Formation continue : les universités sont-elles les institutions d’enseignement les plus appropriées pour l’offrir?

La formation continue serait considérée comme la solution aux pertes d’emplois à venir causées par l’automatisation et l’intelligence artificielle. Mais les universités sont-elles les mieux disposées pour offrir cette formation?  Leur offre correspond-elle aux besoins? Anna McKie, journaliste pour le Times Higher Education, en charge de l’enseignement, de l’apprentissage et des questions relatives aux étudiants ainsi que de l’enseignement supérieur en Afrique et au Moyen-Orient, s’est intéressée à la question dans le cadre d’un récent article.

Au long de son article, la journaliste cite quelques exemples d’universités qui cherchent à faciliter au maximum le perfectionnement des adultes sur le marché du travail qui doivent concilier de nombreux autres engagements. En voici une traduction abrégée.

Le financement des études est un obstacle.

Plusieurs universités, comme Birkbeck de Londres, même si elles tentent d’offrir un programme spécifique aux étudiants adultes, ne semblent pas avoir trouvé la solution pour financer l’apprentissage tout au long de la vie.

Aux États-Unis, le mouvement en plein essor des universités libres, qui a été adopté sous diverses formes par plusieurs candidats démocrates à la présidence, pourrait être un moyen de rendre les études plus abordables. C’est un enjeu critique puisque, selon les statistiques, un étudiant américain termine ses quatre années d’université avec une dette moyenne de 28 650 dollars. La dette étudiante américaine dépasse les 1 500 milliard de dollars. (Lanon, 2019)

Est-ce que les employeurs pourraient intervenir dans le cadre du financement de la formation continue ?

Selon Paul LeBlanc, président de la Southern New Hampshire University, les institutions d’enseignement supérieur font déjà beaucoup d’efforts pour établir des partenariats avec de grands employeurs. De nombreuses entreprises proposent déjà de subventionner les frais de scolarité des employés souhaitant obtenir un diplôme. Il semble que, compte tenu de la pénurie de talents, les employeurs veulent maintenant déployer plus activement d’efforts à des fins de rétention de leurs employés par l’amélioration des compétences.

La Norvège a elle aussi un problème avec le financement de l’apprentissage tout au long de la vie. Son gouvernement a récemment créé un comité d’experts chargé d’examiner les moyens de réduire les obstacles qui empêchent les établissements d’enseignement supérieur d’offrir des programmes facilitant ce processus. Étant donné que l’enseignement est gratuit en Norvège, permettre l’accès répété à l’enseignement supérieur tout au long de la vie pourrait coûter très cher à l’État.

Mais, outre le financement, à quoi devrait ressembler l’offre de formation continue des universités?

Pour Inge Jan Henjesand, présidente de la BI Norwegian Business School, « []a chose la plus importante que le gouvernement doit faire est de renforcer la dynamique entre les particuliers, les entreprises et les institutions d’enseignement supérieur afin que les programmes soient flexibles et réactifs aux changements. » À Singapour, l’Université nationale de Singapour (NUS) s’est associée au ministère de l’Éducation et au ministère de la Main-d’œuvre afin de créer une culture de l’apprentissage tout au long de la vie, fortement subventionnée par le gouvernement. L’année dernière, la NUS a annoncé qu’elle proposerait à ses anciens étudiants de bénéficier d’un accès subventionné à une série de nouveaux cours de formation continue jusqu’à 20 ans après leur admission. La première série de 500 cours sera introduite en août et d’autres suivront; les étudiants seront en mesure de cumuler les cours et d’obtenir un diplôme.

Nancy Gleason, ancienne directrice du Centre d’enseignement et d’apprentissage du Collège Yale-NUS, récemment devenue directrice du Centre de formation Hillary Ballon Excellence en enseignement et apprentissage et professeur assistant de pratique en sciences sociales invitée à l’Université de New York à Abu Dhabi, souligne que les universités n’encouragent pas suffisamment l’apprentissage tout au long de la vie. Selon elle, de nombreux établissements d’enseignement supérieur ne considèrent pas cela comme faisant partie de leur mandat. Elle croit que l’apprentissage tout au long de la vie doit inévitablement être développé en collaboration avec l’industrie, « ce que les universitaires ne considèrent pas toujours comme approprié. Beaucoup ne se voient pas enseigner des compétences professionnelles, mais cet état d’esprit doit changer. »

Les programmes en ligne seraient-ils la solution ?

Lancée en septembre 2013, FutureLearn, la première plateforme britannique pour les cours en ligne ouverts à tous (Moocs) connait une croissance fulgurante. FutureLearn, à l’instar d’autres plateformes Mooc, a adopté la «microcertification». Pour plusieurs l’expérience en classe demeure toujours valable.

Joseph Aoun, président de la Northeastern University de Boston, reconnaît que les études purement en ligne ne conviennent pas à tout le monde. La réponse de Northeastern consiste à ouvrir des campus aux États-Unis et dans le monde, de la Silicon Valley jusqu’au Canada et bientôt au Royaume-Uni, ce qui permet aux apprenants en ligne d’interagir en personne et facilite un «apprentissage expérientiel», souvent renforcé par des stages.

Joseph Aoun pose aussi la question du rôle des employeurs en citant une enquête menée en 2019 par Gallup et Northeastern (Facing the future, U.S., U.K. and Canadian citizens call for a unified skills strategy for the AI age), selon laquelle la plupart des personnes interrogées ne considéreraient pas l’enseignement supérieur comme le premier point de contact pour mettre à jour leurs compétences. Environ 95 % des adultes américains, canadiens et britanniques interrogés considèrent l’apprentissage tout au long de la carrière important, mais l’option la plus populaire était celle des programmes offerts directement sur place par les employeurs.

Mark Lester, cofondateur et directeur général de FutureLearn pour les universités et les partenariats éducatifs, considère que la participation des universités à l’apprentissage tout au long de la vie est essentielle pour en garantir la qualité. Cependant, cela ne signifie pas que les employeurs n’ont pas un rôle majeur à jouer dans la conception du programme.

L’article de Anna McKie conclut en soulevant que ce sont les changements survenus dans les milieux de travail vont principalement stimuler la demande et la conception de l’apprentissage tout au long de la vie. Les changements déjà adoptés par certaines institutions sont la preuve que les établissements d’enseignement supérieur cherchent à s’adapter.

Sources :

McKie, Anna, When will lifelong learning come of age?, Times Higher Education, 8 août 2019

Landon, Astrid, Le coût des études aux États-Unis, enjeu majeur des primaires démocrates, Libération, 29 mai 2019

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Commentaires

  1. thig2801 a écrit

    L’assurance-emploi ne devrait-il pas servir à financer en partie la formation continue…

    Ginette Thiffault

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