Le déficit de compétences (skill gap) serait en fait un déficit de connaissances mutuel (awareness gap)

Un article du magazine Forbes de 2017 nomme clairement une hypothèse qui commence à avoir une certaine prise dans les milieux du placement étudiant.  Alors que les employeurs (notamment américains) continuent à se plaindre d’un écart ou déficit de compétences – qu’ils ont d’ailleurs peine à préciser – on commence à s’apercevoir que les diplômés eux-mêmes ont du mal à valoriser les compétences qu’ils ont acquis à l’université.  Ce ne serait donc pas tant que les diplômés manquent de compétences utiles au marché du travail mais plutôt qu’ils ont de la difficulté à les nommer et à les faire connaître.  Les auteurs Craig et Markowitz définissent cet awareness gap comme suit:

« …[T]he inability for college graduates to make employers aware of the skills they actually have. College graduates’ skills are not visible to employers because while they’re leaving colleges and universities with transcripts and resumes, employers aren’t able to see the skills they’ve developed through coursework and co-curricular activities. »

Après avoir expliqué que cette situation nuit autant aux employeurs qu’aux universités (puisque de nombreux étudiants recherchent des formations qui mènent à l’emploi), Craig et Markowitz expliquent que les diplômés sont les plus défavorisés de tous alors qu’ils risquent…

1. le non-emploi, mais surtout le sous-emploi (certains employeurs ne visant pas les diplômés universitaires dont les compétences seraient appropriées à leurs besoins),

2. d’importantes dettes étudiantes difficiles à rembourser sans travail [notamment aux États-Unis],

3. un rétrécissement de l’éventail de carrières possibles, alors que de nombreuses carrières potentielles n’existent pas encore…

Tout ceci apparaît toutefois comme une bonne nouvelle pour Craig et Markowitz, qui estiment qu’il serait facile pour les universités de partir des acquis d’apprentissage (learning outcomes) et de détailler par programme, cours ou même activité pédagogique les compétences pertinentes pour le marché du travail que les étudiants acquerront

…Imagine a next-generation course catalog showing majors and courses, alongside the skills they should expect to attain and how those skills correspond to specific industries and jobs? […] Colleges and universities must adopt systems to allow students to demonstrate their achievements and communicate the underlying skills represented by that work to employers.

Dans un récent article de University Affairs, Archer-Kuhn et Rancourt considèrent également que…

Part of a better science graduate education is also about learning to articulate and tease out the marketability of existing skills that are already being learned.

Graduate students have much to offer the non-academic workplace, based upon their superior critical thinking and problem-solving skills. Employment challenges after graduate school may be partially due to an inability to explain or translate these skills into the broader workforce: a skills awareness gap.

Alongside learning disciplinary knowledge and skills, students need to learn how to reflect on what they are learning as research collaborators and how it is connected to broader employable skills (such as self management, communication and teamwork) and existing employment gaps.

À  la suite d’une enquête auprès d’employeurs de l’industrie biomédicale albertaine, Archer-Kuhn et Rancourt ont découvert que les compétences les plus recherchées dans ce domaine étaient la gestion de projet68 %) et l’interaction avec les clients (32 %).  Ils estiment que des cours de gestion de projet pourraient faciliter le parcours de rédaction de thèse, alors que la prise en compte des besoins de différentes parties prenantes pourrait rendre les recherches d’autant plus pertinentes.

Sources:

Archer-Kuhn, Beth et Derrick Rancourt, « How universities can really help PhD grads get jobs », University Affairs, 5 août 2019

Craig, Ryan (avec Troy Markowitz), « The Skills Gap Is Actually An Awareness Gap — And It’s Easier To Fix », Forbes, 17 mars 2017

 

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