion sur la lutte contre la tricherie : un questionnement ancré dans l’alignement pédagogique, là où les enseignants ont le pouvoir de favoriser les véritables apprentissages.  Son opinion a fait l’objet d’une dépêche antérieure.

Comme le demandait une enseignant rencontrée dernièrement, pourquoi investit-on tant de temps et d’énergie à chercher comment contrôler la tricherie alors que ce serait plus « rentable » pour soi et pour les étudiants d’investir ce temps et cette énergie à revoir les modalités d’évaluation et les méthodes pédagogiques choisies pour un cours.

Sources –

Bartlett, Matt.  A.I. and the Future of CheatingOneZero.  13 septembre 2019

Lang. James M.  Cheating LessonsHarvard University Press.  2013.  256 p.

 

 

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Sonia Morin

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