Préparation, Expertise, Authenticité, Compassion, Engagement (PEACE): des qualités pour nourrir sa « persona » d’enseignant

Je me suis d’abord intéressé à cet article de Donald Saucier en lien avec une certaine « pédagogie du care » ou de la « bonté » dont mes collègues ont récemment parlé.  Les qualités qu’évoque Saucier – et qui forme l’anagramme P.E.A.C.E.  – me semblaient aller dans le même sens…

  • Préparation – « Non seulement devriez-vous être prêt à entrer dans la salle de classe pour enseigner, mais vous devriez aussi être prêt quant à la manière dont vous allez enseigner.  […] [S]i vous n’êtes pas prêt à enseigner, pourquoi vos élèves devraient-ils être prêts à apprendre ? »
  • Expertise –  « La connaissance est nécessaire mais insuffisante pour un bon enseignement. Vous devez connaître votre matériel et savoir comment vous allez l’enseigner. […] Sachez, cependant, qu’il n’est pas nécessaire de parler de haut à vos étudiants ou de vous cacher derrière cette expertise. Être un expert – et une grande part de la responsabilité d’être un enseignant – c’est en partie de rendre vos connaissances accessibles à votre auditoire. »
  • Authenticité – « Lorsque j’ai été initié à la notion de « persona enseignante », il m’a semblé qu’il s’agissait d’une fausse représentation de l’individu qui enseignait. J’ai vite réalisé que ce n’était pas le cas (ou du moins que ça ne devrait pas l’être) ! La « persona enseignante » que vous présentez doit être une représentation authentique de vous et de votre personnalité. Cependant, ce que vous mettez de l’avant et ce sur quoi vous mettez l’accent en tant qu’individu peut varier d’une classe à l’autre. Mon rôle d’enseignant dans une classe de première année avec des étudiants de première génération peut sembler différent, à certains égards, de mon rôle d’enseignant dans un séminaire de deuxième cycle sur la méta-analyse, mais je suis fondamentalement la même personne dans les deux classes. Nos étudiants le savent quand nous sommes hypocrites (Cranton, 2001). Plutôt que de leur faire peur en leur donnant l’impression que nous sommes quelqu’un d’autre, je crois que nous devrions les laisser nous voir comme de vraies personnes. Ce faisant, nous les aiderons  à apprendre et nous ferons de nos salles de classe des communautés d’apprentissage plus connectées. »
  • Compassion – [NDLR: care en anglais; j’ai utilisé le mot « compassion » pour conserver l’anagramme P.E.A.C.E., mais on pourrait aussi traduire par « bienveillance »]: « …[I]l est essentiel que vous fassiez savoir à vos élèves que vous vous souciez d’eux. Discutez avec eux avant le cours. Remerciez-les d’avoir fait le choix de venir en classe. Faites-leur savoir et faites des choses qui montrent que vous vous souciez de leur apprentissage et de leur rendement. »
  • Engagement – « Lorsque vous êtes en classe, […] votre engagement dans votre matériel de cours et dans votre expérience de l’enseignement […] devrait être palpable. […] Apporter énergie et enthousiasme à l’information et aux activités.  […] Lorsque vous vous engagez, vos élèves s’engageront davantage et, plus important encore, ils en apprendront davantage. »

[Traduit avec www.DeepL.com/Translator, puis ajusté]

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Je me suis cependant aperçu que j’avais une idée très floue de ce en quoi consistait une « teaching persona » et je me suis donc mis à lire sur ce sujet…  C’est un ensemble de décisions qui seront cruciales lors des premiers cours en ce début d’année universitaire.  Dès le second paragraphe de son article, Saucier affirme: « As teachers, we get to consciously decide who we will be in the classroom. »

Pour Maryellen Weimer, c’est « un style, une voix ».  Pour d’autres, c’est lié aux valeurs et aux perceptions de l’enseignant quant aux étudiants, à la discipline, à l’acte d’apprendre, etc.  Weimer cite Jay Parini: “A beginning teacher will have to try on countless masks before finding one that fits, that seems appropriate, that works to organize and embody a teaching voice.” (p. 59), mais Weimer reconnait être mal à l’aise avec la métaphore du masque qui cache plutôt que de révéler l’authenticité de l’enseignant.

Nos expériences en tant qu’apprenants colorent aussi cette « persona« .  Selon Weimer: « Most of us start with visions of our most and least favorite teachers, but we try to adopt these preferred ways of teaching without giving much thought to what we might be good at and what we probably shouldn’t try. »  Elle estime également que cette « persona » change avec les années d’expérience en enseignement, puisque nous changeons comme personne.  Saucier évoque des « personas » différentes selon les interlocuteurs (étudiants de première année vs étudiants dans un séminaire de maîtrise)…

L’article de Linda Shadiow est passionnant parce qu’il donne des exemples tirés d’écrits des enseignants eux-mêmes.  Comparez la différence de « personas » entre ces présentations de professeurs…

  • « D’abord, je suis votre professeur, pas votre enseignant. Il y a une différence. » […] »Jusqu’à présent, votre enseignement était entre les mains d’enseignants, et le travail d’un enseignant est de veiller à ce que vous appreniez… Si vous n’appreniez pas, alors votre enseignant était blâmé. Cependant, les choses sont très différentes pour un professeur d’université. Ça ne fait pas partie de mon travail de vous faire apprendre. À l’université, l’apprentissage est votre travail – et le vôtre seulement. Mon travail est de vous mener à la fontaine de la connaissance. Que vous buviez profondément ou que vous ne fassiez que du gargarisme dépend entièrement de vous… Je ne suis pas responsable de vos échecs. Au contraire, je suis payé de la même façon que vous obteniez un « F » ou un « A »… Je n’ai aucune obligation de faire en sorte que vous réussissiez ou que vous obteniez une note particulière. »  [Traduit avec www.DeepL.com/Translator, puis ajusté]

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  • « L’université est un moment incroyable dans la vie. Vous êtes un adulte, mais vous êtes encore jeune, souvent idéaliste, et vous n’avez pas encore établi vos habitudes. J’adore ça chez vous. J’aime l’enthousiasme et l’énergie que vous apportez à ma vie. Vous me rappelez mon moi de 20 ans – quand je cherchais ma place dans le monde et combien j’avais à apprendre, mais aussi toutes les manières par lesquelles je pouvais y contribuer, toutes les choses devant moi. L’université est excitante (mais aussi effrayante). J’adore avoir l’occasion de vous guider à travers cette période de votre vie. » [Traduit avec www.DeepL.com/Translator, puis ajusté]

Il s’agit évidemment de contrastes extrêmes, mais reconnaissons qu’ils existent.  Shadiow encourage les enseignants à réfléchir à différents aspects de leurs « personas« :

  • Au niveau de la présentation: choix de la tenue vestimentaire, de la manière de s’adresser aux étudiants, du ton employé, de ce que l’on révèle de soi, de la présence sur les médias sociaux…
  • Au niveau philosophique: choix de ce que nous valorisons dans l’apprentissage et le comportement des étudiants – qu’est-ce qui mérite des éloges ? Qu’est-ce qui mérite d’être sanctionné ?
  • Au niveau pédagogique: choix des types d’interactions que nous encourageons – comment nous définissons l’importance du contenu pour nous et pour les étudiants, quels types d’exemples ou d’histoires nous utilisons pour illustrer la matière.
    [Traduit avec www.DeepL.com/Translator, puis ajusté]

Enfin, je pense qu’il serait intéressant de comparer le concept de « teaching personas » aux notions francophones d’identité enseignante/ identité professorale et d’identité professionnelle de l’enseignant.  Il m’apparaît qu’il ne s’agit pas exactement des mêmes choses, bien qu’il y ait évidemment des recoupements.

Sources:

Saucier, Donald, « Bringing PEACE to the Classroom« , Faculty Focus, 9 septembre 2019

Shadiow, Linda K., « What’s Your Teaching Persona?« , The Teaching Professor, 5 janvier 2017 [contenu réservé aux abonnés]

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